Publié il y a 1 an - Mise à jour le 16.08.2022 - anthony-maurin - 4 min  - vu 18191 fois

NÎMES Le chantier des arènes interroge les touristes

Sous l'échafaudage (Photo Archives Anthony Maurin).

Devant les arènes, les touristes comprennent l'importance du chantier (Photo Archives Anthony Maurin).

L'amphithéâtre antique de Nîmes compte parmi les mieux conservés du monde romain. Même s'il n'a plus tous ses gradins, même si sa capacité a largement diminué au fil des siècles, il demeure une perle rare qu'il faut entretenir.

"Je suis venue il y a dix ans et je vois encore des échafaudages sur l'amphithéâtre... C'est long !" affirme Isabelle, Lensoise qui a ses habitudes l'été dans la région. Elle n'est pas la seule à se dire que le vaste chantier prend du temps. "C'est moche ! Mais je comprends qu'il faille le faire. J'ai cru comprendre que ces travaux étaient nécessaires pour conserver, a minima, l'état actuel des arènes. Disons que nous sommes de passage et que les arènes, elles, seront encore là bien après nous ! Mais c'est dommage, je crains le moment où l'échafaudage va se retrouver de l'autre côté" note quand à lui Manu, son compagnon.

Oui, c'est long. Mais c'est quasi obligatoire, surtout si Nîmes veut poursuivre sa percée dans l'accueil touristique. Ce projet ambitieux, commencé en 2009, a terminé sa troisième phase en décembre 2019 avec la rénovation de quatre travées supplémentaires. La phase suivante a démarré au printemps 2020 pour 14 mois. Depuis ? Le chantier a attaqué la restauration des travées 2 à 11 qui durera jusqu’en décembre 2023, en trois phases.

Nettoyage, gommage, restauration des façades et des arrachements se poursuivront donc, avec et suivi archéologique approfondi, pour la sécurisation du monument altéré par la pluie. La travée 60 dite travée impériale, dont les deux gardes corps en forme de taureau ont déjà été restaurés, nécessitera un soin particulier, tout comme le petit escalier menant au sommet de l’amphithéâtre, qu’il faudra entièrement protéger. Un chantier qu’il faut adapter de A à Z aux nouvelles contraintes sanitaires moyennant des surcoûts : mobilhommes individualisés, restriction du personnel présent sur le chantier, pose de 4 escaliers au lieu de deux pour isoler montée et descente, accès automatisés… L'ensemble du programme devrait être terminé en 2034.

Afin de l'expliquer aux touristes (comme aux Nîmois qui ne le sauraient pas), les diagnostics successifs montraient que, depuis l’Antiquité, plusieurs facteurs dont les destructions des gradins intermédiaires et le comblement des égouts d’évacuation, ont exposé l’amphithéâtre aux effets destructeurs des intempéries.

Perturbant ainsi le réseau d’évacuation des eaux de pluie tels que les Romains l’avaient initialement conçu, il fallait agir. Lorsque les pierres sont imbibées d'eau, elles perdent 30 à 40% de leur résistance, ce qui peut provoquer leur éclatement, entraînant la fragilisation de certaines voûtes, de certains piliers et développer des altérations biologiques (algues, mousses, lichens...).

Le travail d'écoulement des eaux (Photo Archives Anthony Maurin).

Vous voyez un échafaudage extérieur mais si vous pénétrez dans l'édifice vous en verrez aussi un à l'intérieur. Même si les "gradins" ne seront pas entièrement remis dans leur état antique initial, on restaure quelques parties pour sauvegarder le reste. Avec la disparition des premiers gradins, les phénomènes de dégradation se sont accentués et il est donc apparu indispensable de restaurer l'ensemble du monument, de consolider et réparer chacune des 60 travées, d'examiner et diagnostiquer chaque pierre, de colmater les entrées d'eau et de remplacer les pierres trop altérées.

Ce programme de restauration, d'une ampleur considérable, concerne les façades, le sommet des arènes, les galeries, les promenoirs et les gradins. Il comprend également l’installation de garde-corps et de mains courantes. En chiffres et pour deux travées seulement, cela a représenté 30m³ de pierre de Barutel, 3 700 heures de maçonnerie et taille de pierre (chantier et atelier de taille), 650 heures de pulpe et gommage, 900 heures de ragréage et 2 100 heures de fourniture de pierre.

Quand on met en place l'échafaudage il y en a pour plusieurs semaines d'installation (Photo Archives Anthony Maurin).

Nicolas est déçu mais il comprend. "Il faut continuer à faire ces travaux. Jusqu'au bout ! C'est sûr que j'aurais préféré avoir des photos sans l'échafaudage mais je lame dis que mes enfants verront les arènes sous leur plus bel angle quand on leur aura enlevé ce vêtement de chantier." Pour sa fille Marie, "La Maison carrée est très belle maintenant restaurée ! Il paraît qu'elle peut bientôt être inscrite à l'Unesco, ça serait mérité. Mais les arènes aussi pourraient l'être, les travaux sont faits dans ce sens j'imagine !" Pas de chance, non. Mais, ils accroissent l'aura de la ville quand on parle de préservation du patrimoine et c'est une excellente chose.

Ce chantier de grande envergure, nécessite le concours pérenne de l'État, des collectivités territoriales.Afin de préserver l’utilisation festive de ce monument vivant qui accueille chaque année plus de 350 000 touristes et des manifestations de grande ampleur, il a fallu établir un planning de mise en œuvre particulièrement précis pour coordonner l'intervention de tous les corps de métiers. Le coût du chantier dépasse les 60 millions d'euros ainsi répartis 40% pour le Ministère de la Culture, 20 % pour la Région Occitanie, 10 % pour le Département du Gard, 4 % viennent de Nîmes Métropole et, si vous tenez les comptes, les 26 derniers % sont levés par la Ville de Nîmes et la Fondation Internationale pour les Monuments Romains de Nîmes.

Si vous voulez aider en finançant un petit morceau des travaux entamés, c'est par là !

Anthony Maurin

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