« Y a pas que moi qui devrais être dans le box », s’indigne Kamel T., poursuivi en ce début de semaine pour tentative de meurtre sur un jeune étudiant en pharmacie, le 19 octobre 2022, sur la passerelle de la rue Puccini, à Nîmes. Pour rappel, il a reçu une balle de 9 mm au niveau de la clavicule, engageant alors son pronostic vital. Interrogé sur cette soirée de violence gratuite, l’accusé est formel : « J’ai rien à voir ni dans l’affaire une, ni dans l’affaire deux, mais j’ai le profil. » Il fait alors référence à une affaire de meurtre jugée la semaine passée, où il a été condamné pour complicité à 25 ans de réclusion criminelle, avec une peine de sûreté des deux tiers par la cour d’assises du Gard présidée par Christian Pasta. L’accusé a interjeté appel.
Clamant toujours son innocence, il revient plus en détail sur la tentative de « carottage » de 5 kg de cannabis qu’il décrit depuis le début de l’audience. « C’est pas mon collègue qui a tiré sur lui », explique Kamel T. L’objectif aurait plutôt été d’intercepter un véhicule où se trouvait de l’herbe de cannabis, afin de la voler. Kamel T. se serait occupé de repérer le conducteur et la route qu’il allait emprunter. C’est ensuite Alek H., aujourd’hui décédé, qui se serait chargé de « casser la voiture », selon les dires de l’accusé. Une histoire qui correspond à certaines écoutes, notamment des échanges téléphoniques entre les deux hommes évoquant : « Il va passer par le Messager. » Pourtant, cette explication dénote par rapport aux autres écoutes téléphoniques, datant de la veille des faits, où l’on peut entendre : « Pas dans la galerie, il y a trop de monde », une allégation peu compatible avec la recherche d’un véhicule. Une conversation téléphonique entre la sœur du prétendu tireur et Karine B., hébergeant les deux hommes, contredit également cette version. Elles y évoquent que le tireur se serait « trompé de cible ». Selon l’accusé, ce vol est son seul plan de cette journée d’octobre.
« Ramène la guitare »
Confronté aux écoutes faisant référence à une prétendue guitare, d'abord décrite comme un instrument à cordes, l’accusé est clair : « La guitare, c’était une Kalachnikov. » Il aurait discuté avec les membres du Réseau de Pissevin, proposant que son collègue Alek H. s’occupe de leur sécurité. Un homme dont il l'accusé déplore la perte depuis le box, s’estimant responsable pour partie de son assassinat. Sur les écoutes, il est question de phrases comme « ramène la guitare », faisant donc référence à la Kalachnikov conservée chez Karine B., chez qui les deux hommes sont logés de manière ponctuelle depuis septembre 2022. « Mettez-moi perpète si vous voulez, si je sors, ils vont me tuer. Enfin, ils vont essayer, mais ils vont pas y arriver, parce que c’est des fatigués », s’écrie Kamel T.
« Vous avez déjà fait des erreurs dans ce tribunal, monsieur le président », lance l’accusé avec véhémence face à la cour. Se souvenant de l’affaire de l’assassinat d’un dealer à Lunel ayant entraîné l’emprisonnement de deux hommes pendant 11 et 13 ans, Kamel T. s’estime lésé par la justice. Tantôt indigné, tantôt attristé, l’homme explique : « On me l’a fait à l’envers et on a envoyé mon fils porter la sacoche pour le Réseau. » Un réseau dont il ne manque pas de citer les membres, voire les principaux gérants de ce trafic comme les dénommés John et Pierrus. Deux hommes qu'il dépeint comme ayant un lien avec l'assassinat de son ami Alek H.
L’affaire continue d'être examinée devant la Cour d'assises du Gard. La parole va notamment être donnée à maître Khadija Aoudia, avocate des parties civiles, et au ministère public, représenté par Louisa Aït Hamoui, pour ses réquisitions.