Engagé dans une tournée dans le cadre de la démarche « Osez pousser les portes », qui vise à mieux faire connaître la Grande Loge de France, Jean-Raphaël Notton prend la parole, notamment pour battre en brèche les idées reçues et théories complotistes sur la franc-maçonnerie.
Objectif Gard : Vous êtes engagé dans une démarche d’ouverture. Il est important pour vous de dire qui vous êtes, de combattre les fantasmes sur la franc-maçonnerie ?
Jean-Raphaël Notton : La société change, le monde change, et nous avons le devoir, même si nous sommes porteurs d’une tradition ancienne, de faire en sorte que nous restions sécularisés, en lien avec le siècle qui nous entoure. Il s’agit d’expliquer cette tradition ancienne de façon positive, dans un moment de perte de spiritualité, de repères, montrer qu’il y a encore des gens qui peuvent être raisonnables. C’est une expression positive de ce que nous sommes, le monde dans lequel nous sommes fait qu’un bavard qui racontait des bêtises au bar du Commerce aujourd’hui a 20 000 followers pour leur raconter les mêmes bêtises. Alors nous voyons fleurir des théories du complot, des nouvelles erronées qui déforment la vérité, il est important que nous puissions combattre ces contrevérités en exprimant nos vérités.
Comment définiriez-vous la franc-maçonnerie ? Quelles sont ses valeurs, son rôle ?
Je peux parler de la Grande Loge de France, et de notre méthode de travail, le rite écossais ancien et accepté. D’autres obédiences ont pour motivation de changer les lois, ce sont des obédiences sociétales. Nous n’agissons pas comme ça. Notre démarche repose sur l’idée que chacun d’entre nous est perfectible, et que s’il accepte l’idée de travailler un peu sur lui-même, il peut arriver à gommer ses mauvais côtés et à valoriser les bons de sa nature humaine. Et, sur la base de cette amélioration, être capable dans les responsabilités que nous exerçons, de transmettre certaines valeurs humanistes, avoir le regard tourné vers l’autre. Nous sommes des spiritualistes. Nous avons des leviers : ce sont les travaux qui sont menés, et confiés par le président de la Loge en fonction du caractère et de la personnalité de celui à qui il va donner ce travail. Par exemple : « y-a-t-il des limites à la tolérance ? » Cette réflexion va avoir un côté transformant chez vous. Et les autres vont vous écouter, vont eux-mêmes être interpellés et ça va être un levier sur eux.
Concrètement, comment ça se passe ?
Nous nous rencontrons deux fois par mois, à chaque fois deux heures, pour ce que nous appelons des tenues. La franc-maçonnerie n’a rien à cacher. Tout est rendu public, sauf une chose, le cœur de tout : ce secret, cette capacité personnelle de transformation que nous avons chacun. C’est une démarche progressive, indicible. Nous ne sommes pas une secte, la différence, c’est que vous venez si vous avez envie et que vous repartez si vous en avez envie. Et nous avons de plus en plus de jeunes qui viennent, nous sommes dans une société du temps court, et deux fois par mois pendant deux heures, vous êtes dans le temps long. Et dans cette société où on passe notre temps à traiter des sujets matérialistes, nous passons nos rencontres à ne parler que des choses de l’esprit, dans la profondeur.
« Les enjeux de pouvoir ne sont pas le sujet, et l’argent encore moins »
Que représente la Grande Loge de France au niveau national, et dans le Gard ?
Nous sommes la plus ancienne obédience de tradition en France et une des plus anciennes du monde, nous sommes présents dans le monde entier par nos loges. Une loge est un groupe d’hommes, d’une cinquantaine de personnes, et nous comptons environ un millier de loges. Nous sommes également présents avec des obédiences « filles », dans pratiquement tous les pays d’Afrique, d’Europe, d’Amérique du Sud et d’Amérique latine. Nous constituons une confédération internationale des loges unies, un des premiers réseaux mondiaux maçonniques et diplomatiques. Nous avons des contacts avec un grand nombre de gouvernements du monde.
Il est donc vrai que les francs-maçons fréquentent des gens de pouvoir, alors.
Oui, mais pas que. Nous sommes un élément de stabilité, des ambassadeurs de la raison avec un grand R. Il y a bien des endroits où c’est le bienvenu. Et nous n’avons pas d’engagement partisan. Nous sommes des éléments de stabilité et de raison, en opposition au complotisme et aux craintes. Dans nos loges, l’harmonie règne, donc notre démarche intéresse, mais pour nous il n’y a pas d’enjeu de pouvoir. Nous, c’est la diffusion d’un certain nombre de valeurs que nous estimons essentielles, par exemple notre plus grande valeur, c’est la liberté de conscience. Par les temps qui courent, c’est intéressant. Autre chose : quand vous rentrez dans une loge de la Grande Loge de France, la première année, on vous interdit de parler. Pas pour vous censurer, mais pour vous apprendre à écouter les autres. Avec une règle : on ne coupe pas la parole à un autre. Notre travail est d’influencer, essayer de transmettre ces valeurs et ces comportements. Les enjeux de pouvoir ne sont pas le sujet, et l’argent encore moins. Il y a des fantasmes, nous serions de richissimes rentiers, mais ce n’est naturellement pas le cas.
Vous venez dans le Gard à l’occasion de l’ouverture d’une loge à Uzès. Qu’est-ce que ça signifie pour la Grande Loge de France ?
C’est une création, nous n’avions jamais eu de loge à Uzès. Nous en avons à Nîmes par exemple, et dans le Sud des douzaines, où nous sommes présents dans toutes les métropoles, les sous-préfectures. Le but est d’offrir au plus grand nombre la possibilité de travailler avec nous.