Ils avancent main dans la main depuis de nombreuses années pour proposer une programmation complémentaire ayant pour sujet l'Antiquité, sous toutes ses formes. Et cette alliance unique fonctionne. Cette année encore, du 17 au 22 août, le festival Arelate, journées romaines d'Arles et le festival du film Peplum offriront au public l'occasion de vivre, comprendre et rêver l'Antiquité pendant quelques jours.
Durant la journée, Arelate fera ainsi revivre la cité antique à travers des campements romains et gaulois, des démonstrations d’artisanat, des visites guidées des monuments, des spectacles et des ateliers pour toute la famille. Dès la tombée de la nuit, le Festival du Film Peplum prendra le relais dans le cadre majestueux du théâtre antique avec une programmation éclectique : grands classiques du genre, films récents, apéro-rencontres avec des historiens et spécialistes, ciné-clubs et préludes artistiques.
Entretien avec Charles Kachelmann, président d'Arelate et Christelle Brémond, co-présidente de Peplum pour évoquer les éditions 2026 de ces deux festivals.
Objectif Gard & Arles : En quoi cette édition 2026 du festival a-t-elle une saveur particulière ?
Charles Kachelmann : Cette année marque la 20e édition d'Arelate, journées romaines d'Arles. C'est un chiffre clé et symbolique. Même si les 20 ans d'existence seront célébrés l’année prochaine, il était important pour nous de souligner cet anniversaire avec des animations inédites, malgré les contraintes budgétaires. Nous avons souhaité marquer le coup en réintroduisant des animations qui avaient disparu, tout en conservant ce qui a fait le succès des dernières éditions.
Vous évoquez le retour de certaines animations emblématiques et des nouveautés. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Parmi les animations emblématiques qui reviennent, il y a deux ateliers particulièrement appréciés des enfants : la fabrication de perles en verre, où les enfants peuvent souffler le verre pour créer des perles, et un atelier de fabrication d’objets en os. Ces ateliers n’avaient pas été organisés depuis longtemps, et pour cette 20e édition, nous avons tenu à les réintroduire. Par ailleurs, une animation qui a beaucoup plu l’année dernière, mais qui était limitée par un espace restreint, revient cette année : le triclinium. Cette salle à manger typique des grandes maisons romaines sera reconstituée avec une grande fidélité historique, grâce aux archives disponibles. Elle sera installée en plein centre-ville, dans l’ancien local de la poste, et sera accessible à tous. Parmi les nouveautés, la cérémonie d'ouverture sera revisitée pour se rapprocher davantage de ce qui se faisait à Arles plutôt qu’à Rome. Jusqu’à présent, les cérémonies proposées s’inspiraient souvent de ce qui se faisait à Rome. Or, Arles n’était pas Rome : c’était un mélange d’influences romaines et de croyances locales.
Vous mentionnez des changements dans la façon d’incarner l’Antiquité, grâce aux dernières recherches historiques...
Les représentations actuelles, que ce soit dans les films ou les festivals locaux, s’inspirent souvent de ce qui se passait à Rome. Pourtant, ces représentations ne reflètent pas toujours la réalité historique. Pour cette édition, nous nous sommes entourés de conseillers spécialisés en histoire antique. Leur rôle est de nous guider dans nos choix, que ce soit pour les conférences, la cérémonie ou les ateliers, afin de corriger les inexactitudes à la lumière des dernières recherches. Cela se traduit par des ajustements subtils mais significatifs, qui renforcent la rigueur historique du festival. La rigueur a toujours été un maître-mot depuis le lancement du festival, mais elle doit évoluer avec les découvertes. Ce qui était exact il y a 20 ans ne l’est plus forcément aujourd’hui.
Le thème de cette année est "Nos ancêtres, les Romains". Pouvez-vous nous donner deux ou trois exemples concrets de cet héritage dans notre quotidien ?
D’abord, il y a l’héritage linguistique : de nombreux mots que nous utilisons aujourd’hui trouvent leur origine dans cette époque. Ensuite, il y a la cuisine : même si certains ingrédients comme les tomates n’existaient pas à l’époque, des plats comme les ragoûts, ou encore les recettes à base de fèves et de haricots, nous viennent directement des Romains. Enfin, il y a les monuments que nous croisons quotidiennement à Arles tout particulièrement comme à Nîmes. Ces vestiges sont des témoignages concrets de cette période.
Comment faites-vous pour que le festival reste dynamique, se renouvelle et perdure après 20 ans ?
Il est essentiel de savoir se remettre en question. Cela passe par l’actualisation constante de nos connaissances grâce aux dernières recherches historiques, mais aussi par l’écoute des retours des festivaliers. Par exemple, nous avions constaté que nous avions du mal à toucher le public des 3-6 ans. Nous avons donc travaillé sur des activités adaptées pour que, lorsque les familles viennent, tous les enfants puissent participer pleinement. Le renouvellement passe également par nos bénévoles. Nous organisons des formations et intégrons pleinement les nouvelles personnes intéressées, en leur laissant la liberté de s’impliquer selon leurs envies. Le festival ne se limite pas à une semaine en août : l’association Arelate fait vivre l’Antiquité toute l’année, avec des animations, des visites et des conférences. Le festival en est l’apothéose.
Toutes les infos sur le site d'Arelate.
Festival Peplum : Au coeur de l'Antiquité et du 7e art
Le Festival Peplum, bientôt quarantenaire, ne se limite pas à des projections en plein air dans le cadre exceptionnel du Théâtre antique d’Arles, classé à l’UNESCO. Chaque soirée est une immersion complète au cœur de l’Antiquité et du 7ᵉ art.
Du 17 au 22 août, dès 18h30, l’équipe Peplum proposera un programme riche et varié : conférences animées par des spécialistes de l’Antiquité ou du cinéma, préludes artistiques (saynètes, reconstitutions historiques, chorégraphies…) avant les projections tant attendues. Au menu de cette édition : Gladiator II, Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, Le Géant de Thessalie, Messaline, Hunger Games et David et Bethsabée. Une expérience unique où histoire, cinéma et convivialité se mêlent sous les étoiles arlésiennes.
Objectif Gard & Arles : Peplum propose cette année encore une programmation variée, alliant grands classiques et films récents. Pouvez-vous nous en dire plus sur les choix des films et sur la façon dont ils s’articulent avec le thème de l’Antiquité ?
Christelle Brémond : L'Antiquité reste bien entendu au coeur des discussions du comité de sélection qui s'évertue chaque année à penser une programmation idéale, éclectique et accessible au plus grand nombre. Cette année ne fait pas exception, avec un éventail de films, qu'il s'agisse de Gladiator II ou de David et Bethsabée, sans oublier Le Géant de Thessalie qui, au-delà du thème de Jason et les argonautes, s'empare également du sujet de L'Odyssée d'Homère. Et pour ce qui est de la soirée "Hors frontières", cette dernière offre la possibilité de diffuser un film qui n'est pas un péplum mais qui en arbore les codes, comme c'est le cas de Hunger games, dont une partie de l'intrigue se déroule dans une arène à l'occasion de combats, avec des personnages aux noms à consonance romaine.
De Hunger games à Astérix et Obélix : mission Cléopâtre
Quels seront les temps forts de cette édition 2026 ?
Je dirais que chaque soirée constitue en elle-même un temps fort mais s'il fallait effectuer une sélection, je citerais : la soirée épopée lundi 17 août en ouverture, avec la projection inédite de Gladiator II ; la soirée familiale mardi 18 août avec l'incontournable Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre ; la soirée grand classique du jeudi 20 août avec en prime un prélude exceptionnel : "Le péplum est immortel ! Quand la recherche éclaire les films sur l'Antiquité". Avec Jean-Max Méjean, Gael le Ny, Jean-Michel Ropars, Patrice Lajus et Florian Besson : ces historiens, critiques et auteurs viennent présenter les dernières publications consacrées à l'Antiquité au cinéma et partager leur passion pour un genre plus vivant que jamais. Cette rencontre, qui réunit de grands spécialistes de renom, constitue l’un des temps forts de la semaine Peplum, au cours de laquelle auront lieu : la dédicace d’un livre dédié au film Cléopâtre réalisé par Joseph L. Mankiewicz, avec Elizabeth Taylor, rédigé par Jean-Michel Ropars. Historien et agrégé, il publie des articles sur la mythologie grecque mais aussi sur le cinéma ; ou bien encore le lancement d’un ouvrage sur le Peplum écrit par Jean-Max Méjean, docteur en littérature, écrivain et critique de cinéma.
En plus des projections, le festival organise des apéro-rencontres, des ciné-clubs et des préludes artistiques. Comment ces animations complètent-elles l’expérience cinématographique, et quel public visez-vous particulièrement ?
L'objectif de l'association Peplum étant de favoriser l'accès du genre Péplum (et à travers lui de l'Antiquité et du Cinéma) au plus grand nombre, nous espérons toucher tous types de publics, du passionné au curieux. Bien entendu, les apéro-rencontres et les ciné-clubs sont davantage prisés par des publics plus adeptes de ces disciplines, mais nous constatons une hausse remarquable de la fréquentation de ces rencontres proposées en amont de la projection, avec des personnes qui ne sont pas spécialement habituées du festival. Quant aux préludes, chaque proposition est choisie en conséquence pour être adaptée au thème de la soirée et du film. Tout n'est pas hermétique, loin de là, preuve en est la séance familiale qui génère la venue de parents avec leurs enfants, mais aussi d'adultes adeptes de ce type de projections.
Toutes les infos sur le site du festival Peplum.