À Nîmes, la gestion des monuments romains pourrait bien être un enjeu de la campagne des municipales. C'est, en tout cas, un sujet de débat récurrent entre la majorité de droite et l'opposition de gauche. Depuis 2006, la ville a fait le choix de confier la gestion de ses monuments à des sociétés privées. Il s'agit de contrats pour « l’exploitation touristique et culturelle des arènes, de la maison Carrée et de la tour Magne », passés entre la municipalité nîmoise et la société lauréate d'un appel d'offres.
Quid de la Maison Saurel ?
Ce mode de gestion est différent, par exemple, de celui du Pont du Gard : le Conseil départemental ayant préféré créer un établissement de coopération culturelle. Initialement, la gestion des monuments avait été confiée à Culturespaces avant d’être attribuée en 2021 au groupe Edeis par l'intermédiaire de sa filliale, Edeis Romanité pour trois ans. Seulement, en 2024, le groupe — qui gère également l'aéroport de Nîmes — a été reconduit sur une durée bien plus longue… Soit huit années.
Comment expliquer cette aussi longue durée ? Edeis s'est engagé à rénover la Maison Saurel, un site au sein des Jardins de la Fontaine, « pour y développer un projet culturel valorisant les monuments romains ». Sauf qu’arrivée à la fin du mandat, toujours rien. « Nous constatons un manque de clarté et des questions se posent sur le travail du délégataire Edeis… Où en est le projet de restaurant dans les Jardins de la Fontaine, pour lequel la durée de la DSP avait été portée à neuf (huit en réalité) ans ? », taclait, lors d’un conseil municipal en avril, l'opposant de gauche et candidat aux municipales, Vincent Bouget.
Une fréquentation en hausse mais…
Concernant le reste du rapport, qu’apprend-on ? D’abord, bonne nouvelle : les entrées des trois monuments (arènes, maison Carrée et tour Magne) sont en hausse : 702 324 visites contre 656 525 en 2023. Le pic de visites est enregistré en août, avec, par exemple, 80 649 entrées aux arènes. « Dans ce rapport, les chiffres 2024 sont uniquement comparés avec ceux de 2023. Il n’y a pas d’antériorité suffisante, par exemple sur les 5, 10 dernières années, pour tirer des conclusions intéressantes. Finalement, les chiffres, on peut leur faire dire ce que l’on souhaite… », commente l’une de nos sources plutôt au fait de ce type de contrat public-privé.
Autre enseignement : si la maison Carrée a été récemment classée à l'Unesco, le monument préféré des touristes reste l'amphithéâtre ! Indétrônable avec 383 917 tickets contre 172 633 pour la maison Carrée. Mais le temple romain peut se consoler : il enregistre la plus forte progression des entrées avec près de 10 %. Dans les avis négatifs répertoriés, il est toutefois reproché « l’intérêt moindre de l’intérieur et le prix quand le visiteur n’achète pas le pass trois monuments » Sur les Arènes, « les avis négatifs portent à nouveau sur la présence des tribunes métalliques, l'enrobé de la piste… ». Pour la tour Magne, « c’est encore le manque de signalisation dans les Jardins » qui est signalé.
Toujours selon notre source, les chiffres de fréquentation interrogent : « Les 702 324 visites sont à pondérer. D’abord en raison des groupes qui ne paient pas le tarif plein de 10 € pour les arènes, 6 € pour la Maison Carrée et la tour Magne, mais aussi des pass Nîmes et Romanité ainsi que des billets gratuits. Finalement, qu’ont réellement rapporté les entrées en termes financiers ? » Point noir du rapport : les spectacles en baisse. Celui de mai, Germanicus et la colère barbare, et celui d’août, La légende des jardins, ont réuni 52 691 spectateurs contre 63 842 en 2023. Les animations des Journées romaines de Nîmes (fort des légionnaires, visites théâtralisées, banquet…) ont accueilli 29 663 personnes contre 38 526 en 2023.
1,5 M € de pertes pour 2024
Dans son compte rendu financier, Edeis indique employer 24 équivalents temps pleins, dont 13 salariés en CDI à temps plein. Les frais de personnel atteignent 1,3 M€ pour 2024, soit « une hausse de 40 %, en raison des besoins en personnel pour les spectacles et du paiement d’intervenants comme intermittents du spectacle. » Le total des charges d’exploitation ressort à 4,9 M€, soit une hausse de 3 %. Les recettes sont quasi stables avec une hausse de 1 %.
La perte de l’année 2024 atteint 1,5 M € contre 1,2 M€ en 2023, « soit une aggravation » de 18 %, dont 34 000 € pour l’exploitation, 507 000 € pour le spectacle de mai et 974 000 € pour le spectacle d’août. Même si, en même temps, les frais de siège chiffrés à 250 000€ sont en hausse, eux, de 5 %. « Il s’agit de l’argent qui remonte à la société mère. Edeis Romanité peut faire appel à d’autres services du groupe pour de la communication par exemple… », conclut notre source.