Parc des expositions, à Nîmes. Dès 9 heures, les élus s’avancent pour assister à l’assemblée générale. Un moment solennel avec examen des comptes et réélection du président de l’association des maires du Gard, Philippe Ribot. Après les obligations administratives, place aux discours (assez attendus) des sénateurs sortants. « Vous m’avez dit de faire court, deux minutes. J’avais prévu de faire très long… sur vous ! », lance Denis Bouad, sénateur PS. L’élu - finalement candidat à sa réélection - salue le travail de l’association : « J’ai suivi les assemblées générales des maires depuis plusieurs années. Vous avez apporté beaucoup (…) Être maire, ce n’est pas toujours facile : vous n’avez pas le droit d’aller acheter un croissant à la boulangerie… On te parle du car qui n’est pas à l’heure alors que ce n’est pas ta compétence… »
Denis Bouad et sa concurrence
Au tour de Laurent Burgoa de s'emparer du micro. Le sénateur nîmois, fraîchement nommé secrétaire général des Républicains, a mis en avant le rôle du Sénat, en première ligne depuis l’absence de majorité absolue à l’Assemblée nationale : « Le Sénat, c’est la chambre de la sagesse », introduit-il. « Grâce à la délégation aux collectivités territoriales, nous avons fait créer le statut de l’élu. Idem sur la lutte contre le narcotrafic : grâce à la commission d’enquête, nous avons fourni un certain nombre d’outils qui ont finalement été repris… » Saluant aussi la fonction de maire, il l’assure : « Vous êtes les derniers représentants de notre République, défendant les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité. » Le troisième sénateur, la sénatrice Vivette Lopez, était absente du salon, représentée toutefois par son attachée parlementaire Pascale Mourrut. La sortante a déjà annoncé qu’elle ne se représentait pas. Si Vivette Lopez se retire, d’autres ont très envie du Sénat. Notamment à gauche. La multiplication des candidatures va-t-elle amenuiser les chances de la gauche de décrocher deux postes de sénateur sur les trois sièges ?
Le sénateur Bouad a de la concurrence. D’abord, Carole Bergeri, son ex-numéro 2 en 2020. Adossée au mur pendant l’assemblée générale, elle observe attentivement les débats. Une présence discrète, mais bien visible des maires assis dans la salle, comme un message adressé à ceux qu’elle espère convaincre. La veille, l’élue départementale du canton de Pont-Saint-Esprit a annoncé sa candidature : « Je connais bien les réalités du terrain, dans tous les cantons. Ma candidature est le fruit d’un parcours, d’une expérience mais surtout d’une conviction profonde : celle que nos territoires méritent d’être entendus, respectés et défendus. » Dans les allées du salon, ça discute : « Carole Bergeri, on ne la connaît pas très bien… Laurent Burgoa et Denis Bouad sont des bêtes politiques. Après, moi je voterai Denis Bouad par amitié », commente un maire, élu depuis plusieurs mandats. Un nouveau maire ne voit pas les choses de la même manière : « Il y en a qui se retirent, reviennent… Carole Bergeri, elle, je l’aime bien. Elle me paraît sérieuse et sincère. » « Sur le Salon des maires, je l’ai trouvée un peu esseulée… », commente « un ami » de Denis Bouad.
Si en plus de trente ans de vie publique Denis Bouad a quelques amis, il a aussi des concurrents - voire des adversaires - , parfois issus de son propre camp comme Alexandre Pissas. À 9 heures tapantes, le maire PS de Tresques était déjà au premier rang de l’assemblée générale. La veille, le socialiste a fait enregistrer sa candidature auprès de la commission électorale, tout comme le président de la banque alimentaire. « Logiquement, les sortants sont prioritaires. Le problème, c’est que Denis Bouad a retiré sa candidature avant de rétropédaler. La procédure de désignation au PS est enclenchée… » Ce jeudi soir, se tient un conseil fédéral qui déterminera si ces candidatures seront soumises au vote des militants le 10 juin prochain. « Au final, on ne parlera plus de toute cette histoire. Denis Bouad sera investi et point barre », croit un autre édile.
La droite à l'affût, le RN en embuscade
Si tel n’est pas le cas, qui tirera les marrons du feu ? La droite ? « Laurent Burgoa séduit aussi les élus de gauche… Il a fait beaucoup de relationnel en se déplaçant dans les communes… Mais il y a aussi eu l’épisode Perrier qui a heurté certains élus de droite du terroir », analyse un maire divers droite. Pour maximiser ses chances de l’emporter, qui sera la deuxième candidate de sa liste de la droite ? À Alès, deuxième ville du département, le nouveau maire observe la concurrence comme si leurs choix pouvaient avoir une incidence sur la personnalité choisie.
Un élu apporte un ultime paramètre à la réflexion : « Aujourd’hui, les sénateurs n’ont plus de réserve parlementaire, ils ont moins de consistance. Cela pourrait favoriser un vote plus politique. » Plus politique envers le RN ? « Au vu des résultats aux municipales, j’ai peur que le RN fasse élire un sénateur… », commente un maire, en référence aux victoires à Beaucaire, Bagnols puis à la communauté de Beaucaire Terre d’Argence. Beaucoup de questions et une seule certitude : dans le Gard, l’élection sénatoriale n’a jamais été aussi ouverte.