Publié il y a 1 h - Mise à jour le 24.06.2026 - S.SA - 4 min  - vu 65 fois

OCCITANIE Déserts médicaux : la Région défend son remède

Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, lors de la conférence de presse consacrée au bilan du dispositif “Ma santé, Ma Région”.

- Région Occitanie / Léo Arcangeli

Avec plus d’un demi-million de consultations réalisées depuis 2022, la Région Occitanie dresse le bilan de son dispositif “Ma santé, Ma Région”. Aux côtés de Vincent Bounes, vice-président en charge de la santé, Carole Delga a défendu le choix du salariat des médecins pour répondre à la pénurie médicale dans les territoires. Dans le Gard, plusieurs communes sont déjà concernées, et Uzès accueillera un nouveau poste de spécialiste territorial en psychiatrie à partir de novembre 2026.  

C’est une phrase que Carole Delga assume, presque comme un préalable politique : « Non, la santé n’est pas une compétence de la Région. » Pourtant, quatre ans après le lancement de “Ma santé, Ma Région”, la présidente de l’Occitanie revendique un choix : celui d’avoir fait de l’accès aux soins une priorité régionale, face à une situation devenue, dans de nombreux territoires, un motif d’inquiétude quotidienne. Ce mardi 23 juin, à l’occasion d’une journée consacrée à la lutte contre les déserts médicaux, la Région Occitanie a présenté le bilan de ce dispositif lancé en 2022. Un chiffre a servi de point d’appui durant cet échange : 507 500 consultations réalisées depuis la création de “Ma santé, Ma Région”. Derrière ce cap symbolique du demi-million, la collectivité met aussi en avant 38 854 patients ayant retrouvé un médecin traitant, 26 centres de santé ouverts, deux permanences de soins et 133 professionnels de santé recrutés, dont 119 médecins généralistes, dix sages-femmes et quatre infirmiers en pratique avancée.

« Notre ambition était d’apporter des réponses pratiques à celles et ceux qui font face à l’impossibilité d’accéder aux soins les plus basiques », a rappelé la présidente du conseil régional d'Occitanie, en évoquant une difficulté désormais bien installée dans le quotidien des Français. Des chiffres qui sont loin d'être anecdotiques, en France, ce sont 26 millions de Français qui vivent dans un désert médical, plus de six millions qui se retrouvent sans médecin traitant et 36 % qui ont déjà renoncé à se soigner faute de rendez-vous.

Le salariat comme réponse à la pénurie

Le principe de “Ma santé, Ma Région” repose sur un modèle encore peu répandu dans l’organisation des soins : la mise en place de centres de soins implantés dans les territoires sous-dotés, avec la salariation de professionnels de santé. L’objectif est double. D’un côté, permettre aux habitants de consulter plus facilement un médecin près de chez eux. De l’autre, proposer aux professionnels de santé un cadre d’exercice moins isolé, débarrassé d’une partie importante des contraintes administratives. Un argument sur lequel la Région insiste : un médecin libéral travaillerait en moyenne 50 heures par semaine, dont environ sept heures consacrées aux tâches administratives. Dans les centres de santé régionaux, les praticiens bénéficient d’un secrétariat médical partagé, de locaux équipés, d’une organisation collective et d’un contrat de travail permettant un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.

« En soulageant les professionnels de santé de toutes les charges et contraintes administratives qui pèsent sur eux, nous leur permettons d’exercer pleinement leurs missions de soins, au service des patients », a défendu Carole Delga. À l’heure où les jeunes générations de médecins souhaitent davantage travailler en équipe et préserver leur vie personnelle, la Région y voit dans ce modèle une réponse complémentaire, et non concurrente, à l’exercice libéral. Dans le Gard, c'est le témoignage de Bénédicte Gal, médecin salariée au centre de santé du Vigan, qui vient compléter ce propos : « L’avantage pour nous, médecins, d’être salariés, c’est surtout la diminution des tâches administratives qui parasitent notre exercice de la médecine au quotidien. »

Le Gard déjà dans le dispositif

Plus localement, dans le Gard, le dispositif est d'ores et déjà visible. Le Vigan, Saint-Gilles, Fourques, Lussan, Saint-Hilaire-de-Brethmas ou encore Jonquières figurent parmi les communes concernées par les centres de santé “Ma santé, Ma Région”. C'est ainsi qu'apparaît le département dans le maillage régional présenté par la collectivité, au même titre que l’Aude, l’Hérault, l’Aveyron ou les Pyrénées-Orientales.

Mais la Région rappelle tout de même que ce modèle ne vise pas à remplacer la médecine libérale. Depuis 2016, elle accompagne aussi la création ou la rénovation de maisons de santé pluriprofessionnelles. Au total, ce sont 151 maisons et centres de santé ont été soutenus en Occitanie, pour plus de 15 millions d’euros. Dans le Gard, la maison de santé de Roquemaure a notamment bénéficié d’une aide régionale de 130 000 euros en 2022.

Un poste de spécialiste annoncé à Uzès

Depuis novembre 2024, l’Occitanie expérimente le financement de médecins spécialistes territoriaux dans les hôpitaux de proximité, en partenariat avec l’Agence régionale de santé, les facultés de médecine et les CHU. Vingt postes ont déjà été déployés dans douze hôpitaux. Dans le Gard, les centres hospitaliers d’Alès et de Bagnols-sur-Cèze sont concernés. À Alès, le dispositif couvre notamment la médecine interne, la gériatrie, l’addictologie, l’urologie et la gynécologie. À Bagnols-sur-Cèze, il concerne la médecine d’urgence.

Six postes supplémentaires ont été annoncés à partir de novembre 2026. Ils seront créés à Castres-Mazamet en cardiologie, Rodez en néphrologie, Albi en pneumologie, Clermont-l’Hérault en pharmacie, Narbonne en médecine physique et de réadaptation, et Uzès en psychiatrie. Le dispositif passera ainsi à 26 postes au total. Un 27e centre de santé doit également ouvrir à Saint-Gaudens, en Haute-Garonne, en partenariat avec l’hôpital local. Un objectif qui reste d’atteindre les 200 professionnels de santé recrutés d’ici la fin du mandat.

Reste la question de fond : une région peut-elle, durablement, pallier les défaillances d’un système de santé national ? Carole Delga ne l’élude pas. Pour elle, l’action régionale répond avant tout à une urgence, mais ne remplace pas une politique nationale de santé. « La santé, au même titre que l’éducation, est un des piliers de notre République », a-t-elle martelé. En Occitanie, la Région a choisi de s’en mêler. Et entend désormais prouver, chiffres à l’appui, que son ordonnance commence à produire des effets. 

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