« Cela fait trois ans que l’on se bat ». Lyne Enjelvin, membre du Collectif Ensemble Sauvons Pujaut, sature. Jeudi 12 février, une conférence de presse s’est tenue dans la salle polyvalente de Pujaut, pour faire le point sur une affaire qui cristallise les tensions : la construction de logements sociaux. Autour de la table, des membres du Collectif opposé à ce projet, étaient réunis aux côtés de la maire Sandrine Soulier, son adjointe à l’urbanisme, le président de l’association villeneuvoise BelleVue Demain, représentée par Patrick Carry, et de l’avocat Alexandre Coque.
18 logements sociaux en question
Leur vision n’a pas changé : ils s’opposent à la construction de 18 logements sociaux dans les conditions émises, qui selon eux, entraveraient leur confort de vie : « Le préfet est là pour faire appliquer la loi, mais elle n’est pas conforme au territoire. En termes de logique, il aurait du lui-même prononcer un sursis à statuer sur le permis de construire qu’il avait signé, car il ne serait pas en adéquation avec le futur Plan Local d’Urbanisme (PLU) qui est sur son bureau. Il n’est pas dans la logique pour faire en sorte que la loi et le respect des individus soit respecté », regrette Patrick Carry, remonté, même s’il tempère qu’ « ils ne sont pas contre la construction, ni les logements sociaux ». Toutefois, habitants et élus mettent en avant la non faisabilité de ce projet immobilier mené par Grand Delta Habitat.
« On en a besoin mais pas au détriment des autres »
Alors que le permis de construire a été posé au 32 route de Tavel, Lyne Enjelvin, directement impactée, donne son ressenti sur cette situation, jugée inconfortable : « Nous sommes venus ici dans un endroit paisible. On a conscience que l’on en a besoin (de logements sociaux) dans notre société, mais pas au détriment des autres ». Sandrine Soulier a tenu à prendre la parole pour donner aussi sa version des faits et s’interroge sur une demande qu’elle considère inopportun pour sa commune : « Ce PADD ( Plan d'Aménagement et de Développement, ndlr), c’est tel que l’on voyait l’urbanisme à Pujaut dans les dix prochaines années. Les services de l’État nous ont dit que l’on avait trop de consommations foncières, au regard de la loi ZAD : une zone d'aménagement différé, ndlr) et que l’on ne faisait pas assez de logements sociaux. Comment on fait, sans mettre de foncier à disposition, pour faire 440 logements sociaux, dans un village comme Pujaut 80 % inondable et en aléa feu de forêt ? À part de raser le cœur de ville et de monter des tours, cela n’est pas possible », s’emporte l’élue municipale.
En avril 2025, la maire de la commune de 3911 habitants, avait exprimé, dans une vidéo réalisée par notre confrère Le Figaro, son désarroi en expliquant qu'elle se battait pour que « les logements sociaux soient intégrés dans le village ».
Pour rappel, au vu de la loi SRU, qui oblige un ratio de 25 % de logements sociaux dans les communes de 3500 habitants, dès lors qu’elles sont intégrées dans uen communauté de plus de 50 000 habitants. C’est le cas de Pujaut, qui fait partie de la Communauté de communes du Grand Avignon.
Maître Alexandre Coque : « Le doute nous profite »
Alors que le Collectif Ensemble Sauvons Pujaut a interjeté appel de la décision rendue en première instance par le Tribunal Administratif de Nîmes, l’avocat spécialisé en droit public, a apporté un éclaicissement sur cette affaire, en répondant à la question de la maire sur l’importance du « préjudice subi par le voisinage » : « Le recours a permis de faire douter le promoteur public, lequel a eu du mal à trouver des financements. Le doute nous profite. La jurisprudence va nous permettre de préciser et évolue favorablement à nos demandes », détaille Alexandre Coque. L’avocat a expliqué vouloir montrer que « ce permis de construire est illégal » et demandera « qu’ils suspendent l’application ».
« Notre seul et unique objectif est que le droit de l’urbanisme soit respecté à la lettre », est-il retranscrit dans le communiqué transmis. L’association Belle Vue Demain continuera de porter la voix des habitants, pour préserver la quiétude de leur environnement et milite pour la protection de la qualité du cadre de vie. La décision en appel interviendra entre deux à huit mois. Aucune date n’a été avancée.
Les Pujaulains concernés, espèrent bientôt être fixés sur leur sort, pour savoir si oui non, ces logements sociaux, aura une conséquence sur leur confort. Pour mettre davantage d'habitants au courant, une réunion publique aura lieu le 13 mars prochain à 18h à la salle Polyvalente de Pujaut.