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PORTRAIT DU DIMANCHE : Fatima Mansouri se souvient du Chemin-Bas d’Avignon

Fatima Mansouri est décédée à l'âge de 74 ans. (Photo : Stéphanie Marin/ObjectifGard)
Fatima Mansouri, 66 ans, présidente du comité de quartier du Chemin-Bas d'Avignon. Photo DR/S.Ma

Fatima Mansouri, 66 printemps passés, se souvient du Chemin Bas d’Avignon lorsqu’elle est arrivée avec ses parents. C’était en 1959. Une autre époque, un autre quartier. « Je suis née en Algérie, mais nous vivions en Tunisie, à Menzel Bourguiba, avant de rejoindre mon père qui vivait à Nîmes depuis 1958. Nous avons d’abord habité au quartier Terres de Rouvière. » Quelques années après c’est au Chemin-Bas d’Avignon que la famille de Fatima Mansouri atterrie. Un quartier tranquille où poussent les immeubles à plusieurs étages, des logements modestes mais neufs, sans prétention mais confortables. Fatima, ses parents, ses frères et ses sœurs avaient élu domicile au bâtiment nommé B1 situé à la sortie du Chemin-Bas d’Avignon, bordant l’avenue de Bir Hakeim. « J’avais 12 ans. C’était un grand immeuble avec six cages d’escaliers et huit familles de locataires par étage. Vous imaginez le monde qu’il y avait là dedans. Mais c’était bien, il y avait des familles espagnoles, portugaises, françaises et maghrébines. Tout le monde s’entendait bien » se souvient Fatima. Et dans ses souvenirs quelques images reviennent plus précisément comme celle de ses voisins qui venaient chercher des pâtisseries orientales que sa mère préparait : « elle achetait toujours des tonnes de farine et de sucre pour que tout le monde ait sa part de pâtisseries« . Et puis, il y avait aussi ces bouteilles de lait qu’un marchand laissait tous les matins en bas de l’immeuble suivit du boulanger : « À cette époque il n’y avait pas de commerce, on se faisait livrer le pain et le lait. Pour le reste on faisait tout à pied jusqu’à ce que s’installe une supérette dans le quartier, Nîmes Mag. Tout le monde s’y retrouvait pour faire ses courses. Le Chemin-Bas d’Avignon c’était un petit village où tout le monde se parlait et aimait se retrouver. »

À ces mots, un autre souvenir jaillit de la mémoire de Fatima Mansouri. Les soirées d’été, quelques familles du B1 s’installaient dans le petit jardin situé en bas de l’immeuble. « On discutait, on riait et puis lorsque la nuit tombée tout le monde rentrait chez soi, il n’y avait plus personne dehors, les enfants suivaient leurs parents sans broncher. L’éducation n’était pas la même que maintenant, nos parents nous apprenaient le respect. » Les années passent, des années bonheur rythmées par de nombreuses fêtes organisées au sein du quartier comme la Fête du Muguet, les fêtes foraines… En ce temps-là, le petit village était très animé. En 1970, âgée de 24 ans, Fatima Mansouri qui occupait un poste de préparatrice en pharmacie au Chemin-Bas d’Avignon quitte, Nîmes pour son époux militaire jusqu’en Algérie. Deux enfants naîtront de cette union, une fille et un garçon (décédé à l’âge de 21 ans des suites d’un cancer). Mais le couple ne s’entend pas. En 1976, la jeune maman revient à Nîmes avec ses deux enfants. Ils s’installent d’abord rue Rangueil avant d’atterrir dans le quartier Grézan, non loin du Chemin-Bas d’Avignon. 1976, c’est aussi la date à laquelle la maman de Fatima quitte l’immeuble B1 pour vivre à quelques mètres du cœur de ville nîmois, rue Roussy. « C’est à ce moment-là que les incivilités ont commencé à monter crescendo. Tous les enfants étant partis de la maison (5 filles et 5 garçons), ma mère a voulu un peu s’éloigner du quartier. C’était au départ de la petite délinquance, mais on a laissé faire sans rien dire et voilà le résultat » se désole Fatima Mansouri qui en ce temps-là travaillait en tant que secrétaire comptable pour une entreprise spécialisée dans l’électricité, sur la route d’Arles.

Le Chemin-Bas d’Avignon, « un village » désormais divisé

Aujourd’hui, celle qui a vécu près de 30 ans au Chemin-Bas d’Avignon, qui est devenue il y a un an de ça la présidente du comité de quartier, est nostalgique. En regardant dans le passé, elle voit à quel point son quartier a changé. Les immeubles ne sont plus tous neufs (malgré des chantiers en cours), de nombreux habitants ont fait leur valise pour aller s’installer ailleurs, le soir les rues ne sont plus calmes, les portes des maisons et appartements sont verrouillées à double tour « alors qu’avant on ne fermait jamais les voitures, ni les maisons à clé. » Petit à petit, le sectarisme a pris le pas sur l’union des habitants de ce « village » où il n’y a plus de mixité, mais une division des communautés. Le tableau est noir mais c’est ainsi que le ressent Fatima qui ne supporte plus de voir le Chemin-Bas d’Avignon s’afficher dans les pages des journaux pour ses faits divers. Impossible pour la présidente du comité de quartier de ne pas évoquer celui qui, il y a un peu plus d’une semaine, a provoqué l’indignation au sein même du quartier : le braquage au foyer Albert Camus où des personnes âgées participaient à un loto organisé par l’association Action 9. « C’est inacceptable ce qui s’est passé. Comment peut-on s’attaquer à des personnes âgées, qu’est-ce qui se passe dans leur tête à ces jeunes (l’un des suspects serait du Chemin-Bas d’Avignon) pour arriver à pointer une arme sur la tempe d’une personne âgée de 80, 85 ans. Il n’y a plus de limite, plus de respect. Nous demandons d’ailleurs à ce que des agents de police soient affectés sur le quartier, on a trop laissé faire, il faut que tout ça cesse. »

Mais Fatima Mansouri tient aussi à tordre le cou aux amalgames. « Suite à cette affaire, j’ai entendu des propos racistes qui m’ont blessé. Des propos qui mettaient toutes les personnes d’origine maghrébine dans le même panier, des propos qui nous faisaient comprendre que nous n’étions pas Français. Parce qu’on est d’origine maghrébine, on est forcément des voleurs. Je refuse que l’on en vienne à penser ça, c’est très choquant. On ne peut pas pointer du doigt tout le monde lorsqu’il ne s’agit que d’une poignée d’individus. D’ailleurs pour montrer aux personnes agressées que nous étions de leur côté, jeudi dernier (soit le 10 mai) lors du loto traditionnel qui s’est tenu au Foyer Albert Camus, nous leur avons préparé des pâtisseries orientales. »

Les faits divers, les attaques, les violences, Fatima Mansouri n’en veut plus dans son quartier. D’ailleurs la dame âgée de 66 ans n’hésite pas à faire la leçon à ceux qui tenteraient de lui tenir tête. Ah ça, elle en a du caractère. Et il en faut car chaque jour, la présidente du comité du Chemin-Bas d’Avignon se bat pour animer le quartier aux côtés d’une vingtaine d’associations. Un combat difficile qu’elle mène « par amour » pour le Chemin-Bas. « Je rêve de retrouver le quartier de ma jeunesse, je veux lui rendre tout ce qu’il m’a donné. Mais je sais que c’est mission impossible, la faute à qui ? Je ne sais pas, aux habitants, aux parents, aux enfants qui manquent d’éducation, c’est un tout. J’aimerais voir à nouveau de la mixité. Ce quartier s’est construit comme ça, ce sont ses origines et j’aimerais qu’il les retrouve. »

 

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