Dans son ancien collège, Yanis, 14 ans, avait été "embêté" par d'autres élèves. "Pas trop", estime-t-il, mais assez pour que sa mère, effrayée, l'envoie étudier dans une autre commune, un autre département, chez ses grands-parents. Tony, lui, avait "totalement lâché". Bon élève jusqu'au CM2, le jeune Arlésien a très mal vécu son passage au collège. "Dès la 6e, j'ai commencé à moins travailler, à avoir de mauvaises notes", jusqu'à ne plus aller en cours.
Comme eux, chaque année, des centaines d'adolescents décrochent du système scolaire. Pendant des mois, parfois pendant des années. "On a eu certains élèves qui n'étaient pas allés à l'école depuis le CE2", précise Delphine Baccelli, la directrice du lycée polyvalent Jeanne-d'Arc. Depuis la rentrée 2023, cet établissement s'est doté d'un micro-collège. Un dispositif qui permet aux jeunes de 4e et de 3e -- ils doivent être âgés de moins de 16 ans -- de retrouver le chemin de l'école, renouer avec la formation et, pourquoi pas, penser de nouveau à un avenir professionnel. Une véritable école de la seconde chance pour ces adolescents qui sans ce dispositif auraient sans doute définitivement décroché. Certains parce qu'ils ont été victimes de harcèlement, d'autres ont développé une phobie scolaire, d'autres encore évoluent dans un environnement compliqué, pris en charge parfois par les services de l'ASE ou par ceux de la Justice.
Depuis 3 ans maintenant, ils sont une dizaine, filles et garçons, à intégrer chaque nouvelle promotion du micro-collège. Pour eux, une aile à part de l'établissement a été mis à disposition. Yanis, Tony, Zian, Charly, Mathias, Adrian et leurs camarades ont leur salle de classe, toujours la même, et leur salle de repos, où ils peuvent manger aussi s'ils le souhaitent. Ils ont fait de ce lieu de classe, leur "bulle". "Ici, on se sent bien, à l'aise", confie Yanis. Ils bénéficient aussi d'un emploi du temps aménagé, plus allégé que dans les cursus classiques. Autour d'eux, une équipe de 6 professeurs, la même depuis trois ans. Professeurs d'EPS, de sciences, de SVT, d'anglais, d'arts plastiques et de français : tous sont volontaires pour accompagner ces jeunes, "les raccrocher pour leur éviter de se retrouver sur une voie de garage", explique Nathalie Lecomte, leur professeure principale.
Des ambitions revues à la hausse
Et si l'ambition première de ce micro-collège était surtout de ramener ces jeunes en cours, les ambitions ont progressivement été revues à la hausse. "Ce sont les élèves eux-mêmes qui ont souhaité davantage de notes, davantage de cours académiques, confie la directrice de l'établissement. La première année, on s'est dits si on arrive à en ramener un ou deux, ce sera bien. Et, on a fait mieux encore. Sur l'effectif de l'année dernière, deux ont intégré un CAP et un est entré en 3e."
Tous, à l'issue de leur année, se présenteront non pas au Brevet des collèges mais au Certificat de formation générale (CFG). Plus accessible que le Brevet mais un diplôme quand même pour reconnaître, valoriser et encourager. "Notre objectif désormais c'est que nos élèves deviennent maître de leur formation", précise Nathalie Lecomte. Déjà, il y a quelques semaines, chacun a pu expérimenter une aventure professionnelle, lors de stages en restauration, institut de beauté, vente, mécanique, etc. Des stages qu'ils ont trouvé seuls, et "dont les retours sont tous positifs", insiste Nathalie Lecomte. Une réussite qui se traduit aussi sur les bulletins. "Ici, j'ai pris conscience de l'importance de l'école", confie Tony, qui, à nouveau, obtient de bonnes notes.
Au-delà du résultat scolaire, ce micro-collège est un lieu d'écoute et d'empathie. Ensemble, et entourés de professeurs passionnés, ces adolescents continuent d'avancer. "Ça nous a redonné du courage à tous", glisse Zian.