Lémy Soualah est bloqué avec sa compagne et ses deux enfants. Habituée des Émirats, c'est une destination que cette famille connaît et apprécie. Mais cette fois, le retour prévu le 6 mars n'aura pas lieu... « On ne sait pas où on va demain, je ne peux rien vous dire de plus dans la situation actuelle », confie sa compagne, la voix tendue. La nuit, les messages d'alerte s'enchaînent sur les téléphones : missiles en approche, mise à l'abri, puis retour à la normale. Un ballet anxiogène qui se répète. L'inscription sur le Fil d'Ariane, la plateforme de crise du gouvernement français, a nécessité de nombreuses tentatives tant le site est saturé. À partir du 6 mars, la famille n'aura plus de chambre d'hôtel. Et contrairement à ce que laissent entendre certaines rumeurs, les Émirats ne prennent pas en charge les nuits supplémentaires.
Jérémy Crépin, avocat au barreau de Nîmes, a vécu les premières frappes depuis la plage. Ses deux enfants, son frère, sa belle-sœur et leurs enfants, soit sept personnes au total, étaient tranquillement au bord de l'eau quand l'évacuation a été déclenchée. « On a vu les missiles et les drones arriver et être interceptés juste au-dessus de la plage. » Ils ont trouvé refuge deux jours à Hatta chez des amis. Dans les rues, pas de trace militaire visible. La vie continue, les plages se remplissent le jour. Le soir, le ramadan vide les rues alors que cette période laisse place aux festivités. Dans les airs, les avions de l'armée passent régulièrement. La famille estime déjà à 1 500 euros les frais supplémentaires liés à la situation. Ils gardent les factures. « C'est une situation particulière et on ne se situe pas dans la chronologie du conflit. Nous sommes encore beaucoup dans le flou ».
Jérémy Crépin signalait encore de nouveaux tirs en cette fin d'après-midi. La situation sur place reste donc imprévisible, rappelant que pour ces familles gardoises, chaque heure apporte son lot d'incertitudes.
"Dans la nuit nous avons reçu des messages d'alerte"
Sylvain Cavalier, qui travaille à Alès, découvrait Dubaï pour la première fois avec Marika, sa femme et son fils de trois ans. « Nous avons entendu comme des feux d'artifice, mais avec des détonations plus fortes. Puis dans la nuit, nous avons reçu des messages d'alerte. » Sans son fils, il aurait certainement continué ses vacances normalement, mais il préfère ne pas prendre de risque. « Je suis cévenol, et ben ça fait bizarre d'entendre et de voir des missiles se faire détruire au-dessus de nos têtes. » Ce n'est pas la peur qui domine mais l'impatience. Les vacances, elles, sont bel et bien gâchées, assure Sylvain.
Enfin, Samantha Pagliero, originaire de Bagnols-sur-Cèze, vit la situation depuis l'île Maurice avec son compagnon. Elle doit rentrer le 6 mars avec une escale à Dubaï. Son vol est pour l'instant maintenu, mais impossible de changer de billet tant qu'il n'est pas officiellement annulé. Prendre l'avion, c'est risquer de se retrouver bloquée aux Émirats sans hébergement. Ne pas le prendre, c'est rester coincée à Maurice dans l'attente. « Pour nous, le conflit se répercute indirectement », résume-t-elle sobrement.
400 000 Français bloqués aux Émirats arabes unis
Une situation partagée par des dizaines de milliers de voyageurs. L'aéroport de Dubaï, le plus fréquenté au monde avec près de 100 millions de passagers par an, a suspendu toutes ses opérations le 28 février, provoquant plus de 2 300 vols annulés en 24 heures et quelque 20 000 voyageurs bloqués sur place. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a indiqué que près de 400 000 Français résidents ou de passage se trouvent dans les pays concernés par les frappes. Face à l'afflux, le centre de crise du ministère a mis en place une cellule téléphonique d'urgence joignable 24h sur 24, qui a déjà traité près de 5 000 appels. Le conseil des autorités françaises reste le même : limiter les déplacements au strict nécessaire, se mettre à l'abri en cas d'alerte, et s'inscrire sur le Fil d'Ariane.