12 mètres. C'est environ un cinquième de la hauteur des quelque 145 pylônes que RTE prévoit d’ériger dans le cadre de son projet de ligne à très haute tension entre Fos-sur-Mer et Jonquières-Saint-Vincent, afin d'assurer la sécurisation de l'alimentation électrique de la région PACA et d'accélérer la décarbonation de la zone industrielle de Fos-Étang de Berre. Au milieu d'une parcelle agricole, route des Saintes-Maries-de-la-Mer à Arles, le conteneur dressé à la verticale attire les regards des automobilistes, dont certains expriment leur soutien d'un coup de klaxon. Car il y avait un peu de monde au pied de cette installation insolite, ce mardi 14 juillet, jour de fête nationale, invité par l'Association de sauvegarde des terres de Camargue et de Crau, à partager un petit-déjeuner républicain.
"Depuis le début, on s'aperçoit que toutes les maquettes et toute la communication de RTE sont disproportionnées par rapport à la réalité, tout est représenté a minima, explique Guillaume Meiffre, co-président avec Cédric Bernardi de l'ASTCC. Tout le bassin - la Camargue, la Crau, la Terre d'Argence mais aussi Fos-sur-Mer - doit se sentir concerné et prendre conscience de la réalité sur le terrain." Selon l'oléiculteur, la plupart des personnes avec lesquelles il échange peinent à se représenter la taille des pylônes et leur emprise au sol. Des ballons à l'hélium devraient prochainement être accrochés au conteneur afin de matérialiser la hauteur réelle des géants de fer, comprise entre 60 et 80 mètres.
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Cette opération intervient quelques jours après la visite presse organisée par RTE sur le tracé envisagé. Visite lors de laquelle le gestionnaire du réseau de transport d'électricité a déroulé tous ses arguments pour défendre le choix aérien face aux alternatives proposées, notamment par le collectif THT 13/30, avec l'enfouissement et l'ensouillage maritime et/ou fluvial de la ligne en courant continu. "Autant on pourrait entendre que ça peut être compliqué et cher, mais on ne peut pas entendre qu'il n'y aura pas d'impact sur le paysage, sur l'agriculture, sur l'avifaune, s'agace Cédric Bernardi. En ce qui concerne les agriculteurs, nous serons impactés avec des pertes d'exploitations et des difficultés par la suite en travaillant en dessous des pylônes. Mais il faut se dire aussi que visuellement, touristiquement, ce ne sera pas sans conséquences. Nous, on veut continuer à échanger, à parler. Nous ne sommes pas des personnes radicalisées." Ils ne sont pas non plus contre la décarbonation.
Au sujet de l'avifaune, Jean-Luc Moya, membre du collectif THT 13/30, rappelle que la Camargue se situe dans l'axe migratoire entre le nord de l'Europe et l'Afrique. "Sur ce territoire, au printemps, on a entre 70 et 90 millions de mouvements d'oiseaux et environ 100 millions à l'automne", assure-t-il, se référant à l'étude scientifique Migralion. Un secteur, la Camargue, mais aussi de la Crau et de la Terre d'Argence, qui n'est pas juste occupé pendant les migrations. Luc Perrin, membre de l'ASTA 30 et élu d'opposition à Beaucaire, cite l'exemple du couloir de mouvements entre la Crau et la déchetterie de Bellegarde "où on peut observer des centaines de cigognes et de grues, entre autres", "qui sera coupé par la ligne".
"Il faut s'imaginer qu'au bout de ces pylônes, il y aura une vingtaine de câbles que des oiseaux vont heurter", poursuit Jean-Luc Moya. Quant aux dispositifs d'effarouchement ou de balisage évoqués par RTE, leur efficacité ne serait, selon lui, pas démontrée. Il conteste également les propos tenus par Christophe Berassen, directeur du Programme Électrification Fos Berre Provence chez RTE, lors de la visite presse, selon lesquels le tracé ne concernerait pas le "cœur" du parc naturel régional de Camargue. "L'avifaune ne connaît pas les limites administratives", rétorque Jean-Luc Moya.
Plusieurs élus arlésiens et saint-martinois se sont joints à cette action symbolique. Parmi eux, le maire d'Arles et président de la communauté d'agglomération Arles-Crau-Camargue-Montagnette, Patrick de Carolis. "Ils [les défenseurs du projet aérien, Ndlr] ne se rendent pas compte de la résistance qui s'opère et du temps juridique que nous allons engager. On est déterminés à utiliser tous les outils juridiques qui sont à notre disposition", a-t-il une fois de plus averti.
L’opération a vocation à se poursuivre avec l’installation prochaine de nouvelles structures similaires ailleurs en Camargue, en Crau et en Terre d’Argence.