Publié il y a 1 h - Mise à jour le 22.08.2026 - J.Rz. - 4 min  - vu 81 fois

ARLES Il avait agressé et blessé trois pompiers : un Arlésien condamné à 18 mois de prison ferme

Le 29 juin dernier, trois pompiers d'Arles étaient agressés et blessés alors qu'ils intervenaient sur un feu à Raphèle. Ce vendredi 21 août, l'auteur des faits, déjà condamné pour des faits similaires, était jugé par le tribunal correctionnel de Tarascon. 

La nuit était déjà tombée ce 29 juin 2026, lorsque des pompiers du centre de secours d’Arles, intervenant pour éteindre un incendie sur un terrain à Raphèle, se sont retrouvés pris pour cible. Insultés, agressés et blessés par le propriétaire des lieux, un homme de 49 ans, ils ont subi des violences qui leur vaudront des interruptions totales de travail (ITT) de 8, 3 et 1 jour. Les faits, d’une rare violence, ont immédiatement suscité une vive émotion au sein de la communauté des pompiers et bien au-delà.

Un peu plus d’un mois plus tard, ce vendredi 21 août, l'auteur des faits se tenait devant le tribunal correctionnel de Tarascon, accusé d’outrages et de violences en état de récidive sur quatre pompiers. Il avait déjà été condamné pour des faits similaires en 2024 par ce même tribunal. Dans la salle d’audience, le chef du centre de secours d’Arles, Nicolas Rabouin, son adjoint, ainsi que deux autres pompiers s’étaient déplacés pour soutenir leurs collègues. Bien que nombreux en début d'après-midi, beaucoup, dont les victimes, avaient dû quitter les lieux avant l’audience (qui a finalement commencé à 20h), pour des raisons professionnelles ou personnelles. Mais l’absence physique des victimes n’a pas atténué l’émotion : cette agression a profondément marqué toute une profession.

"Vous avez un problème avec les pompiers ?"

Ce soir-là, tout avait commencé par un signalement de fumées suspectes en provenance de Raphèle. Les pompiers d’Arles, après avoir localisé l’incendie, s'étaient rendus sur place. Mais à leur arrivée, le propriétaire des lieux leur avait bloqué l’accès à sa propriété en se plaçant en travers de la route, tout en les accablant d’un flot d’insultes. Le chef d’équipe avait tenté de calmer l’homme, visiblement très alcoolisé, tandis que le reste de l’équipage s’affairait à éteindre les flammes. Mais la situation avait rapidement dégénéré : un coup de poing avait été porté à un premier pompier, puis d’autres coups avaient suivi, nécessitant une maîtrise au sol pour neutraliser l'agresseur en attendant l'arrivée des gendarmes.

Les conséquences pour les pompiers ont été lourdes : l’un d’eux a subi une rupture du tendon du biceps (ITT de 8 jours), un autre une fracture du radius (ITT de 3 jours), et le troisième un traumatisme à la paumette (ITT d’1 jour). Une quatrième, une femme sapeur-pompier, bien que non blessée physiquement, a été profondément choquée par la violence de la scène.

En garde à vue, l'homme avait tenté de justifier ses actes. Il affirmait avoir voulu débroussailler son terrain et accusait les pompiers de l’avoir pris de haut. Il reconnaissait avoir porté le premier coup, tout en minimisant sa responsabilité : "Le feu était maîtrisé, leur intervention n’était pas justifiée. J’ai agi en état de légitime défense, ils m’ont manqué de respect." Placé en garde à vue, puis incarcéré en détention provisoire depuis le 3 juillet dernier après une première comparution immédiate, il a fini par exprimer des regrets lors de l’audience de vendredi. "Quelques semaines de détention m’ont fait réfléchir. Je me suis senti agressé verbalement, mal compris. J’ai mis un coup à un pompier. Mon geste est incompréhensible, je suis quelqu’un de gentil. Je regrette."

Un fort ressentiment envers les hommes du feu

Son casier judiciaire est lourd : neuf condamnations, dont plusieurs pour conduite sous l’empire d'un état alcoolique. En mars 2025, il avait déjà été condamné pour outrages et violences sur pompiers, des faits identiques à ceux de juin 2026. "Vous avez un problème avec les pompiers, monsieur ?", lui a demandé la présidente. "Non, je n’ai rien contre eux. Mon problème, c’est l’alcool", a-t-il répondu. Pourtant, l’expert psychiatre a relevé un fort ressentiment envers les hommes du feu, ce qui a interpellé la présidente : "Être condamné deux fois en deux ans pour des outrages et des violences à l’encontre des pompiers, ça pose question." L'accusé a reconnu une consommation quotidienne de bières, pouvant aller jusqu’à 20 par jour. Le 29 juin dernier, "j’en avais bu une dizaine…", a-t-il admis.

Maître Fremond, avocate de la partie civile, a tenu à rappeler le professionnalisme des pompiers. "Dès leur arrivée, l’un d’eux, ayant déjà connu une altercation avec le propriétaire en 2024, a prévenu l’équipage. Malgré les insultes et l’agitation, ils ont cherché à calmer la situation." L’un des pompiers est toujours en arrêt de travail (son ITT a été réévaluée à 90 jours), avec des difficultés pour les gestes du quotidien. Un autre doit voir son ITT réévaluée et porte toujours une attelle. Les conséquences pour les victimes vont bien au-delà des blessures physiques.

"À travers cette agression, c’est l’institution toute entière qui est touchée"

"Ces conséquences ne sont pas marquées sur les certificats médicaux. Mais pour certains, il s'agit de remettre en question leur métier. Les violences contre les pompiers deviennent de plus en plus courantes. Il est crucial que ces actes ne soient pas banalisés, a insisté l’avocate. À travers cette agression, c’est l’institution toute entière qui est touchée."

De son côté, le procureur a souligné une personnalité inquiétante, des excuses peu convaincantes, un parcours judiciaire chargé et une récidive avérée. "Le risque de récidive persiste, malgré les accompagnements judiciaires passés", a-t-il souligné, avant de requérir 2 ans de prison ferme, avec maintien en détention, inéligibilité pendant 5 ans et interdiction d’exercer une fonction publique.

L’avocate de la défense, quant à elle, a reconnu "l’intolérable comportement" de son client, mais a plaidé pour une peine mixte (ferme et travaux d'intérêt général) afin de rompre son isolement, qu'elle estime être la racine du problème. Finalement, le tribunal a reconnu l'accusé coupable des faits reprochés, l'a condamné à 18 mois de prison ferme et a prononcé son maintien en détention.

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