Objectif Gard : Pour quelle raison avez-vous décidé d'écrire ce livre ?
Philippe Debaty : J’ai pas mal de problèmes de santé et je me suis dit que si je disparaissais, ce serait bien que je laisse une petite trace à ma façon. C’est aussi pour les personnes qui m’apprécient. J’ai décidé de tout mettre dans ce livre.
Cela a-t-il été facile de se dévoiler autant ?
Non, ça n’a pas été simple car je me suis dit que ça allait me mettre en difficulté, mais c’est ma vérité et ma vie. Je raconte de A à Z tout ce qui s’est passé. On croit toujours que les footballeurs ont une vie facile et qu’ils gagnent beaucoup d’argent. Mais il y a toujours l’envers du décor. Il y a plein de gens cabossés et j’en fais partie. Le fait de l’écrire m’a complètement libéré et pour l’écriture, j’ai été aidé par le professeur de français Jean-Michel Kowalski.
« Il y a des handicaps invisibles et en fait je ne vais pas bien »
Évoquez-vous dans le détail vos problèmes de santé ?
J’ai de lourds antécédents familiaux au niveau cardiaque et, lors des derniers mois, j’ai été opéré trois fois du cœur. Cela a généré des réactions post-traumatiques assez violentes. Il y a eu des moments où je me suis dit que j’allais y passer. Quand on me voit, on a l’impression que je vais bien, mais il y a des handicaps invisibles et en fait je ne vais pas bien.
À quel moment ces problèmes médicaux se sont-ils amplifiés ?
En août 2025, je suis descendu à 25 pulsations par minute. J’ai eu des étourdissements et je suis tombé. Je mettais ça sur le compte du stress et de la chaleur.
Comment avez-vous été pris en charge par le personnel médical ?
Mon médecin généraliste ne trouvait rien et pour avoir un rendez-vous avec un spécialiste c’est compliqué. On a jugé que ce n’était pas si important que ça alors que je sentais que ça n’allait pas bien.
« J’en suis sorti avec un pacemaker »
Quel a été le point de bascule ?
En décembre, après un étourdissement, j’ai atterri aux urgences. C’est là que j’ai passé cinq jours en unité de soins intensifs. J’avais un cathéter pour me relancer en cas d’arrêt cardiaque. J’en suis sorti avec un pacemaker. Là, j’ai passé deux mois de grosse fatigue et je montais à 170 pulsations. C’était le temps de m’adapter au pacemaker.
C’était la première fois que vous faisiez face à de graves soucis de santé ?
Non, puisque, en 2015, j’ai eu une hépatite auto-immune du foie avec une prise de médicaments à vie.
Comment vous sentez-vous aujourd’hui ?,
Ça va beaucoup mieux et j'ai, depuis le 4 mars, le feu vert médical. Cela veut dire que je peux revivre normalement.
« J’ai enfoui beaucoup de choses en moi »
Qu’avez-vous fait depuis cette date ?
Deux jours plus tard, j’étais en Belgique pour la sortie du livre.
A-t-il été facile de regrouper vos souvenir ?
J’ai la mémoire des dates. Par exemple, le jour où j’ai quitté la Belgique pour venir en France, c’était le 12 juillet 1978. J’avais deux ans et c’est une journée qui m’a marqué à vie. J’ai commencé à écrire à la fin du mois d’octobre et je ne me suis plus arrêté.
Pourquoi ce titre « Gardien de but m’a sauvé la vie » ?
J’ai enfoui beaucoup de choses en moi et j’ai essayé de rester digne. Ce qui m’a sauvé, c’est d’aller sur le terrain et de plonger partout.
« J’ai décidé de montrer mes fragilités »
Ce livre est-il une thérapie ?
C’est mieux que d’aller voir un psy. C’est une thérapie magnifique mais ce n’est pas facile de raconter la vérité. J’ai décidé de montrer mes fragilités parce que j’ai 60 ans. À cet âge, on a beaucoup de choses à raconter sur sa vie. J’ai voulu rassembler ma famille et faire revivre tous ceux qui sont partis.
Comment gérez-vous l’académie des gardiens de but que vous avez créée en 2003 ?
En 2015, j’ai préparé un plan B en cas de problème de santé et je me suis entouré pour que l’académie continue à fonctionner. On a quinze entraîneurs et je me suis un peu retiré. Sur le terrain, l’académie fonctionne sans moi. Je peux organiser les séances d’entraînement, les séances pour les gardiens, mais pas sur le terrain. C’est mon fils qui prend la relève.
Que représente votre passage à Nîmes Olympique ?
J’arrive en 1981 dans ce fameux groupe qui devient champion de France cadets. Après il y a mes amis de toujours : Alain Espeisse, Philippe Sirvent, Didier Place et Pascal Barthelot. C’est une deuxième famille car je suis tout seul à Nîmes et au lycée Daudet. J’ai plein d’anecdotes.
Quels sont les premiers retours de ceux qui ont lu votre livre ?
Ils sont extraordinaires et je crois que j’ai surpris tout le monde.
Tiré, un première fois, à 120 exemplaires, le livre « Gardien de but m’a sauvé la vie » est disponible à Nîmes au prix de 15€ à la librairie Tessier (rue Régale) et à la boutique Le Nîmois (boulevard Victor-Hugo)