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FAIT DU JOUR David Boutry, intermittent à Alès : « Même à temps plein, je pointe à Pôle emploi chaque mois »

David Boutry, technicien intermittent au Cratère.
David Boutry, technicien intermittent au Cratère.

David Boutry, 44 ans, est technicien polyvalent : régisseur de scène, monteur de chapiteau, cintrier... Tout au long de l'année, il jongle entre le Cratère d'Alès, le Printemps des comédiens et les ZAT de Montpellier, la Verrerie des Cévennes ou encore les Fous chantants. Comment vit-il son statut d'intermittent? Que défend-il en se joignant au mouvement national? Rencontre.

Objectif Gard : Comment définiriez-vous votre statut d'intermittent?

David Boutry : D'abord, il est important de souligner qu'intermittent n'est pas un métier. Je n'ai pas choisi de l'être. J'ai choisi d'être technicien, et ce statut est uniquement le cadre obligatoire dans lequel ma profession rentre. Il est né à la fin des années 50, pour éviter une perte de métiers liée à la discontinuité du travail. Ceux qui ne décrochaient que quelques contrats ici ou là ne pouvaient en vivre et changeaient rapidement d'emploi. L'avenir de la culture était en jeu. Il fallait conserver ces métiers.

Aujourd'hui, avec ce statut, nous sommes en perpétuelle recherche d'emploi. Chaque fin de mois, je pointe au Pôle emploi pour déclarer mes heures. Officiellement, malgré les nombreuses heures que je fais, je suis chômeur.

O.G : Comment gagnez-vous votre vie aujourd'hui?

D.B : Je fais partie de ceux qui travaillent le plus. En 2013, j'ai effectué 1200 heures et j'ai touché 1700 euros/mois en moyenne avec les indemnités de Pôle emploi, et 1200 sans ces indemnités. Je gagne bien ma vie mais tout le monde n'a pas cette chance. De plus, nous sommes tous totalement dépendants du marché de la culture et on ne peut rien prévoir à l'avance. Les contrats sont totalement aléatoires et leur nombre diminue avec le temps.

En ce qui concerne les comédiens, les danseurs, les musiciens, il faut ajouter à leurs heures de travail déclarées, les répétitions et tout le travail en amont qui n'est pas comptabilisé. C'est presque du bénévolat.

O.G : En quoi votre emploi est-il si aléatoire, alors qu'au Cratère par exemple, la saison est déterminée un an à l'avance?

D.B : Un spectacle ne se joue pas deux fois de la même façon, en fonction de la configuration du lieu, de la taille de la salle... Les équipes en tournée ne préviennent que quelques jours avant de ce dont elles vont avoir besoin sur place. Il est nécessaire pour l'employeur d'avoir un vivier d'employés à géométrie variable. Si de mon côté, je travaille beaucoup avec le Cratère d'Alès, ils ne m'appellent donc pas pour chaque représentation. D'autant que comme dans de nombreux les secteurs désormais, si l'employeur peut faire l'économie d'un intermittent, il le fera.

O.G : Sous quelles conditions touchez-vous des indemnités ?

D.B : Pour la 1ère demande, il faut effectuer 507h de cachet. A partir de là, le Pôle emploi calcule ce à quoi l'intermittent a droit pour les jours non travaillés de l'année suivante. C'est un système de chômage classique. Plus on travaille, plus le calcul sera élevé. Si on gagne beaucoup l'année suivante, on ne touchera rien.

O.G : Vous avez donc tout intérêt à travailler moins l'année suivante?

D.B : Justement non. Comme le calcul se fait en fonction de l'année précédente, si je ne travaille pas beaucoup la 2e année, je n'aurai pas ou peu d'indemnités la 3e année. Il faut tout prévoir dans un contexte où il est impossible de prévoir. On ne peut lever le pied.

O.G : Les intermittents du Printemps des comédiens ont revoté la grève jusqu'au 23 juin prochain. Pourquoi vous-êtes vous engagé dans ce mouvement?

D.B : L'accord concerne les intérimaires et les intermittents, et notre mouvement défend tous les travailleurs en discontinu. Nous devons être reconnus. Sur 100 contrats de travail en France, entre 80 et 83% sont concernés. Ils sont notamment très nombreux dans l’hôtellerie-restauration. Le problème est là. De notre côté, dans la mesure où, nous, les intermittents, sommes montés en réseau, il est plus facile de monter au créneau et de se battre

O.G : Quelles seront les conséquences de cet accord, s'il est validé par le gouvernement?

D.B : Le problème principal concerne le différé d'indemnisation. Avec cette mesure, on pourra rester plusieurs semaines sans rien toucher de Pôle emploi, jusqu'à 60 jours pour certains. Ceux qui arrivent à la fin de l'année, et donc au renouvellement du calcul pour l'année suivante, pourront même ne rien recevoir des 60 jours dus. Le salaire moyen d'un intermittent est de 708€ par mois. Comment ceux qui sont concernés payeront-ils leur loyer?

O.G : Que préconisez-vous?

D.B : La reprise des négociations. Depuis plus de dix ans, des parlementaires et des professionnels ont établi des propositions précises pour une réforme équitable et durable. De même, l'Assemblée Nationale et le Sénat ont mené en 2013 des auditions sur l'emploi artistique et proposé également des pistes de réforme. Mais tous ces travaux ont été ignorés par les signataires de l'accord du 22 mars que sont le MEDEF, FO, et la CFDT. Il faut s'appuyer sur ce texte pour relancer les discussions.

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Eloïse Levesque

Eloïse Levesque, journaliste diplômée de l'université de droit et de science politique de Montpellier, à Objectif Gard depuis mars 2014

1 commentaire sur “FAIT DU JOUR David Boutry, intermittent à Alès : « Même à temps plein, je pointe à Pôle emploi chaque mois »”

  1. Il est normal que les intermittents du spectacle aient un régime particulier (même si certains en abusent largement…).

    Il est anormal que seuls les salariés et entreprises du privé financent ce régime spécial qui s’apparente à une « subvention ».

    Pourquoi les fonctionnaires et les professions libérales ne participent-ils pas au financement de ce régime alors qu’ils profitent du travail des intermittents en allant aux spectacles ?… Le principe d’égalité est mis à mal !

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