On avait laissé Nathan Casano, entouré de ses fidèles, dans la salle d'audience du tribunal administratif de Nîmes, venu défendre une requête en annulation de l'élection municipale de Bessèges sur trois griefs, rapidement balayés par le rapporteur public. Pour un pourvoi finalement rejeté par le tribunal. Auparavant, on l'avait aussi vu passer entre les tables du dépouillement de Bessèges, lors du deuxième tour. Le directeur de campagne de la liste Hervé Fiselle ne pouvait alors que constater la défaite de la liste qu'il avait rêvé de mener. Et même prétendu pouvoir mener lors de réunions publiques de campagne, malgré l'inéligibilité prononcée par le Conseil constitutionnel.
Mais entre ces deux épisodes, on ignorait que Nathan Casano avait pris le temps de voyager. Un voyage conditionné par la même intention : devenir maire. Mais, cette fois-ci, bien loin de son village d'enfance. C'est le Canard enchaîné du 3 juin qui a conté cette villégiature bretonne, à La Grée-Saint-Laurent, village de 300 habitants du Morbihan qui, comme 68 communes en France (dont Trèves dans le Gard), n'avait vu aucun candidat lors du scrutin du 15 mars. Comme à Trèves, une délégation spéciale mise en place était aussi en charge de lever d'éventuels candidats, afin de pouvoir organiser des élections municipales au mois de juin. Elle a pu compter sur la capacité de Nathan Casano à susciter des vocations.
"J'ai fait le choix sincère de m'installer ici, d'y construire mon avenir et, demain, d'y fonder ma famille"
La main sur le cœur, celui qui est aussi attaché parlementaire du député UDR-RN de la 5e circonscription, Alexandre Allegret-Pilot, a commencé à faire campagne en mettant quelques tracts dans des boîtes aux lettres. "La période que notre (sic) commune vient de traverser constitue un moment grave et inédit dans notre vie démocratique. Elle nous rappelle combien l'engagement local est essentiel pour faire vivre nos institutions et préserver l'avenir de notre territoire. C'est avec détermination que j'ai décidé de présenter ma candidature aux fonctions de maire."
"Je m'appelle Nathan Casano, j'ai 22 ans, je suis étudiant en droit à Vannes et attaché parlementaire auprès d'un député du Gard. J'ai fait le choix sincère de m'installer ici, d'y construire mon avenir et, demain, d'y fonder ma famille. Ce choix traduit mon attachement profond à notre commune et à ses habitants." Le néo-Breton évoque rapidement quatre pistes de projet. Avant d'inviter les habitants à une réunion publique à la salle municipale, le 17 avril. Nathan Casano laisse même son numéro de téléphone au bas du tract.
Depuis, deux listes ont bien émergé à La Grée-Saint-Laurent. Et la maire sortante a finalement été réélue, même si elle souhaite confier le mandat à son premier adjoint au bout de deux ans. Mais dimanche dernier, jour de scrutin, pas de liste Casano.
Entre-temps, le candidat éphémère a tenu à démentir les informations du Canard enchaîné via sa page Facebook. Avec un jour de retard sur la sortie de l'hebdomadaire, il écrit : "Les médias de gauche se déchaînent. Ce matin, Le Canard enchaîné relaie une nouvelle fois des informations erronées. Non, je ne suis pas candidat en Bretagne ! Je suis Gardois, fier de mes racines et profondément attaché à mon territoire. Certains médias semblent prêts à tout pour alimenter des polémiques sans fondement (...)"
Mais les faits ont la vie dure. Parce que dans le Morbihan, à la mairie de La Grée-Saint-Laurent, on se souvient très bien de ce jeune "à l'accent chantant, un peu fashion victime alors qu'ici, la maire retire ses bottes quand elle arrive à son bureau". La secrétaire de mairie garde un souvenir pour le moins mitigé du Gardois, entre politesse des questions formulées et un lapin posé. Car cette fameuse réunion du 17 avril n'a finalement jamais eu lieu et la secrétaire de mairie a attendu pendant une heure le candidat éclair afin de lui donner les clés de la salle municipale, à la location gratuite. Elle a aussi tenté de le joindre, mais sans succès. Nathan Casano n'a plus donné de nouvelles.
"Le président de la délégation spéciale avait aussi essayé de le joindre, je crois, témoigne la maire, Martine Gouédo. Mais il n'a jamais réussi." La secrétaire de mairie se souvient qu'il prétendait venir habiter dans la maison de son grand-père. "C'est quand même lui qui a relancé l'élection de dimanche dernier", sourit la maire réélue, qui pense que les deux listes se sont aussi montées en réaction à cette éventuelle candidature. "De toute façon, il lui aurait été difficile de se présenter en raison de la loi : il faut payer des impôts sur place depuis au moins trois mois..." Et voilà comment la loi - une nouvelle fois - barre le destin électoral de celui qui, à 18 ans, candidat à la députation, voulait apporter un vent de fraîcheur à la politique (relire ici).