Un burn-out, deux AVC et un coma d'une semaine ! Beaucoup pour un seul homme. Mais lorsqu'il se réveille de ces terribles épreuves, qu'il sort de son coma, Roland Leblond se découvre une passion aussi soudaine qu'inattendue pour l'écriture. Depuis juin 2024, il a écrit soixante livres ! Rencontre avec un homme que la vie a bousculé, et que les mots ont rattrapé.
Un déclic venu de nulle part
Rien ne prédestinait Roland Leblond à l'écriture. Dans sa famille nîmoise, pas de plume connue. Son grand-père était meilleur ouvrier de France en coutellerie, ses parents tenaient hôtels, parfumeries et bars-tabacs. Lui travaillait dans la publicité, derrière un écran. "Je ne savais pas aligner une ligne", dit-il honnêtement.
Tout bascule en juin 2024. Après un burn-out, deux AVC dont il ne sent rien, Roland Leblond tombe dans le coma. Il en ressort une semaine plus tard avec deux séquelles : des difficultés à marcher, et une main droite qui ne répond plus. Il s'entraîne à écrire à la main, ligne après ligne, jusqu'à récupérer 60 % de sa capacité. Et quelque chose d'autre émerge, qu'il n'avait pas avant. "Le coma m'a révélé le goût de l'écriture."
Soixante livres en moins d'un an
Depuis, Roland Leblond écrit. Chaque nuit, souvent sans s'arrêter. Un livre de 150 pages en deux jours, parfois. Les idées lui viennent en rêve. Il se lève, note tout, met au propre le lendemain et continue jusqu'à ce que le livre soit terminé. "C'est toujours en vie. Je ne manque jamais d'inspiration."
Son univers littéraire est sombre et exigeant : biographies historiques, romans noirs, policiers psychologiques. En moins d'un an, il signe soixante ouvrages. Une amie, professeure de français et membre d'un groupe de lecture, relit ses manuscrits. "Exceptionnellement, il n'y a pas de fautes", confie-t-il, lui-même surpris. Pas de fautes d'orthographe, pas de fautes de grammaire, pas de fautes de syntaxe. "Je ne sais pas ce qui s'est passé, mon cerveau a vrillé."
La mémoire perdue, les mots retrouvés
Le revers de ce bouleversement, c'est la mémoire. Une grande partie s'est envolée de manière irréversible. Roland Leblond note tout, en permanence. Ce qu'on lui dit, ce qu'il écrit, ce qu'il rêve. Ses propres livres, écrits trois mois plus tôt, il ne s'en souvient plus. Il ne les relit pas. "Je les fais relire par quelqu'un. Ils me disent si c'est bon ou pas. Et en général, ils sont tous bons."
Cette fragilité ne freine pourtant pas sa créativité. Au contraire. L'écriture est devenue son quotidien, sa constante, son ancre. Sans pour autant la présenter comme une thérapie. "C'est devenu une passion, comme quelqu'un qui ferait du foot."
Un premier concours, une première victoire
En cherchant des concours de poésie sur internet, Roland Leblond tombe sur le Printemps des poètes à Annecy. Il envoie un texte, sans grande conviction. "Je ne pensais pas du tout gagner." Le coup de téléphone qui lui annonce sa première place le prend par surprise. "Heureusement que j'étais assis", confie-t-il en rigolant.
Depuis, il a participé à dix autres concours, tous en cours de lecture. Il a également soumis plusieurs manuscrits à des maisons d'édition, dont son roman Les Échos de l'homme, qu'il décrit comme l'histoire d'un homme seul qui marche, rencontre une femme, sans nom, sans dialogue, dans le noir.
En attendant une reconnaissance plus large, Roland Leblond publie sur Amazon KDP, à 13 euros l'exemplaire. "Je n'arrive pas à me faire connaître. Je manque de marketing", reconnaît-il avec franchise. Une dizaine d'exemplaires vendus pour l'instant, mais une œuvre qui continue de s'étoffer, nuit après nuit, rêve après rêve.