Comme s'ils avaient toujours été là, deux convois bordent la D906 à l'entrée de Laval-Pradel, le premier est militaire, le second minier. Pour le créateur et propriétaire du site et du terrain, qui ne souhaite pas être nommé, il s'agit en réalité d'un hommage à ceux tombés pour "sauver et faire grandir la France", mais surtout afin de "ne pas oublier d'où l'on vient".
Un convoi pour continuer à voir
Le premier convoi, en arrivant depuis Alès, est composé de onze véhicules, avec, en tête, une Citroën Traction 11 légère, véhicule emblématique des hommes de la Résistance et des maquis, orné du sigle FFI (Forces Françaises de l'Intérieur) et d'une Croix de Lorraine doublée du V de Victoire, mais aussi une Jeep Willys, véhicule tout-terrain léger à quatre roues motrices de l'armée américaine, un GMC Lot 7, transporteur de personnels, un Dodge ambulance WC 54 et un Dodge transporteur du pétrole, dont le volant est en bois, pour ne pas chauffer dans le Sahara.
Ces véhicules, collectés par le père du gestionnaire du site, et alignés il y a vingt ans cette année, viennent rendre hommage à la 1ʳᵉ division des FFI, passées sur la Régordanne pour libérer la France. Les troupes américaines avaient rejoint Laval-Pradel par les plages de la Côte d'Azur, lors du débarquement de Provence. Les bruits du combat, soufflés par le Mistral, se faisaient alors entendre jusqu'aux Cévennes.
Cent mètres de berline pour neuf miniers défunts
Le second cortège est un alignement de berlines, les wagonnets poussés par les mineurs contenant le charbon, tirées par une petite locomotive. Acquis en 2007 à cinquante francs pièce et remplis de cailloux peints, ils sont au nombre de trente, comme le numéro de département du Gard, et se suivent sur une centaine de mètres, jusqu'à une galerie de mine. Mais aussi du lieu de travail et de décès de neuf mineurs suite à un coup de grisou, le 18 décembre 1958 à 600 mètres au fond de la mine du Pontil, l'un des trois sites d'extraction de charbon de l'histoire de Laval-Pradel, avec les puits de Laval et des Oules. Une stèle érigée en bordure de la fosse de Grand-Baume rend le même hommage aux neuf défunts.
Le seul survivant de l'accident, Jean Moréno, avait rapporté au journal Détective, le 2 janvier 1959 : "Il était environ cinq heures du matin. À près de 600 mètres de profondeur, au bout de 1400 mètres de galeries, s'ouvre une taille en pente douce longue de 160 mètres ou à la fin de la nuit, l'équipe sous la direction de Marcel Lauriol conduisait une haveuse. Les hommes avaient encore une heure trente de travail avant la remontée. Nous étions dix autour de la machine. Soudain et d'un seul coup l'explosion se produisit noyant sous une avalanche de pierres la machine et les trois servants. Le gaz mortel se répandit alors dans la galerie. Je pense qu'il s'y mêlait du gaz carbonique. C'était le piège, en effet le grisou est léger, et pour éviter de le respirer il faut ramper. Mais le gaz carbonique lui est lourd et en rampant on n'évite pas l'asphyxie... Le premier que les sauveteurs parvinrent à dégager à 6 h 30 fut Mathieu Yédlinek. Remonté à la surface il respirait encore. Il devait succomber peu après son arrivée à l'hôpital de Nîmes. À 11h on ramenait à la surface les corps de Marcel Lauriol, François Géa, Jacques Agniel, Jean Panek et Lucien Marcel. Il fallut attendre 13h pour dégager Arthur Tesssier et Albert Pieropan. On devait découvrir ce dernier debout, se couvrant la face avec ses deux mains. À 18 h 30 enfin, la mine du Pontil rendait sa dernière victime André Lombard".
Un lieu de mémoire pour ceux qui prennent l'histoire pour acquis, de découverte pour "200 à 300 voitures chaque saison", mais aussi de recueillement pour les familles des défunts.
La Croix de Notre Dame de Laval
En bordure de la propriété du gestionnaire du lieu se tient une croix vieille de 300 ans. Elle a été offerte par la ville d'Alès en remerciements aux prières tenues à l'église Notre-Dame-de-Laval pour contrer la peste de 1721, causant la mort de 336 personnes, sur une population d'environ 10 000 habitants. Des croix similaires peuvent être retrouvées sur la route entre Alès et Laval-Pradel, comme à Mercoirol.
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