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MARCOULE Ebola : au cœur du labo qui a développé le test de diagnostic rapide

Fabrice Gallais, ingénieur au service Sciences du Vivant du CEA Marcoule (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)
Fabrice Gallais, ingénieur au service Sciences du Vivant du CEA Marcoule (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

C’est ici, à Marcoule, dans les laboratoires du service Sciences du Vivant du CEA qu’a été conçu et développé le test rapide de diagnostic du virus Ebola eZYSCREEN. Plongée dans les coulisses d'une première mondiale.

« Il nous a fallu deux ans de travail pour arriver au réactif, et le test est lui-même en développement depuis la mi-août », explique Fabrice Gallais, ingénieur au CEA Marcoule, qui travaille sur le dossier depuis le début.

Les chercheurs ont « mis les bouchées doubles »

Cela fait donc plus de deux ans que les chercheurs travaillent sur Ebola, bien avant la grande épidémie qui frappe actuellement l’Afrique de l’ouest, alors qu’Ebola était à l’époque très peu connu, en tout cas du grand public. Une antériorité due au programme interministériel NRBC-E (pour nucléaire, radiologique, biologique, chimique et explosif, ndlr), qui vise à lutter contre ces types de menaces « en cas de malveillance », dixit Pierre Chagvardieff, chef du service Sciences du Vivant du CEA Marcoule.

Fabrice Gallais applique la solution sur le test (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)
Fabrice Gallais applique la solution sur le test (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

Une avance qui leur a permis de développer ce test rapide en un temps record, et qui a remis en cause le plan initial : « il ne visait pas du tout une épidémie civile, explique Pierre Chagvardieff. C’est le contexte qui a fait que les outils de biodéfense vont être utilisés pour une épidémie. » Une épidémie qui s’est très fortement développée en Afrique de l’ouest ces derniers mois, et qui a poussé Pierre Chagvardieff et son équipe de six chercheurs à « mettre les bouchées doubles pour mettre le moins de temps possible à réaliser le prototype. »

Deux bandelettes = Ebola

Comment ça marche ? Il suffit de déposer une goutte de sang, de plasma ou d’urine sur le test eZYSCREEN. Des réactifs, à savoir des anticorps monoclonaux produits en laboratoire vont réagir à la présence du virus Ebola, et vont provoquer une coloration d’une ou deux bandelettes. S’il n’y a qu’une bandelette de colorée, le test a fonctionné, mais est négatif, s’il y a les deux, le patient est atteint d’Ebola.

Une fois la solution appliquée, les bandelettes rouges ressortent petit à petit (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)
Une fois la solution appliquée, les bandelettes rouges ressortent petit à petit (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

« Le test est capable de dire si quelqu’un est symptomatique, et donc contagieux », note Fabrice Gallais. Pour l’heure, les chercheurs sont certains de la fiabilité du test, même si sa sensibilité est encore à évaluer sur le terrain : un patient « porteur-sain » du virus Ebola pourra passer entre les mailles du filet, tout en n’étant toutefois pas contagieux.

« Un maillon de la chaîne »

Ce test présente donc un fonctionnement « simple, utilisable sur le terrain, qui ne nécessite pas d’autres actifs et très robuste », vante Pierre Chagvardieff. Un vrai progrès, quand on compare à la méthode de diagnostic actuelle « qui nécessite du matériel coûteux, des réactifs fragiles et du personnel qualifié », explique Fabrice Gallais. Sans compter que, comme le raconte l’ingénieur, « il faut compter une demi-journée pour avoir le résultat. Bien souvent, les personnes se rendent dans le centre de dépistage, et repartent avant d’avoir eu leur résultat. Grâce à notre test, on pourra poser un diagnostic dans le quart d’heure et permettre un pré-tri des personnes positives. »

A gauche, un test positif, à droite, un test négatif (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)
A gauche, un test positif, à droite, un test négatif (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

Un temps précieux qui pourrait bien permettre, via des dépistages plus fréquents et plus rapides de contribuer à limiter la propagation du virus. Au service Sciences du Vivant du CEA Marcoule, peu habitué au feu des projecteurs, on reste modeste : « Nous sommes un maillon de la chaîne. »

Et aussi :

Le « vrai » virus Ebola n’est pas à Marcoule : les labos du services Sciences du Vivant du CEA ne possèdent pas « de virus Ebola en tant que tel. Nous travaillons sur un leurre viral non pathogène sur l’homme, sur lequel on a inclus des protéines du virus », précise Fabrice Gallais. Le « vrai » virus Ebola est seulement au laboratoire de haute sécurité microbiologique de niveau P4 Jean Mérieux à Lyon, géré par l’Inserm. C’est dans ce laboratoire que eZYSCREEN a fait l’objet de tests sur la souche d’Ebola qui sévit actuellement en Afrique de l’ouest. « Il reste désormais un stade de validation clinique sur de vrais échantillons de patients contaminés », explique Fabrice Gallais. Cette validation devrait intervenir fin novembre, et la phase d’industrialisation, avec la société française Vedalab, courant janvier.

Le prix de vente du test eZYSCREEN : il n’a pas encore été fixé il sera, d’après Pierre Chagvardieff, « compris entre 10 et 20 euros, mais ce prix dépend de beaucoup de paramètres. » La Guinée devrait « probablement » être le premier pays à en bénéficier.

Thierry ALLARD

thierry.allard@objectifgard.com

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Thierry Allard

32 ans, féru de politique, de sport et de musique. Jadis entendu en radio, je couvre depuis juin 2014 le Gard rhodanien pour Objectif Gard.

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