Sanchez, le grand remplaçant ? La déclaration de candidature de Julien Sanchez, la semaine dernière, a fait l’effet d’une bombe à Nîmes. Le député européen d’extrême droite a entretenu le suspense pour s’éviter les contraintes d’une campagne locale et les allers-retours à Bruxelles et Strasbourg. Cette semaine encore, son absence n’est pas passée inaperçue dans les rues de Nîmes. Qu’importe pour lui, présent ou pas, on parle de Julien Sanchez. Surtout à droite où la peur du « grand remplacement » est en route. Une partie des soutiens du premier adjoint et président de Nîmes Métropole commence sérieusement à se demander si le scénario marseillais ne pourrait pas se produire aussi dans la « petite Marseille », comme on surnomme parfois la capitale du Gard. Difficile d’y croire, mais le cocktail des violences liées aux trafics de drogue ces dernières années, la paupérisation de la ville, l’usure du pouvoir et l’absence de Jean-Paul Fournier en première ligne pourraient peser lourd. Sans oublier la guerre ouverte entre les deux héritiers. Julien Sanchez pourrait-il réussir le hold-up politique parfait ? Dans le monde des affaires, ça bruisse. Le milieu économique, davantage décomplexé aujourd’hui, pourrait, selon certains, succomber aux sirènes d’une politique plus agressive et ultralibérale. Sauf que beaucoup ne sont pas dupes. L’hypothèse Julien Sanchez à la tête de la Ville enverrait surtout un signal très négatif de Nîmes, à l’extérieur du territoire. Les chefs d’entreprise sérieux regardent d’abord l’attractivité économique du territoire. Or, en la matière, on ne peut pas dire que les villes RN rayonnent. L’exemple de Beaucaire est frappant. Depuis l’arrivée du Rassemblement national à la mairie de Beaucaire en 2014, le discours municipal met en avant une ville plus attractive. Pourtant, les indicateurs de l’INSEE parlent d’une stabilité démographique sans véritable dynamique de croissance et d’une fragilité sociale persistante. L’indicateur le plus révélateur pour l’attractivité économique reste celui de l’emploi local. En la matière, le nombre d’emplois localisés sur la commune recule nettement ces dix dernières années. Beaucaire est devenue une ville dépendante des villes voisines comme Arles, Nîmes ou encore Avignon. L’INSEE n’y va pas sans détours : Beaucaire subit une perte progressive de centralité économique. Alors, si demain le RN est à la tête de Nîmes, on se pose une seule question : où les Beaucairois vont-ils aller travailler ?
Vrai ou faux ? Lors de sa déclaration de candidature, Julien Sanchez a appuyé son argumentaire sur deux points. Il a été réélu haut la main à Beaucaire en 2020. C’est juste : il a bien été réélu dès le 1ᵉʳ tour en 2020 avec près de 60 % des suffrages exprimés. Une réélection très nette, mais pas si “exceptionnelle” comparativement à d’autres villes de la même strate. Surtout que ce scrutin a été fortement perturbé par la crise de la covid, marqué à Beaucaire comme au niveau national par une baisse importante de la participation. Par rapport à 2014, le taux était de seulement 50 % ! Un électeur sur deux ne s’est pas déplacé. La prime au sortant a particulièrement fonctionné dans ce contexte. Deuxième argument qui tient à cœur au candidat RN de Nîmes : l’argent. Une obsession chez les amis de Marine Le Pen ? Selon le Beaucairois, désormais Nîmois, il gagnerait deux fois moins à la mairie de Nîmes qu’à l’Europe. À voir… La rémunération d’un député européen est supérieure sur le papier à celle d’un maire d’une ville de 150 000 habitants. Mais, si un maire a d’autres fonctions (comme la présidence de Nîmes Métropole par exemple), il peut cumuler des indemnités. Par ailleurs, le nouveau maire récupère une voiture avec chauffeur 24 h/24, un logement mis à disposition et une prise en charge totale de ses repas et déplacements. Ce qu’il perd en salaire, il le regagne en confort de vie et en pouvoir concret. Conclusion : l’argument de Julien Sanchez peut être largement nuancé. S’il devient maire et président de Nîmes métropole, il ne fera certainement pas de sacrifice. Bien au contraire…
Mélenchon à Nîmes ? La star des Insoumis est en approche. Alors que sa tête de liste à Nîmes avance dans sa campagne. Après l’inauguration du local, Pascal Duprez présentera le programme et sa liste complète début février. Jean-Luc Mélenchon pourrait faire un crochet par Nîmes à l’occasion de son déplacement à Marseille et Montpellier. Rien n’est confirmé ni infirmé à ce stade chez les Insoumis à Nîmes, qui veulent garder la surprise au chaud. Mais tout laisse penser que, dans la capitale du Gard, LFI ne veut pas faire de la figuration. L’implantation locale est en marche en vue de la présidentielle l’an prochain…
La gauche choisit ses bureaux, les Nîmois leur maire… Dans le camp de Vincent Bouget, on a le sourire aux lèvres. Le sondage de Valérie Rouverand et Julien Plantier avec Opinion Way a été partagé sous le manteau. Et l’union de la gauche réalise un score inespéré, du jamais-vu depuis 25 ans et le règne de Jean-Paul Fournier. Dans les équipes, la distribution des postes a démarré. On commence même à regarder les catalogues de mobilier pour se choisir le plus beau bureau. Fort heureusement, quelques-uns appellent à la prudence. Amal Couvreur notamment. Au contact de la population, elle sent bien que rien ne pourrait se passer comme certains semblent l’imaginer. Elle a raison. Le risque de l’extrême droite est réel. Les signaux sont donc passés du vert au rouge dans son esprit depuis samedi dernier et l’annonce de candidature tambour battant de Julien Sanchez. « Vincent Bouget a présenté son programme et sa liste. Et maintenant ? Il faut absolument deux ou trois idées fortes sur le modèle de Michaël Delafosse à Montpellier en 2020. Sans cela, on n'imprimera pas suffisamment les esprits », explique un soutien à gauche. La crainte est aussi portée par la dynamique de La France insoumise à Nîmes. « S’ils font 10 %, on est foutus. En dessous, on a gagné. LFI, c’est le Plantier de Bouget. »
Y’a pas photo ? Dans l’état-major de Franck Proust, la semaine a été consacrée au peaufinage de la liste. Les premières photos ont été réalisées en agence, mais le doute s’empare de l’esprit de certains. « On nous a dit que l’on avait rendez-vous pour une photo, puis finalement, c’est reporté. D’autres attendent toujours qu’on les appelle... », glisse un élu déçu de n’avoir reçu aucun message. Il y a aussi une équation ignorée : Franck Proust a des ralliements de dernières minutes. Notamment un chef étoilé bien connu à Nîmes : Jérôme Nutile sera sur la liste. Les noms d’Alain Espeisse, ancien joueur du Nîmes Olympique, de Michel Mezy, ancien président du Nîmes Olympique, reviennent avec insistance, sans confirmation à ce stade. Tout comme celui d’Alexandre Salles, collaborateur efficace du Rugby Club Nîmois. Enfin, Rachid Benmahrouz, collaborateur direct de Julien Plantier durant plusieurs années, désormais directeur de cabinet de la maire de Lunel, devrait être de l’aventure. Sans compter une ou deux personnalités politiques qui réservent encore leur décision. « Franck Proust ne peut pas accueillir tout le monde, mais il a besoin de soutiens importants pour montrer sa capacité à rassembler », résume un de ses proches.
Valentine, le problème ? À mesure que les ralliements se concrétisent, la responsable de la campagne de Franck Proust perdrait ses nerfs selon certains. « Valentine Wolber est négative et contre tout. Ce n’est pas possible d’avancer sereinement », glisse une source au sein du dispositif. Protégée jusque-là, l’adjointe chargée des commerces pourrait ne plus être dans les petits papiers rapidement. « Elle s’en est prise à Bernard Baumelou, le directeur de cabinet de Proust. Elle a mis de côté les équipes fidèles de Nîmes métropole. Aujourd’hui, elle impose son veto sur des arrivées stratégiques pour Franck Proust. » D’autres sources tempèrent ces attaques : « Elle est précieuse aujourd’hui. Oui, elle a du tempérament, mais elle n’a qu’un seul intérêt : la victoire. » Mais comment réagira Valentine Wolber en cas d’arrivée de Julien Plantier et de Valérie Rouverand avant le premier tour ? « Elle comprendra que Bernard Baumelou a plus de pouvoir qu’elle ne l'avait imaginé. Ou qu’il sait faire de meilleurs calculs sur la réalité des équilibres de la droite et du centre face à la menace de l’extrême droite à Nîmes… » Les prochains jours seront déterminants.
La vitrine qui en dit long… L’alliance entre Julien Plantier et Valérie Rouverand connaît un nouvel épisode avec le changement de la vitrophanie sur le local de campagne de l’ex-premier adjoint de Jean-Paul Fournier sur l'avenue Jean-Jaurès. Alors que depuis les vœux des deux candidats début janvier, on avait compris qu’ils formaient un duo, ce n’est pas tout à fait vrai dans les faits. « Sur la vitrine, il est bien indiqué que le candidat est Julien Plantier. Valérie Rouverand arrive plus bas avec son simple soutien, glisse un spécialiste de la politique locale. Comment a-t-elle pu accepter cela ? » Même si les critiques tentent de perturber cette alliance, la présidente de Renaissance dans le Gard n’a pas dit son dernier mot. Sur la composition de la liste, on retrouvera les experts à ses côtés depuis plus d’un an. Une personnalité sera aussi présente sur la liste : Julien Devèze. Dans un poste de direction au sein de Bastide, le confort médical, l’ancien directeur de cabinet d’Yvan Lachaud au sein de Nîmes Métropole entre 2014 et 2020, est aujourd’hui actif au sein du mouvement Les Centristes / Le Nouveau Centre. Délégué départemental des Centristes dans le Gard, il est aussi délégué national et intervient régulièrement sur les sujets de réforme institutionnelle et de démocratie. Un bon sujet local pour l’union entre Julien Plantier et Valérie Rouverand…
Ça dézingue ! Ça tire partout en coulisse durant cette campagne des municipales. À Alès, Bagnols mais aussi dans des plus petites communes. Et Nîmes, n’en parlons pas ! « Proust fait une campagne vieillotte, il est à côté de la plaque », balance un proche de Vincent Bouget. « Plantier et Rouverand n’ont pas de chance. Ils voulaient le faire disparaitre, mais l’ombre d’Yvan Lachaud n’a jamais été aussi présente. Maintenant, ils veulent faire croire qu’ils ne sont pas des macronistes. Pour des gens qui veulent faire de la politique autrement, il faudrait commencer par être honnête », glisse un militant du Rassemblement national. Et à Gauche ? « Vincent Bouget n’a rien à dire à part critiquer les réalisations ou les décisions de la majorité de Jean-Paul Fournier. Heureusement que les socialistes sont à ses côtés pour relever le niveau... », complète un proche de Proust. « Julien Sanchez fait marrer tout le monde avec son slogan Fiers d’être Nîmois. Le mec est né à Alès, il a exercé à Beaucaire et a filé à l’Europe. Il est Nîmois comme moi je suis Breton », balance un allié de Vincent Bouget qui n’est manifestement pas Breton. Proust en prend encore pour son grade : « Il va continuer longtemps à se balader avec Christophe Pio et Thierry Procida ? Cette semaine, aux vœux du monde économique, les chefs d’entreprise n'ont pas compris qu’il ne s’entoure pas de pointures pour ses déplacements… », explique un proche de Julien Plantier. Mais le plus important, c’est que tous veulent une campagne digne. C’est bien là l’essentiel.
À boulets rouges. Le candidat de l’union de la gauche, Vincent Bouget, n’a pas pris de pincettes pour dénoncer l’achat par la ville de Nîmes du stade des Antonins et du centre d’entraînement de la Bastide. Selon lui, pour la somme de 9,53 M€ au total. Une décision qui sera soumise au prochain conseil municipal. Pour le communiste, cette opération marque le coût de “l’inconséquence” de la majorité sortante et alerte sur une facture globale qui pourrait encore grimper. Il évoque enfin un “mensonge originel” sur l’état du stade des Costières et conclut à un "fiasco financier" et un "scandale démocratique". Du côté de la Ville, en coulisse, on prépare une réponse ferme. « Une conférence de presse est prévue avec le président du Nîmes Olympique et on fera preuve d’une absolue transparence. Mais comment accepter la présentation scandaleuse de Vincent Bouget sans réagir ? On voit qu’il n’est pas dans le costume de maire et aura bien du mal à l’être. Nous avons suivi l’ensemble des procédures. Et Jean-Paul Fournier respecte l’engagement pris l’été dernier auprès des instances financières du football français pour éviter la mort du Nîmes Olympique. La parole, ça compte non ? », explique une source municipale. Un autre adjoint précise : « Ce prix d’achat du stade des Antonins est une bonne affaire. 6,9 millions d’euros pour un stade homologué pour la Ligue 1, on aurait payé au moins le double, si ce n’est le triple, dans le cadre d’un appel à projets pour un équipement sportif pareil. Il faut rappeler que cela a coûté plus de 10 millions d’euros à Rani Assaf alors qu’il avait négocié tous les prix en tant que privé. Enfin, nous avons très bon espoir qu’en modifiant le PLU, on pourra conserver le stade des Antonins au-delà de 2032 pour le rugby et les filles de Nîmes Olympique… » On le voit bien : d’un côté comme de l’autre, on peut facilement s’arranger avec l’histoire en pleine campagne des municipales. Reste à savoir si les Nîmois sauront tirer le vrai du faux ?
L’horizon pour Proust… Le parti Horizons (présidé par Édouard Philippe) vient de publier son “Guide des maires”. Le document se compose de deux volets : un manifeste municipal et un recueil de bonnes solutions présentant des mesures concrètes mises en œuvre par 50 maires Horizons. Ce guide est destiné aux candidats, y compris à ceux que le parti soutient. Donc Franck Proust à Nîmes. Qu’est-ce que l’on retrouve dans ce document ? Mettre en place des “permanences du maire sans rendez-vous”. Cela rappelle la proposition de Julien Plantier cette semaine. Organiser une cérémonie communale de remise de prix pour valoriser la réussite scolaire, déployer un dispositif de responsabilisation des familles jusqu’à la suspension de certaines aides municipales en cas d’actes de délinquance répétés d’un mineur. Créer un repas solidaire régulier pour rompre l’isolement et repérer les “invisibles” en grande précarité. Lancer un bus solidaire intergénérationnel pour aider les seniors à mobilité réduite et recréer du lien social. Expérimenter le nettoyage “zéro émission” en centre-ville, etc. Rien de très repoussant a priori pour Franck Proust…
Envoyé Spécial : tournant de la campagne à Bagnols ? Jeudi soir, le reportage des équipes de France 2 a fait du bruit à Bagnols. Alors que le sujet traitait des conséquences du narcotrafic dans des villes moyennes en France, Envoyé Spécial a illustré ses images par le cas de Bagnols. En effet, depuis plusieurs mois maintenant, un groupe de trafiquants a choisi d’imposer un ordre social pour continuer ses activités illégales en toute quiétude. Le maire Jean-Yves Chapelet, ravi au départ de la promotion nationale offerte par France 2, a déchanté en comprenant lors de l’arrivée des journalistes qu’il s’agissait de mettre en lumière le pire de sa ville. Mais en pleine campagne des municipales, il aurait peut-être dû se raviser et accepter un échange. Car, à la fin, ce que les téléspectateurs, habitants de Bagnols et électeurs ont compris par la suggestion du reportage, c'est son refus d’assumer une situation qu’il n’est pas le seul maire à subir. « C’est injuste, parce que depuis des années, il a pris le sujet en compte et a obtenu des moyens nationaux supplémentaires. Tout est fichu par terre », exprime, déçu, l’un de ses fidèles. « C’est terrible en termes d’images. Je pense qu’il s’agit d’un tournant de la campagne en défaveur de l’équipe sortante », pense savoir un de ses opposants à gauche. Du côté de la candidate du Rassemblement national, la députée Pascale Bordes, on se frotte les mains. « C’est du pain bénit alors que l’on n’avait rien demandé », explique un soutien. Pascale Bordes y reviendra à coup sûr demain soir à 18 heures en direct sur le plateau du Club, la quotidienne sur Objectif Gard & Arles.
À ses risques et Méryl… Visiblement lassée de lire sur les réseaux sociaux que la mairie d’Alès ne fait rien en matière de sécurité, la conseillère municipale déléguée à la Jeunesse, Méryl Debierre, a pris la plume. Elle répond notamment à Marc Infantes, candidat déclaré aux prochaines municipales. La réponse est à l’image de la jeune élue : intelligente. Elle y rappelle une évidence que les « experts » autoproclamés des réseaux sociaux semblent avoir oubliée : la lutte contre le trafic de stupéfiants relève avant tout des compétences de l’État. « Faire croire le contraire, c’est soit une méconnaissance inquiétante du fonctionnement institutionnel, soit une manipulation volontairement populiste », écrit-elle dans un texte assez long — du moins à l’échelle de Facebook — et bien construit. Mais même au XXIᵉ siècle, lorsqu’une jeune femme produit un tel texte, le soupçon n’est jamais loin. Elle n’aurait pas pu l’écrire seule : ce serait forcément l’œuvre de l’intelligence artificielle, prétend un commentateur bien connu du bassin alésien (qui pour le coup gagnerait sans doute à solliciter l’IA avant chacune de ses publications).
On est encore là ! À chaque campagne électorale, la pression est au rendez-vous. Dans toutes les équipes : celles qui se voient gagner ou celles qu’on dit battues d’avance. Et comme toujours, on prête à la presse un pouvoir qu’elle n’a pas. Ou peu. Qui pense qu’un journal fait voter à lui seul dans un sens ou dans l’autre ? Sérieusement ? Cette pression directe ou indirecte prouve une seule chose : le changement à Nîmes aura aussi des répercussions sur la capacité de la presse locale à effectuer son travail sereinement. Cette pression ne vient pas toujours de là où on l’imagine. Croyez-nous. Que chacun se rassure donc : les critiques font partie du jeu et sont toujours bonnes à prendre. Sauf celles qui tentent d’imposer un récit qui n’est pas encore écrit. Nous n'avons ainsi qu'une seule ligne de conduite : faire confiance à nos lecteurs, qui ne sont pas dupes.