L’empresa des arènes Émile-Bilhau, Toro Pasión, s’enorgueillit de laisser la place aux Français et de donner leur chance aux méritants. Coup double pour cette novillada ! Oui, les grincheux pourront toujours rouspéter pour l’absence du novilero puntero prévu à l’origine du cartel, Mario Vilau. Mais ce-dernier étant blessé…
Clément Hargous a dû le remplacer au cartel de la novillada de la Chaquetilla d'or. « Vaillant, spectaculaire et banderillero, le jeune novillero français a signé plusieurs prestations remarquées cette saison notamment à Millas et Roquefort. Ce remplacement vient justement récompenser une saison particulièrement encourageante pour Clément Hargous et permet également à Toro Pasión de réaffirmer, par ses choix, son attachement et son soutien à la tauromachie française » évoquait l’empresa à l’annonce de la substitution.
Et, honnêtement, Clément Hargous fait partie des méritants, de ceux qui n’abandonnent pas, de ceux qui se frottent à la difficulté d’un tel univers pour y rester et s’y faire une place, de ceux qui travaillent dans l’ombre pour espérer un rayon de soleil. Trois Français, donc, et des novillos tout aussi locaux.
Premier en piste, Clément Hargous. Après être resté plus de cinq ans en novillada sans picadors, il est passé dans la catégorie voilà près de deux temporadas. Il ne torée que très peu mais cela ne l’empêche pas d’être présent et sérieux. Son opposant à peine sorti du toril, s’escampe dans le callejon… Clément reste calme et assurera le boulot grâce à son savoir-faire. Lui, qui travaille dur, a les recours techniques pour ne pas perdre les papiers. Un toreo complet, varié, parfois ornementé de détails sympas. Jamais vulgaire, le novillero banderille, met un peu d’ambiance et propose même quelques séries gauchères de bon aloi. Il se fera prendre sans gravité mais l’incident le stoppera quelque peu dans son désir de bien faire. Salut.
Sur son second, le natif de Bordeaux coupera enfin. Son Chaubet est de qualité, peut-être le plus équilibré de la tarde mais pas celui qui transmettait le plus. Encore une fois Clément Hargous y met le fond, les formes et le cœur qui va avec ! Il ne calcule pas, il fait les choses au mieux de son entame les genoux à terre à sa belle (deuxième essai) épée. Les tendidos ont vu que le jeune avait en lui quelque chose qui l’animait. Espérons que les empresas, comme celle de Saint-Gilles, s’en rappellent et qu’il n’attendra pas des années avant de refaire un paseo dans le coin…
Victor est à la maison ou presque. Il vit aux Saintes, connaît par cœur Saint-Gilles, son ruedo et son public. Les aficionados reconnaissent en lui un futur grand. Il touche un Chaubet intéressant mais sans trop de race. Comme toujours chez lui, Victor demeure lymphatique, placide, presque froid et disant. Difficile de voir en lui les expressions qui pourraient le trahir. Pourtant, il revient d’une belle frayeur biterroise et n’hésite pas à aguanter son opposant. Hélas, la sauce manque d’assaisonnement et le final par bernardinas/manoletinas n’y fera rien. Salut.
Cinquième novillo de la tarde et Victor voit son Barcelo sortir. Un coquin rustre, chafouin et fourbe, rien que ça ! Mais Victor ne tentera pas le diable, il restera sur le reculoir et n’osera pas aller dans les terrains contraires. Cependant, sa faena monte doucement en intensité mais ne crèvera pas la bulle spéculative de l’aficion. Aux aciers, le novillero échoue et se prive d’une petite oreille. Victor n’aura pas été le mieux servi au sorteo mais avec cette faena, on a eu du mal à voir où il voulait aller. Silence.
Clovis ferme le cartel. L’année dernière, il avait remporté le bolsin de Nîmes métropole dans ces mêmes arènes Émile-Bilhau en marquant les esprits de l’aficion par son aguante et sa détermination. La saison en cours lui donne raison, il avance et continue son chemin. Il décide de faire sortir son Chaubet en premier. Bonne idée car il aura droit à un mouchoir bleu (assez peu compréhensible) ! Clovis fait du Clovis. Esthète, centré et désireux de marque les esprits, le Nîmois va au bout de la démarche et propose élégance et poder, à droite comme à gauche, au capote comme à la muleta. C’est à l’épée que le jeune faute. Comment dire. Une première lame difficilement qualifiable. Son second essai sera plus concluant, oreille, et donc, vuelta à ce novillo.
Le dernier novillo sort du toril et Clovis affront un Barcelo d’un autre type. On a vu un étrange toro qui n’était pas le plus facile à comprendre et à toréer. Après le passage au cheval, on aurait cru son âme partie. Clovis demande aux tendidos de ne pas s’impatienter. Il bricole et arrive à lier quelques séries en fin de faena. Une épée, sérieuse cette fois, et une oreille pour l’investissement et l’engagement du novillero qui avait gagné le bolsin de Nîmes métropole et qui signe un coup double en raflant en 2026 la Chaquetilla d’or !