Publié il y a 1 h - Mise à jour le 28.08.2026 - Abdel Samari - 6 min  - vu 1290 fois

FAIT DU SOIR 124 800 euros de factures contestées : le conflit éclate entre la SAS et l'association Nîmes Olympique

Yannick Liron et Thierry Cenatiempo, respectivement présidents de l'Association et de la SAS

- Photo : Anthony Maurin

L'association Nîmes Olympique conteste formellement six factures émises par la SAS Nîmes Olympique Ensemble pour un montant de 124 800 euros TTC. Mais le différend financier est plus large…

Le différend couvait. Il est désormais écrit noir sur blanc. Dans les coulisses de Nîmes Olympique, les relations se sont sérieusement tendues entre les deux structures qui composent le club : la SAS Nîmes Olympique Ensemble de Thierry Cenatiempo et l'association Nîmes Olympique présidée par Yannick Liron.

Objectif Gard a pu prendre connaissance d'un courrier recommandé daté du 20 août 2026 et adressé par Yannick Liron à Thierry Cenatiempo. Son objet est explicite : « Contestation facturations sans fondements et non justifiées. » Six factures transmises le 12 juillet par la SAS sont directement visées. Montant total : 124 800 euros TTC. Les deux présidents, interrogés par notre rédaction, confirment l'existence de ce courrier et la réalité du différend.

Six factures formellement contestées

Les sommes réclamées concernent plusieurs prestations effectuées au cours de la saison 2025-2026. La première facture, de 14 400 euros, porte sur la mise à disposition du salon VIP du stade des Antonins pour des manifestations de l'association. Une deuxième, de 18 000 euros, correspond à la refacturation de frais d'avocat pour l'accompagnement devant la DNCG, le suivi juridique et la rédaction de différents actes.

Trois autres concernent les relations entre l'équipe première et la formation : 14 400 euros pour la participation de joueurs aux entraînements des jeunes, 18 000 euros pour leur présence lors de manifestations et 24 000 euros pour la détection et le suivi de joueurs des U17 jusqu'à l'équipe réserve. Enfin, la facture la plus importante, de 36 000 euros, correspond à la mise à disposition de joueurs de l'équipe première lors des rencontres de l'équipe réserve en R1.

Dans son recommandé, l'association indique contester « formellement l'ensemble de ces factures », qu'elle considère comme « injustifiées, abusives et sans fondement ». Son premier argument est juridique et comptable : selon elle, ces prestations n'auraient fait l'objet « d'aucune convention de facturation, bon de commande, devis » entre l'association et la SAS.

L'association répond facture par facture

Le courrier de trois pages détaille ensuite les arguments de l'association. Pour les 18 000 euros de frais juridiques, elle affirme notamment que les honoraires d'avocats et d'huissiers liés à la reprise et au sauvetage du club ont été supportés et réglés par ses soins.

Concernant la participation de joueurs de l'équipe première aux entraînements des jeunes, les éducateurs, dirigeants et responsables techniques de l'association indiquent ne pas avoir souvenir de telles interventions durant la saison. Même contestation pour leur présence lors de certaines manifestations ainsi que pour les opérations de détection et de suivi des jeunes joueurs.

Quant aux 36 000 euros liés à l'équipe réserve, l'association affirme avoir déjà supporté financièrement les primes de match versées aux joueurs de l'équipe première venus renforcer la R1.

Derrière les six factures apparaît ainsi une question beaucoup plus profonde : qui, de la SAS ou de l'association, devait supporter ces dépenses au cours de la saison 2025-2026 ?

Dès le 2 août, Cenatiempo alertait ses actionnaires

Car le désaccord n'est pas apparu avec le courrier recommandé. Objectif Gard a également pu consulter plusieurs e-mails adressés par Thierry Cenatiempo aux actionnaires de la SAS au cours du mois d'août. Dans un premier message daté du 2 août, le président évoque déjà explicitement « les relations avec l'association ». « Nous avons toujours des difficultés à connaître la situation de trésorerie et financière de l'association », écrit Thierry Cenatiempo.

Il rappelle alors que celle-ci a reçu, pour la saison 2025-2026, 200 000 euros de mécénat et une subvention exceptionnelle de 900 000 euros destinée, selon lui, à couvrir intégralement les coûts d'infrastructures des Antonins et de la Bastide. « Nous sommes encore dans l'attente des sommes qui pourront être "refléchées" vers la SAS », poursuit-il. Le sujet financier entre les deux structures était donc déjà clairement identifié au début du mois.

Le 22 août, 450 000 euros de factures

Vingt jours plus tard, Thierry Cenatiempo adresse un nouvel e-mail aux actionnaires. Cette fois, le président de la SAS chiffre les sommes réclamées à l'association.« Nous avons émis en fin de saison plusieurs factures (achats de places et prestations diverses) exactement comme cela était prévu depuis le début de la saison dernière, pour un total de 450 000 euros environ », écrit-il. Il précise que ces factures sont échues depuis le 10 août et ne sont toujours pas réglées.

Thierry Cenatiempo donne également sa lecture de l'origine de ces 450 000 euros. Selon lui, ils correspondent au mécénat – qu'il chiffre cette fois à 180 000 euros réellement collectés – ainsi qu'à une partie de la subvention exceptionnelle de 900 000 euros versée par la Ville pour couvrir les frais d'infrastructures.

Selon de nouvelles explications recueillies ce vendredi par notre rédaction du côté de la SAS, près de 320 000 euros correspondraient par ailleurs à une avance liée à la caution pour la location du stade des Antonins, réclamée à l'époque par Rani Assaf et avancée par Thierry Cenatiempo. Une somme qui, selon cette même version, doit aujourd'hui revenir à la SAS.

Les 124 800 euros contestés dans le recommandé constituent donc une autre partie du différend. Ces factures doivent notamment permettre, selon la lecture de la SAS, de rétribuer des sommes liées au mécénat à travers différentes prestations : présence de joueurs lors d'événements, interventions auprès des jeunes ou encore différentes actions menées entre les deux structures. Du côté de l'association, on fait notamment valoir que tous les dons initialement promis n'ont finalement pas été versés, ce qui expliquerait aussi la contestation de certaines des sommes réclamées.

Des montages financiers aujourd'hui au cœur du conflit

Pour comprendre le différend, il faut aussi revenir aux conditions particulières du sauvetage de Nîmes Olympique à l'été 2025. La SAS ne pouvant bénéficier directement des mêmes financements publics et mécanismes de mécénat que l'association, différents montages financiers avaient été imaginés pour permettre de répartir les recettes et les charges entre les deux structures. C'est aujourd'hui l'interprétation de ces accords qui pose problème.

Du côté de la SAS, on assure que les facturations aujourd'hui contestées ne sont pas apparues au moment de clôturer les comptes, mais qu'elles étaient prévues depuis le début de la saison. « Ce n'est pas Thierry Cenatiempo qui a voulu ça, on lui a imposé. Il ne fait qu'appliquer ce qu'on lui a dit de faire », assure à Objectif Gard une source proche du club. Une version qui s'oppose à celle défendue par Yannick Liron et l'association.

Yannick Liron : « Mon discours n'a jamais changé »

Interrogé par Objectif Gard, Yannick Liron assume cette contestation. Pour le président de l'association, le dossier dépasse les seules factures et renvoie aux équilibres financiers établis lors de la reprise de Nîmes Olympique ainsi qu'à la répartition des charges entre les deux structures. Il insiste notamment sur l'utilisation des financements publics perçus par l'association et destinés à ses missions, notamment la formation et les infrastructures.

« Mon discours n'a jamais changé depuis le départ. L'association est garante du bon usage des fonds publics affectés pour son fonctionnement, avec un budget maîtrisé », défend Yannick Liron. Selon lui, les règles de répartition des dépenses étaient connues et avaient été intégrées aux différents budgets. Le président de l'association considère aujourd'hui que certaines facturations réclamées par la SAS remettraient en cause cet équilibre et fragiliseraient les comptes de sa structure.

Une réunion pour sortir de l'impasse

Malgré la fermeté de son courrier, Yannick Liron ne ferme pas la porte au dialogue. Dans les dernières lignes de son recommandé, le président de l'association se dit disponible pour organiser une réunion et « trouver une entente pour clôturer nos exercices comptables dans l'intérêt de notre club, le Nîmes Olympique ». Une volonté de discussion également affichée par Thierry Cenatiempo. Du côté de la SAS, on assure d'ailleurs ne pas souhaiter engager un bras de fer juridique et privilégier encore la recherche d'un accord entre les deux parties.

Contacté par Objectif Gard, Thierry Cenatiempo, le président de la SAS, regrette en revanche que le courrier recommandé adressé par Yannick Liron ait été transmis à notre rédaction. « Il y a toujours un temps de négociation et de discussion sans mettre cela sur la place publique. On a des choses à régler, voilà tout », nous indique-t-il. Avant d'ajouter : « La situation de ce club n'est pas simple. Tout est compliqué. Entre la SAS et l'association, il faut du changement. »

Une phrase qui pourrait prendre tout son sens dans les prochains jours...

De nouveaux entrants à l'association la semaine prochaine ?

Selon nos informations, des annonces concernant l'arrivée de nouveaux entrants au sein de l'association Nîmes Olympique pourraient intervenir dès le début de la semaine prochaine. Une évolution qui ne serait évidemment pas anodine dans le contexte actuel. Elle interviendrait en plein différend financier avec la SAS et pourrait rebattre certaines cartes dans les relations entre les deux structures. Reste à connaître l'identité de ces nouveaux entrants, le rôle qu'ils seront amenés à occuper et les conséquences éventuelles de leur arrivée sur le fonctionnement de l'association.

En tout état de cause, un an après son sauvetage, Nîmes Olympique se retrouve face à un nouveau défi. Et la phrase de Thierry Cenatiempo résonne forcément un peu plus fort à la lumière des annonces attendues : « Entre la SAS et l'association, il faut du changement. »

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