Le ton est donné, et il est offensif. "La gauche est ici ce soir, elle est nulle part ailleurs." Mohamed Bensaada, co-chef de file de la France insoumise pour les municipales 2026, à Marseille, a lancé les discours devant un parterre de 400 personnes, ce jeudi soir, à la salle des fêtes. À Arles aussi, donc, le parti de Jean-Luc Mélenchon part seul, tandis que neuf organisations politiques de la gauche soutiennent la liste "La force de l'union", emmenée par Nicolas Koukas (PCF). Pour ces deux listes, une même bataille : convaincre et mobiliser. "Il y a des marges à aller chercher, ce sont les électorats des jeunes et des quartiers populaires", souligne Mohamed Bensaada.
"Cette liste, c'est évidemment celle des Insoumises et Insoumis, mais c'est également celle de toutes les citoyennes et citoyens qui ont envie de reprendre le pouvoir sur leur vie, qui n'ont pas envie de laisser la ville, le pays, le monde dans cette forme de marche vers l'abîme", complète Manuel Bompard, coordinateur national de LFI, tête d'affiche de cette réunion publique. Dans son discours, le député de la 4ᵉ circonscription des Bouches-du-Rhône est revenu sur les conflits internationaux, à Gaza, mais aussi au Venezuela et les frappes menées à Caracas par l'armée américaine avant de capturer le couple Maduro. "Une agression en violation totale du droit international", a-t-il dénoncé, pointant du doigt la réaction du Président de la République, Emmanuel Macron, "incapable de condamner l'agression illégale des États-Unis d'Amérique."
Après avoir publié un premier post sur X samedi, dans lequel il se réjouissait pour le peuple vénézuélien "aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro", le Chef de l'État a ajusté sa position, lundi, lors du conseil des ministres. "La méthode employée n’est ni soutenue, ni approuvée", a rapporté la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon. À l'échelle nationale, et face à la menace d'un passage en force du budget 2026, Manuel Bompard a annoncé qu'en cas de recours à "l'article 49.3 de la Constitution, nous parlementaires (LFI) déposerons une motion de censure, avec la volonté de faire chuter le gouvernement."
L’engagement dans la campagne des élections municipales, toujours selon le député LFI, ne vise pas seulement à transformer l’action communale, il "porte aussi sur la volonté de déclencher une vague de mobilisation populaire pour tourner la page du macronisme définitivement, pour empêcher l'arrivée au pouvoir de l'extrême droite". C'est un des points qui ont décidé Jecilla Regad, ancienne numéro 2 de la liste Arles en commun en 2020 portée par Christophe Chaine (3,24% des voix au premier tour). Ce dernier a joué les maîtres de cérémonie ce jeudi soir et a assuré son soutien et sa loyauté à la candidate insoumise. "C'est une fierté de l'avoir en tête de liste, se satisfait Manuel Bompard. LFI s'est toujours fixée comme objectif de tourner la page d'une politique confisquée par quelques-uns. La politique appartient au peuple et pas à une petite caste qui se partage le pouvoir."
Interrogée sur l'origine de cet engagement, Jecilla Regad répond n'avoir "jamais pensé politique". "Et je ne vous le cache pas, je ne pense pas à une carrière politique. Mais aujourd'hui, le contexte actuel, la misère, la répression, l'extrême droite aux portes du pouvoir, tout cela nécessite d'y aller. Il n'y avait personne pour représenter nos convictions personnelles, nos convictions résolument de gauche, c'est pour cela que j'ai décidé de porter ma candidature avec toute la solidarité et l'entraide qui m'entourent", explique la gestionnaire d'immobilier locatif, militante notamment engagée dans le collectif "Arles pour la Palestine". Récemment visée par des injures à caractère raciste, l'Arlésienne, âgée de 30 ans, riposte : "Les lâches qui m'insultent sur Internet ne m'atteignent pas, au contraire, ils me donnent la force et le courage de savoir pourquoi je suis sur le terrain", complétant les propos tenus lors de son discours : "Leur violence ne m'intimide pas, je sais dans quel pays je vis, je sais d'où je viens et je ne nierai jamais l'héritage de mes parents. Je suis une Française issue de l'immigration algérienne et j'en suis fière."
Discours lors duquel la trentenaire a égrené quelques éléments du programme, tâclant au préalable le bilan du maire sortant, Patrick de Carolis - et candidat à sa propre succession - qui "ne reflète aucunement une préoccupation pour le bien-être personnel des citoyens, leurs difficultés, une résolution concrète de leur nombreux problèmes". "Notre ville, insiste Jecilla Regad, souffre depuis trop longtemps d'une politique clientéliste ancrée dans les habitudes d'une caste de bureaucrates territoriaux locaux qui, en fin de compte, s'accaparent le pouvoir toujours au détriment des plus vulnérables. Notre liste sera en soutien des luttes pour la justice sociale et environnementale et s'appuiera toujours, d'abord, sur le travail associatif et des différents collectifs de terrain."
La liste LFI prévoit la mise en place "de nouveaux outils permettant d'étendre le droit d'intervention des citoyens dans les affaires communales. Nous instaurerons un référendum d'initiative citoyenne municipale dès lors qu'une pétition réunissant au moins 10 % des habitants est constituée et les grands sujets communaux nécessiteront une consultation des habitants en organisant une votation citoyenne", énumère la candidate. Ont également été évoquées, les programmes urbains que "nous proposons de retravailler pour répondre aux besoins des habitants", la gratuité de la cantine scolaire et la mise en œuvre "en urgence d'un plan de rénovation des écoles publiques" ainsi que la mise en place de mesures pour restaurer le pouvoir d'achat, des "actions concrètes" en faveur des associations notamment "un financement à hauteur réelle du travail qu'elles fournissent", des cellules d'écoute dans tous les secteurs de la ville, dédiées à la jeunesse et aux femmes victimes de violences et de discrimination au travail. Dans le domaine du logement, "nous mettrons en place un service municipal d'inspection qui veillera à l'encadrement des loyers, à la qualité des logements et à la réquisition des logements vacants au profit des plus vulnérables."
Sur le volet environnemental, le groupe indique vouloir établir "la règle verte municipale", "refuser également d'accorder des permis d'autorisation pour les activités polluantes et écocide", "réduire les tarifs des transports publics pour tendre vers la gratuité en commençant par les moins de 25 ans, les chômeurs et les usagers à faibles revenus", entre autres propositions. Et la tête de liste de réaffirmer la position du groupe au sujet du contournement autoroutier : "Nous sommes farouchement contre". Un dossier très largement étudié par Virginie Maris, élue d'opposition Changeons d'avenir en binôme avec Cyril Girard (8,31 % au premier tour en 2020) et membre du collectif "En travers de la route". "L'écologie politique s'inscrit complètement dans un agenda commun avec LFI. Ce dont nous sommes convaincus, c'est qu'à l'échelle nationale, LFI porte l'écologie politique d'une façon admirable. On se reconnaît complètement dans la façon dont toutes ces dernières années, LFI a pris en charge la question de l'écologie politique", est intervenue Virginie Maris. La liste complète de Jecilla Regad sera prochainement révélée.