Gard
Publié il y a 3 mois - Mise à jour le 20.10.2022 - coralie-mollaret - 3 min  - vu 289 fois

L'INTERVIEW Catherine Bernié-Boissard : « Un dico pour se sentir Occitan ! »

Catherine Bernié-Boissard (Photo : Coralie Mollaret)

Catherine Bernié-Boissard est professeure émérite à la faculté de Nîmes et ancienne élue municipale. Elle vient de publier le Dictionnaire familier d'Occitanie, en collaboration avec une trentaine d'auteurs. 

Objectif Gard : Comment est née l’idée de créer ce livre ? 

Catherine Bernié-Boissard : Ce livre est dans la continuité de ce que nous avions fait auparavant avec le Petit dictionnaire des écrivains du Gard. L’idée était de rendre vraiment familière l’approche de cette région pour tout le monde et sous la forme d’un dictionnaire. Un dico pour se sentir Occitan ! La forme d’un dictionnaire permet d’attraper de bout en bout le livre, de choisir de l'ouvrir en fonction de ses centres d'intérêt. Si le lecteur est plutôt intéressé par les écrivains, les Cévennes, le changement climatique… 

La "grande région" existe depuis 2015. À l’époque certains élus et administrés préféraient être rattachés à la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur... 

Effectivement, l’idée de ce livre était aussi de montrer que cette région résulte de la fusion du Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées. C’est d’abord un découpage administratif. Pour autant, nous avons une histoire commune qui date de l’Antiquité, lorsque Rome colonise le sud de l'Europe et crée la Narbonnaise, une vaste province. La Révolution française et la création des départements a scindé ce territoire. Le Gard est à l’extrémité orientale. Alors certains se sont sentis plus proches de Marseille, plus que de Toulouse. Finalement on s’aperçoit, quelques années plus tard, que ces constations ne sont éteintes, effacées. Ce qui est important, c’est surtout l’intérêt que cette région peut nous apporter.

Nous allons nous arrêter sur quelques extraits de ce livre comme celui qui concerne le vigneron d'Argelliers, Albert Marcelin...  

C'est une personnalité bien connue dans l'histoire de la viticulture, activité majeure au XIXe siècle. Il symbolise la lutte des vignerons contre la fraude, le mouillage et le sucrage du vin. La révolte qui part de l'Aude finit par s'étendre à d'autres départements de la région. Il télégraphie même à Clemenceau, président du Conseil qui fait mine de s'apitoyer sur son sort et le roule dans la farine. Après un exil en Algérie, il finira isolé et pauvre. Il aura toutefois droit à un hommage de Frédéric Mistral...

Il y aussi un passage accordée aux Cévennes, une terre de résistance...

Une terre de nature, de culture et de résilience ! Les Cévennes ont été marquées, entre 1702 et 1704 par les attaques des dragons du roi Louis XIV après la révocation de l'Édit de Nantes, interdisant l'exercice du culte réformé. Le fanatisme ne date pas de l’islamisme, on le retrouve dans l'histoire de l'Occitanie ! Les habitants des Cévennes ont manifesté cette volonté d’indépendance, de conserver cette liberté de conscience. Il y a aussi eu l'épisode des maquisards... Ce courage, ses valeurs restent. Elles permettent aux générations suivantes de s’appuyer sur cet héritage pour imaginer un futur meilleur. 

Vous évoquez aussi Madeleine Brès, originaire de Bouillargues et première médecin française... 

C'est la première femme médecin française, elle est née à Bouillargues. Scolarisée jusqu'à l'âge de 10 ans, mariée à 15 ans, elle aura trois enfants. À 24 ans, elle demande l'autorisation de s'inscrire à la faculté de médecine. Autorisation qu'elle décroche après avoir obtenu son baccalauréat en 1868. Elle soutient sa thèse de doctorat "De la mamelle à l'allaitement". Dans l'exercice de son métier, elle se borne à la guérison des femmes et des enfants. C'est d'ailleurs elle qui créé la première crèche...

L'explosion de l'usine AZF est aussi répertorié dans le dictionnaire. Pourquoi ? 

Dans ce dictionnaire, nous avons également souhaité qu'il y ait une mémoire contemporaine. L'explosion de cette usine de produits chimiques à Toulouse s'est produite le 21 septembre 2001. L'explosion de 300 tonnes de nitrate d'ammonium cause la mort de 31 personnes et blesse 2 500 personnes. Il s'agit de la plus grande catastrophe industrielle de l'après-guerre qui donne lieu au plus grand procès en correctionnel qu'a connu notre pays. D'ailleurs à Beyrouth au Liban, en 2021, c'est également du nitrate d'ammonium qui a été à l'origine de l'explosion sur le port.

Où peut-on trouver votre livre ? Quels sont les rendez-vous prévus pour sa promotion ? 

On le trouve dans toutes les bonnes librairies, comme Goyard ou Teissier. Notre éditeur est installé à Pau. Le 22 novembre à 17h30, on le présente à la Maison de la Région. Un évènement public ouvert à tous.

Propos recueillis par Coralie Mollaret

coralie.mollaret@objectifgard.com

Coralie Mollaret

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