AUTOUR DES ARÈNES La peña La Provençale, les traditions en fanfare

La peña La Provençale à Saint-Gilles.
- Photo d'archives : S.MaChaque vendredi de l'été, Objectif Gard & Arles vous emmène à la rencontre de ceux qui font battre le coeur de la tradition camarguaise. Pour ce huitième et dernier volet, place à la peña La Provençale, créée il y a cinq ans.
Depuis 2020, la peña La Provençale s’est imposée comme l’une des figures musicales des traditions taurines dans le sud, des Bouches-du-Rhône jusqu’à l’Hérault en passant par le Vaucluse et le Gard bien sûr. Guilhem Lafond, 41 ans, saxophoniste et intermittent du spectacle, et Clément Ledrich, 26 ans, professeur d’histoire-géographie au collège Henri Pitot à Aramon et trompettiste, en font partie. Tous deux ont été bercés par les sons et les couleurs de La Gardounenque. Guilhem se souvient des musiques entendues tout petit dans les arènes. Clément, actuel président du groupe, a eu le déclic en entendant passer la peña aux 100 taureaux de Beaucaire. C’est ainsi que, adolescents, dès qu’ils en ont eu le niveau, ils ont intégré cette formation mythique : Clément à 15 ans, Guilhem à 17 ans.
La Gardounenque, fondée en 1973, a longtemps été considérée comme la référence en matière de musique taurine. Dissoute en 2019, elle laisse derrière elle une empreinte forte. Aujourd’hui, près de la moitié des musiciens de La Provençale en sont issus. Parmi eux, une figure emblématique : François Manchon, 79 ans, danseur historique, toujours fidèle au poste. Originaire de Mauguio, François Manchon est reconnaissable entre tous : haut-de-forme sur la tête, cape sur les épaules, et surtout une manière unique de guider la peña, de battre le pavé ou le sable au rythme des instruments, sautillant de temps à autre, empruntant parfois un style cérémonial. Dans son regard se lit la passion et la conviction. « On lui donne le calendrier et il vient quand il veut », glisse Guilhem. « Et il veut très souvent », sourit Clément. Mais François cherche sa relève. Et elle tarde à venir. L’appel est lancé à ceux qui aimeraient incarner à leur tour cette tradition vivante.
La peña La Provençale, basée à Nages-et-Solorgues, compte une dizaine de membres âgés de 18 à 79 ans, donc. Son répertoire, hérité en grande partie de la Gardounenque, mêle musiques taurines, airs provençaux et camarguais, des incontournables pour animer abrivados, courses, apéritifs de fêtes votives, novilladas, et tous les événements qui rythment la saison taurine. Une saison dense, qui s’étire d’avril à octobre, de la feria de Pâques à Arles jusqu’aux dernières fêtes d’automne. « On garde le même répertoire que celui de la Gardounenque, parce que c’est lui qui nous a touchés quand on était enfants. On se dit que ça peut marcher encore aujourd’hui, que d’autres enfants peuvent à leur tour y être sensibles », explique Clément. Si quelques morceaux de variétés s’invitent lors des apéritifs des fêtes votives, le cœur du répertoire, lui, ne change pas : Carmen, El Paquito Chocolatero, pasodobles, valses espagnoles, mazurkas ou encore farandoles sont toujours au rendez-vous. À rebours des tendances qui veulent "dépoussiérer" les traditions pour séduire les plus jeunes, La Provençale revendique une certaine fidélité. « Moderniser les traditions, c’est un peu antinomique pour nous. Ce qu’on peut faire, c’est les maintenir telles qu’on les a reçues », assume Clément.