Culture
Publié il y a 2 mois - Mise à jour le 31.10.2022 - marie-meunier - 3 min  - vu 249 fois

FAIT DU SOIR Le Villeneuvois Jerry Rudes sous-titre les films : "Il faut être méticuleux, passionné des langues"

Jerry Rudes, en compagnie de son fidèle Sacha, devant son ordinateur qui lui sert à sous-titrer. (Marie Meunier / Objectif Gard)

En 1989, Jerry Rudes a acheté une maison à Villeneuve-lez-Avignon. Jusqu'alors, il vivait entre la cité cardinalice et New York. Mais depuis le premier confinement, il s'est installé à l'année dans le Gard. Né à San Antonio au Texas dans une famille bourgeoise, Jerry Rudes a rapidement décidé de s'affranchir des frontières et de travailler en Europe. Journaliste de formation, il s'est finalement tourné vers l'univers du cinéma. Depuis des années, il s'est spécialisé dans le sous-titrage et l'audio-description des films.

C'est à lui que l'on doit d'ailleurs le sous-titrage en italien du film documentaire "All the beauty and the bloodshed" de Laura Poitras qui a été récompensé du Lion d'or 2022 à la Mostra de Venise en septembre. Le film retrace le combat de Nan Goldin, photographe, contre la famille Sackler, propriétaire de la société pharmaceutique Purdue Pharma, mise en cause dans la crise des opioïdes avec son produit l'OxyContin3. Le film a été vendu à HBO et Jerry Rudes a dû refaire d'autres sous-titres en anglais pour le New York film festival.

Le Villeneuvois a récemment travaillé sur "Hallelujah, les mots de Léonard Cohen" de Dan Geller et Dayna Goldfine en vu du festival du film américain de Deauvile. "Mon rôle, c'est de rendre compréhensible une histoire pour un public qui normalement ne comprendrait rien", résume humblement le Villeneuvois qui a désormais la double nationalité française et américaine.

Un travail conjoint avec de "très bons traducteurs"

Il poursuit : "Il faut être méticuleux, passionné des langues." Il travaille au côté de "très bons traducteurs" qui parlent bien anglais et lui permettent de "trouver l'expression faisant comprendre le sens des choses". Car Jerry Rudes est amené à sous-titrer des films dans beaucoup de langues. S'il jongle majoritairement entre le français, l'espagnol et l'italien, il a déjà eu des demandes en hindi ou pour le Pakistan.

Il a commencé à faire des sous-titres gratuitement dans les années 90 alors qu'il était encore directeur de son propre festival : les Rencontres cinématographiques franco-américaines. "Pendant les projections, je trouvais que les sous-titres étaient mal faits alors je m'y suis mis", glisse-t-il avec un sourire. Créées en 1984, les Rencontres cinématographiques franco-américaines se sont tenues pendant 25 années à Avignon. En parallèle, il a aussi lancé une version américaine du festival à Boston qui s'exportera ensuite à Manhattan après deux ans et se renommera "Avignon-New York film festival". De grands noms du 7e art y ont participé tels qu'Agnès Varda, Claude Lelouche, Claude Miller, Louis Malle, Paul Schrader, Cedric Klapisch, Arnaud Desplechin ou Gaspar Noé. Même Quentin Tarantino, alors inconnu du grand public, était venu présenter son premier film "Reservoir dogs" en 1992 dans la cité des papes, au cinéma Utopia.

Un troisième rôle au côté d'Alexandra Lamy et Clovis Cornillac

Jerry Rudes a même co-écrit l'ouvrage du réalisateur Samuel Fuller "A Third Face : My Tale of Writing, Fighting and Filmmaking" publié aux États-Unis en 2004. Un an plus tard, on a aussi pu le voir dans la comédie de Jeanne Biras "Au suivant !" aux côtés d'Alexandra Lamy et de Clovis Cornillac. Dix ans plus tard, il crée "Mistral artist management", un groupe fédérant auteurs, dramaturges, réalisateurs, scénaristes et acteurs talentueux d'Amérique et d'Europe. En 2009, il s'en servira également pour articuler un nouveau festival, virtuel cette fois se nommant "Cinémonde" où dans le monde entier, des cinéphiles regardent des avant-premières autour de bons petits plats.

De 2002 à 2014, Jerry Rudes a occupé le poste de coordinateur américain pour la société française LVT, l'un des leaders mondiaux du sous-titrage cinématographique et numérique. À ce titre, il a supervisé de nombreux sous-titrages, parfois sur des films sélectionnés pour des festivals, parfois sur des restaurations. Il a aussi chapeauté des projets de doublage, comme la version originale du film japonais de "The Cove" de Louis Psihoyos, qui a remporté l'Oscar du "meilleur documentaire" de 2009. C'est aujourd'hui à travers sa propre société "Mistral artist" qu'il continue de sous-titrer. Un sacré CV pas près d'être clôturé pour ce cinéphile qui a aussi été professeur dans un lycée privé de Majorque ou en poste à l'université américaine d'Aix-en-Provence, avant de poser ses valises à côté d'Avignon. En 2014, Jerry Rudes a même été récompensé de la médaille d'or "du rayonnement culturel" aux États-Unis, un prix créé par la Renaissance française.

Marie Meunier

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