Publié il y a 1 an - Mise à jour le 18.05.2023 - Propos recueillis par François Desmeures - 5 min  - vu 1282 fois

FERIA D'ALÈS Emeric Assenat, Alésien en piste pour le trophée des As : "C'est quand même un sentiment étrange de pouvoir toucher le taureau"

(photo François Desmeures)

Emeric Assenat sera en piste deux fois à l'occasion de cette feria 2023, pour le trophée des As, ce jeudi à 16h30, et pour le trophée de l'Avenir, vendredi à 17h. Si ce ne sera évidemment pas la première fois, le moment reste important pour le natif des lieux qui tient à briller sur le plateau relevé qu'offre le trophée des As. Il revient aussi sur sa passion pour la course camarguaise et sur les menaces qui ont pu peser sur la tauromachie française. 

Emeric Assenat est né à Alès en 1995 • (photo François Desmeures)

Objectif Gard : Qu'est-ce que ça fait de raseter à domicile, même si ce n'est pas la première fois ?

Emeric Assenat : Ce n'est pas la première fois mais, sur un grand rendez-vous, ce n'est que la seconde. L'an dernier, je m'étais blessé. C'est plaisant, ça met une pression supplémentaire. 

Et le fait de doubler, jeudi et vendredi, ça ne vous met pas encore plus de pression ?

Non, pas plus. Et puis, le vendredi, c'est plutôt pour faire plaisir aux organisateurs, parce que je suis à la maison. À vrai dire, je ne calcule même pas la course du vendredi, elle va passer toute seule. Une fois que j'aurai fait le jeudi... 

Au-delà du côté affectif, les arènes d'Alès, vous les décririez comment par rapport aux autres ?

C'est une grande piste, donc c'est plaisant, je préfère. Elle est plutôt facile, pour s'accrocher il n'y a rien de compliqué : les marchepieds sont hauts, il y a des tubes de partout. Donc, c'est plutôt facile. 

Mais la forme - arrondie ou ovale - crée-t-elle de grandes différences dans la façon de raseter ?

Par rapport à Nîmes, la différence se ressent au niveau de la forme et de la taille. Mais, au final, je ne vois pas trop de différence parce que ça reste grand et il n'y a pas vraiment d'angles. Ou bien ce sont des angles très grands pour les taureaux, ils ont du mal à se cacher dedans. J'ai un peu plus de mal avec les arènes qui ont des angles. 

Votre positionnement en piste, vous y pensez constamment pour vous replacer, ou alors cela se fait naturellement selon les circonstances de course ?

J'y pense surtout avant la course, parce qu'on sait à peu près où ça va se passer. Ici, pendant la course, les rasets vont être près du toril, principalement. Dans la longueur, c'est rare : les taureaux savent qu'ils sont en faiblesse dans les longueurs. Donc ils ont tendance à se caler. 

Alès est quand même un peu éloigné de la Petite Camargue... Comment vous est venue cette passion pour la course camarguaise ?

(Rires) Ce n'est pas la Camargue, c'est presque les Cévennes... En fait, je m'amusais dans les taureaux de rue, quand j'ai eu le permis de conduire - parce qu'ici, il n'y en pas beaucoup - et pour mes 20 ans, mon père a organisé un anniversaire surprise dans une manade. Quand j'ai essayé des vaches dans la manade, les responsables m'ont dit qu'il fallait que je m'inscrive dans une école taurine. Ça a démarré comme ça. 

Vous faisiez déjà du sport ?

Oui, j'ai fait quinze ans d'athlétisme avant. Et je continue, mais sans compétition. Je suis donc arrivé avec un niveau physique "costaud". Je continue à m'entraîner quasiment tous les jours, de manière différente, parce que la saison est très longue et qu'il faut être en forme du début à la fin. Je ne prépare donc pas comme l'athéltisme où il y avait une date butoir. Tout ce qui est explosivité, je tarde, parce que si je le fais au mois de février, j'ai un pic de forme en avril et ça ne sert à rien. Sinon, au moment où je dois être en forme, en juin, juillet et août, je suis fatigué et les blessures peuvent arriver. 

Quel plaisir y trouvez-vous ? Qu'est-ce qui vous fait entrer en piste ?

J'y trouve le même plaisir qu'au début. L'adrénaline que cette pratique procure, le contact avec le taureau. C'est quand même un sentiment étrange de pouvoir le toucher et c'est le seul moment où on peut le faire : si on va dans le pré, on ne peut pas le toucher. C'est une adrénaline vraiment spéciale. 

L'adrénaline existe aussi parce qu'il existe un risque... Enzo Robert, raseteur de 20 ans, est décédé l'an dernier après un choc avc un taureau aux Saintes. Pensez-vous parfois à ce risque dans l'arène ?

On sait que ça peut arriver. Mais on n'y pense pas en piste, sinon il vaut mieux rester à sa maison. Si on pense au danger avant de commencer, on rasète mal de toute façon. Donc, autant ne pas y aller. Déjà, en général, je n'y pense pas forcément. Il arrive qu'on se sente moins bien -  on n'est pas des robots - des moments où on est moins à l'aise psychologiquement. Mais j'essaie de ne pas y penser. 

Vous avez vécu des moments chauds ?

Oui, il y en a eu : des coups de corne, je suis déjà passé sous les pattes, des petites roustes en piste... Ça fait partie du jeu, si on peut dire comme ça. C'est heureusement plus souvent pas grave que grave. Mais ça fait partie de cette tradition, il faut faire avec. 

À la faveur de la propositiion de loi pour l'interdire, on a récemment beaucoup parlé de tauromachie espagnole. Est-ce que vous vous êtes senti menacé dans votre pratique de la tauromachie française ?

Oui, évidemment qu'on se sent menacés : ce n'est pas parce qu'ils s'attaquent à la tauromachie espagnole qu'ils ne veulent pas toucher à la camarguaise. Ils commencent par là, parce que c'est plus facile : la tauromachie espagnole est la plus décriée, à cause de la mise à mort. On aime ou on n'aime pas... Mais s'ils parviennent à faire péter la corrida, ils s'attaqueront à la course camarguaise, aux traditions de rue. 

Pourtant, aucune maltraitance n'est soulignée avec la course camarguaise... 

Non, mais pour eux, le taureau doit être dans le pré, point barre, et on ne doit pas le toucher. Et puis, je me suis aussi senti "impacté" parce que j'apprécie la corrida et ça m'embêterait de ne plus pouvoir aller en voir. 

Vous-mêmes, vous avez déjà été interpellés par des "anti" ?

Non, parce qu'en général ils ne se déplacent que sur les corridas. Mais je pense que ça arrivera aussi dans la course camarguaise. 

Est-ce que le risque, pour la course camarguaise, ce n'est pas une forme de désaffection d'un public qui viellit ?

Le public vieillit un peu, c'est vrai. Mais j'ai envie de dire, comme un peu partout, comme les bénévoles dans les associations. La fédération essaie de mettre en place des systèmes pour attirer les jeunes, des tarifs. Aux arènes d'Alès, aux guichets, il n'y a quasiment que des jeunes. Et si on regarde les tribunes, des jeunes s'y intéressent, ça se renouvelle. Ce n'est pas que je ne me fais pas de souci mais on voit des jeunes quand même. 

De votre côté, vous avez le temps de faire le feria... après les deux courses ?

(Il sourit) La feria, la faire, ce serait un grand mot. Y aller, oui, parce que j'ai quand même envie. Mais on va rester "soft" : pas d'alcool du tout... On ira peut-être faire un tour demain après la course, histoire de faire un tour... Vendriedi aussi, mais il faudra rester sage parce qu'il y a le week-end. Je cours dimanche, normalement à Vendargues, même si ce n'est pas encore arrêté. 

L'alcool, vous vous l'interdisez toute l'année ou c'est juste durant la saison ?

Je me fais plaisir de temps en temps... Il peut arriver qu je boive une bière après la course. Mais ça reste vraiment léger et pas tout le temps. Après, quand la saison est terminée, on se fait un peu plus plaisir... 

Nîmes, vous avez espoir d'y aller cette année ?

Je n'y suis pas engagé. Mais on n'est pas encore au 25 mai... D'ici là, les choses peuvent changer et j'espère y être. 

Et dans les gradins éventuellement ?

Ouais... (il hésite) C'est un peu plus difficile d'être dans les gradins quand on a le potentiel - je pense - pour y participer, et qu'on n'y est pas. On verra, on n'y est pas encore, en une semaine les choses peuvent changer. 

Propos recueillis par François Desmeures

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