La conférence de presse organisée ce jeudi dans la salle de restauration de l'usine Fibre Excellence Provence a débuté dans un climat tendu. Le maire Rassemblement national de Tarascon, Alexandre Ducouret, ainsi que plusieurs élus de sa majorité, n'ont pas été autorisés à participer à la rencontre organisée par la CGT autour de la secrétaire générale du syndicat, Sophie Binet. "Les élections sont terminées, nous ne sommes pas là pour faire de la politique, mais pour soutenir les salariés. Cela fait plus de deux mois et demi que nous les soutenons. J'ai alerté le préfet (des Bouches-du-Rhône, Ndlr), c'est inadmissible", s'est agacé, le premier édile tarasconnais, en quittant le site.
Une passe d'armes qui n'a pas éclipsé l'objet principal de la rencontre organisée simultanément à Tarascon et à Saint-Gaudens, ce jeudi. Reliés en visioconférence, élus, représentants syndicaux et direction ont affiché un même objectif : obtenir un engagement rapide de l'État pour sécuriser l'avenir des papeteries Fibre Excellence. Après plusieurs semaines de mobilisation, la CGT, par la voix de sa secrétaire générale, Sophie Binet, estime que deux vitoires ont été remportées.
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La première est le renvoi de l'audience du tribunal de commerce de Toulouse au 6 juillet afin de "consolider le projet de reprise de Fibre Excellence", groupe placé en redressement judiciaire depuis le 27 avril dernier. La seconde, "nous avons réussi à trouver un investisseur sérieux, intéressé pour investir sur le moyen long terme, qui souhaite investir dans le projet et la pérennité des trois sites (Chapelle-Darblay en Seine-Maritime pour le troisième, NDLR)", a souligné Sophie Binet. Cet investisseur est Matthieu Pigasse, banquier d'affaires et patron de médias (Les Inrockuptibles, Radio Nova). Son arrivée est perçue comme un élément déterminant pour crédibiliser le projet de reprise défendu par la direction. "Les salariés ont un peu plus la banane", a commenté Jérôme Sanchez, délégué CFDT chez Fibre Excellcence Provence.
"Nous avons déjoué le scénario (de la liquidation) que les vautours avaient calé dans notre dos. Nous avons déplacé des montagnes [...] Maintenant, le point essentiel, c'est que nous avons besoin que l'État soit au rendez-vous", a insisté la secrétaire générale de la CGT. Et cela en levant les conditions suspensives formulées dans l'offre de reprise de la direction, soutenue par les régions Occitanie et Paca : l'évolution du tarif de rachat de l’électricité, avec un mécanisme tenant compte du prix de la biomasse et permettant de couvrir les coûts réels de production électrique ; la mise en place d’un partenariat renforcé avec l’ONF afin de sécuriser progressivement 25 % des approvisionnements en bois publics français ; et la réintégration de l’usine de Saint-Gaudens dans le système européen des quotas de CO2. Ce qui permettrait de dégager près de 30 millions d'euros afin de rééquilibrer les comptes.
Sophie Binet a également indiqué qu'un courrier avait été adressé au ministre de l'Industrie 48 heures plus tôt, sans réponse à l'heure de la conférence de presse. La CGT réclame "une table ronde immédiate avec l'investisseur, les porteurs du projet, les salariés, les élus et l'État pour lever les conditions suspensives et garantir l'avenir des papeteries."
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Carole Delga, présidente de la région Occitanie a, elle, envoyé "un texto au président de la République et au Premier ministre." Aucune réponse non plus. "Nous avons remué ciel et terre, a-t-elle poursuivi, regrettant l'absence de réaction de l'exécutif national. Nous savons qu'il y a un débouché pour la pâte à papier, qu'il y a un marché et un avenir. Aujourd'hui, nous importons massivement de la pâte à papier. Il y a un besoin et il y a une capacité à produire."
Sur le site de Tarascon, et aux côtés des délégués de l'intersyndicale (CGT, FO, CFDT), Lucien Limousin, vice-président du conseil départemental des Bouches-du-Rhône, les maires de Boulbon, Maussane-les-Alpilles, de Graveson, l'élu d'opposition à Tarascon, Fabien Bouillard, le maire d'Arles et président de l'ACCM, Patrick de Carolis, et son adjoint Cyril Juglaret, également conseiller régional, représentant de Renaud Muselier, ont assuré leur soutien aux salariés des deux sites. "Ils luttent et ils ont raison de le faire, a indiqué le premier édile arlésien. On ne peut pas claironner haut et fort qu'il faut réindustrialiser la France et ne pas s'inquiéter de la fermeture de ces sites. Nous avons tous écrit au gouvernement et n'avons reçu aucune réponse. Cela montre le peu de considération que l'État a des élus de ce territoire." L'avenir des papeteries de Saint-Gaudens et de Tarascon concerne 670 emplois directs et près de 10 000 emplois indirects liés à l'activité de la filière bois-papier.