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FAIT DU JOUR Histoire d’une régie de l’ORTF des années 50 restaurée à Nîmes

Laurent Rump, créateur du Studio de Parole. (Photo Baptiste Manzinali / Objectif Gard)
Laurent Rump, créateur du Studio de Parole. (Photo Baptiste Manzinali / Objectif Gard)

C'est le projet fou de Laurent Rump. En 2009, ce passionné de son et de bidouillage met la main sur une console à lampe de la RTF datant de 1954 dans un marché aux puces. Six années de recherches et de restauration plus tard, le Studio de Parole reprend vie après un long sommeil.

Régie de l'ORTF restauré par Laurent Rump. (Photo Baptiste Manzinali / Objectif Gard)
Régie de l'ORTF restauré par Laurent Rump. (Photo Baptiste Manzinali / Objectif Gard)

Trois boutons activés suffisent à faire renaître un grain sonore inimitable. Des années de silence n'auront pas modifié d'une octave l'amplitude du son produit par cette console SAF 1518 monophonique à lampes datant de 1954. Sur un petit écran un peu vieilli, l'aiguille bat la mesure comme si le temps ne s'était jamais arrêté. On aurait presque envie d'entendre Michel Polac ou Jacques Chancel. Premier test, Fela Kuti. Magique.

Dans un petit local un peu sombre du quartier Gambetta, aux côtés de la Galerie Chez moi chez toi, Laurent Rump contemple son jouet, tripote deux ou trois potards, fait tourner un magnétophone SACM de 1965 en positionnant minutieusement les bandes magnétiques. Tout un rituel technique qui nécessite un minimum d'apprentissage. Ancien technicien SNCF reconverti en ferronnier-serrurier depuis peu, Laurent a commencé très tôt à mettre ses mains dans des amplificateurs, "pour dépanner des amis musiciens". Puis il découvre un amplificateur Hi-fi à tubes et tombe en admiration face à la qualité sonore. "De là est venue ma passion pour ce type de sonorisation. Ça a été une claque, j'ai eu l'impression de voir une sortie sonore en 3 dimensions. On pouvait replacer les musiciens sur la scène tellement le son était précis."

Laurent Rump, créateur du Studio de Parole. (Photo Baptiste Manzinali / Objectif Gard)
Laurent Rump, créateur du Studio de Parole. (Photo Baptiste Manzinali / Objectif Gard)

Chasse au trésor

Sa première trouvaille remonte à une dizaine d'années, dans un marché aux puces où il fait l'acquisition d'une première tranche d'une console préampli datant des années 50. Frappé par la qualité des matériaux, il démonte la pièce et constate la perfection de sa conception ; "Je n'avais rien vu d'aussi bien construit. Le son était meilleur, chaud, avec du relief et hyper bien défini." Très vite, il comprend la difficulté qui l'attend s'il veut réussir à reconstituer un studio entier. À l'époque, l'ORTF fait fabriquer ses propres pièces elle-même et les détruit une fois qu'elles sont jugées obsolètes, pourtant d'une qualité inégalable. Ces studios d'enregistrement était conçus pour tourner 24h sur 24 pendant 8 ans et garantis à million de manœuvre. "Un demi siècle après, un peu de bricolage et cela fonctionne encore". En 2009, un ami disquaire lui met la puce à l'oreille : un ferrailleur de Caissargues posséderait deux consoles et deux magnétophones entièrement conservés de l'époque de l'ORTF. Il prend contact avec le propriétaire qui lui dévoile son trésor : une SAF 1518 mono de la RTF datant de 1954 ainsi qu'une SAF 1882 stéreo de l'ORTF datant de 1961. Deux magnétophones, des câblages et accessoires, "il y avait presque tout sauf les schémas électriques", rendant impossible la restauration du matériel.

Régie de l'ORTF restauré par Laurent Rump. (Photo Baptiste Manzinali / Objectif Gard)
Régie de l'ORTF restauré par Laurent Rump. (Photo Baptiste Manzinali / Objectif Gard)

Coup de chance

Mais encore une fois, le destin fera bien les choses. Laurent parvient à mettre la main sur les schémas manquant des deux consoles par le biais d'une autre connaissance. Après des décennies, le puzzle est enfin rassemblé entre ses mains. "Dans les années 30, Nîmes était l'une des premières villes équipées d'un émetteur radio. Lorsque la station passe sous l'égide de l'état et de l'ORTF, le matériel a été remplacé par celui-ci." Les locaux auraient été situés au dernier étage de la Chambre des Commerces, avenue de la République. Lorsque l'antenne est fermée, le matériel est récupéré pour différentes animations de la ville, mais finit dans les années 80 chez le ferrailleur de Caissargues. La boucle est bouclée. "Même au musée de Radio France ils n'ont pas tout ça", précise Laurent Rump, qui parvient à redonner vie à cet outil d'une valeur inestimable après des années d'acharnement.

Au Studio de Parole, des premières tentatives sont lancées : enregistrement d'un jazzman et d'une pièce radiophonique de Dominique Balay avec Daniel Martin Borret. D'autres projets pourraient voir le jour après quelques investissements supplémentaires, et pourquoi pas, une nouvelle station de radio nîmoise. Mais il faut donner du temps au temps, les ondes hertziennes peuvent bien patienter quelques années de plus.

Baptiste Manzinali

Plus d'informations sur : http://www.studiodeparole.fr ou la page facebook : https://www.facebook.com/pages/Le-Studio-de-Parole/

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Baptiste Manzinali

Diplômé de l'ESJ, passionné d'actualité en général, musique, football, cinéma, jeux vidéo et civilisations anciennes.

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