Alès, Nîmes, Lyon, Lille ou encore la Belgique, ce trafic a fait le tour de France et de Navarre. Importation de cigarettes de contrebande en cartons de 500 paquets, prises de contact avec les revendeurs par le biais de comptes crées sur le réseau social Snapchat, emploi de convoyeurs pour le transport puis revente en « semi-gros », l’organisation est millimétrée pour cette équipe de présumés contrebandiers. « Je ne pensais pas aller en prison pour des cigarettes », lance Aziz B., l’un des douze prévenus comparaissant pour ce gigantesque trafic, qui représenterait un manque à gagner de plus de 3,5 millions d’€ pour l’État. Ils sont jugés à partir de ce mardi devant le tribunal correctionnel d’Alès, présidé par Vincent Edel.
Le mot d’ordre ? « Je ne connais personne », lancent les uns après les autres les différents protagonistes dans cette affaire. Pourtant, le rôle de chacun est clairement identifié. Aziz B. et Ahcene G., décrits comme les têtes pensantes du trafic, seraient chargés de l’achat en gros des cigarettes, emballés en cartons. Achetés 1 000 €, les cartons contenant 50 cartouches de cigarettes de contrebandes seraient alors revendues à environ 1 150€, créant un bénéfice de 150 € par carton. Un butin bien maigre à l’échelle de la quantité de produits revendus. À l’origine de la création et de la gestion des comptes Snapchat, ils seraient également les fournisseurs de plusieurs acheteurs-revendeurs. Et pour en dénicher certains, ils ne sont pas allés bien loin. La sœur d’Aziz B., répondant au nom de Nadia B. serait également de la partie. Difficile dans ce cas de prétendre ignorer son identité.
Des cigarettes aux excréments
C’est dans un box pris au nom de ladite sœur, également prévenue dans cette affaire, que les cigarettes auraient été stockées. Sur la question de l’origine précise de ces cigarettes, les prévenus semblent peu informés. Mais leur qualité, elle, leur était connue. « Elles n’étaient pas très bonnes », sourit Nadia B. Une qualité évaluée par les experts de l’entreprise Philip Morris, propriétaire des marques Malboro et L&M, majoritairement contrefaite dans cette affaire. À l’issue de leurs conclusions et de celles des enquêteurs, les cigarettes de contrebande vendues par les revendeurs illicites contiendraient des résidus de mort-aux-rats et d’excréments de souris. Un joli cocktail, d’autant plus lorsqu’il est associé aux substances dangereuses pour l’organisme légalement présentes dans les cigarettes.
Quand il y n’y en a plus, il y en a encore. Jamais à court de marchandise, les têtes pensantes ont recours à des convois pour permettre le réapprovisionnement de leur box. Voitures ouvreuses et voitures porteuses s’activent alors dans un balai bien rodé, souvent en provenance de la Belgique et à destination d’Alès ou encore de Nîmes ou d’Arles. Le 7 octobre, une vague d’interpellation a pourtant mi-fin à ce manège. Cinq convoyeurs ont été interpellés dans un hôtel arlésien. C’est jusqu’alors plusieurs dizaines de voyages qui ont été effectués dans le but de ne jamais manquer de produits à revendre. « J’avais une dette (…) donc j’ai fait ces voyages pour rembourser », explique Abdelhamid C., l’un des convoyeurs. Saïd C., lui, explique : « On me donnait une adresse ». Le prévenu, recruté via Télégram, devait y réceptionner un fourgon, le laisser être chargé par des tiers, puis le redéposer à l’endroit convenu. Le tout pour 400 à 500 € par trajet.
193 523 € de préjudice
Plaidant pour les différentes entreprises du groupe Philip Morris, maître Stella Alessandrini a chiffré le préjudice subi par les différentes sociétés. Préjudice économique, moral et d’image, tout y passe. Pour les faits de contrefaçon et de contrebande, les trois entités réclament un total de 192 523 €. 2 000 € sont également demandés pour chaque entreprise pour les frais de justice. Une demande qui s’ajoute à celle concernant la confiscation des 47 000 saisis dans ce trafic. Au total, l’avocate des parties civiles fait état de près de 200 000 cartouches de cigarettes, prenant ainsi en compte les cigarettes saisies, mais également vendues dans le cadre du trafic.
Le procès se poursuit encore aujourd’hui avec les réquisitions de Cindy Fernandez, procureur de la République. Les nombreux avocats, présents à l’audience, vont ensuite intervenir pour défendre les multiples prévenus dans cette affaire. Ils seront rapidement fixés sur le sort. Pour rappel, certains d’entre-eux risquent 20 ans d’emprisonnement délictuel.