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INSOLITE La poule protégée s’invite sur le chantier du TGV et… au tribunal

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Connaissez-vous l’outarde canepetière ? Non… Eh bien il fallait venir mercredi dernier à l’audience du tribunal correctionnel de Nîmes. En près de trois heures de caquetage vous seriez devenu un spécialiste de cette poule protégée. Une espèce si particulière et très menacée en Europe que pour la déloger de son habitation il faut employer les grands moyens. Imaginez un peu, seule une autorisation ministérielle peut permettre au commun des mortels de déplacer cette basse-cour naturelle. Et gare à ceux qui viendraient la brusquer... C’est le cas d’un groupe d’intérêt économique (GIE) en charge de réaliser les monumentaux travaux de la nouvelle ligne TGV entre Nîmes et Montpellier.

Des millions d’investissement sur la nouvelle ligne TGV contrariées par l’outarde

Des ouvriers ont eu la bonne idée de couper l’herbe sur des espaces sensés accueillir la poule aux œufs d’or. Personne ne sait si le désherbage à Beauvoisin, Aubord ou Nîmes, a été délibéré ou pas, mais ce qui est certain c’est que les responsables du fauchage se sont retrouvés en correctionnelle pour « destruction, altération et dégradation d’une espèce animale protégée non domestique » et « perturbation volontaire des espèces animales protégées ». Car, la fameuse outarde a la bonne idée de trouver refuge sur la zone des Costières classée en zone de protection spéciale pour les oiseaux (Natura 2 000).

Et en juin et juillet 2013 et 2014, patatras, les ouvriers ont coupé l’herbe de la poule alors qu’elle est dans une période de nidification. C’est le cas notamment à Nîmes le 19 juin 2013, où 2 500 m2 de terrain sont défrichés. « On reconnaît l’erreur sans souci, d’ailleurs c’est nous, lorsque nous nous en sommes rendus compte qui avons appelé les services de l’Etat concernés », affirme le responsable du GIE.

« Il aurait fallu déposer une autorisation administrative avec une étude d’impact et des mesures conservatoires », glisse un agent d’état spécialiste des oiseaux protégés. Pour ce procès pas moins de deux associations sont venues plaider la cause de l’outarde... « Les travaux ont été effectués pendant la période de nidification, c’est un véritable dommage environnemental, glousse le représentant de France Nature Environnement qui demande 10 000 euros de dommages et intérêts pour chaque association pro-outarde. C’est une espèce protégée qui fait l’objet d’un plan national d’action avec 730 000 euros investis en 2 ans. »

Même si aucune outarde n’a été tuée lors des travaux de la nouvelle ligne TGV, c’est le fait de couper l’herbe qui aurait contrarié la poule !

Pour la vice-procureure Stéphanie Mollard « il s’agit de deux délits constatés sur trois sites. Vous avez été gagnés par la course au temps, c’est un manque de diligence », estime la représentante du Parquet de Nîmes qui demande une sanction de 10 000 euros d’amende en partie avec un sursis contre la structure qui a effectué les travaux.

Le tribunal « pondra » sa décision dans quelques semaines.

Boris De la Cruz

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Boris De la Cruz

Journaliste, je suis passionné par les faits divers, la justice et la politique. Je collabore à Objectif Gard et à des médias nationaux.

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9 réactions sur “INSOLITE La poule protégée s’invite sur le chantier du TGV et… au tribunal”

  1. Le déficit culturel entraîne le n’importe quoi généralisé chez les « aménageurs » de territoires. Cela vaut pour tous les projets en cours , passés et à venir .

    1. Pour arriver à leurs fins les aménageurs ont toutes les audaces, à St Hilaire de Brethmas, afin d’aménager un golf de luxe, c’est une prairie humide avec des milliers d’orchidées rares qui a été saccagée, malgré les plaintes déposée par des associations naturalistes, les responsables n’ont pas été inquiétés. Il ne reste qu’une poignée d’orchidées comptée à ce jour par les spécialistes. La biodiversité n’est pas le 1 er souci des aménageurs, ce qui compte c’est la rentabilité .

  2. Les commentaires ci dessus sont une très belle illustration de « comment taper gratuitement sur les aménageurs sans connaitre le sujet ». Très constructif et sans rapport direct avec l’article.
    La biodiversité n’est en effet pas le 1er soucis des aménageurs mais certains d’entre eux tentent de composer avec le paramètre essentiel qu’est la biodiversité à travers la mise ne œuvre de nombreuses mesures de réduction d’impact et de compensation. Avec presque 2000 ha de mesures compensatoires mises en place pour le dit-oiseau et un budget alloué plus que conséquent, le projet de la LGV n’est probablement pas le moins ambitieux en le matière. Il est normal qu’un tel projet soit surveillé de près mais remettons les faits en perspectives : 2500 m2 ont été défrichés par erreur…A l’échelle d’un projet d’une telle ampleur, je ne qualifierait pas tout à fait ca d’un « n’importe quoi généralisé ». Restons mesurés!

    1. Cette espèce était présente dans toute la France au 19ème, et est sur le point de s’éteindre dans le Centre-Ouest de la France. La seule population réellement viable est située en Languedoc-Provence, les Costières de Nîmes étant un des noyaux les plus importants, bien que relictuel. C’est en plein milieu de ce noyau de population qu’a été tracée la LGV, dont l’impact représente une bande de 1 km de large sur toute sa longueur. Compte tenu de la surface affectée par le projet de CNM le ratio de compensation est le plus faible possible (2/1) et je vous rappelle que cette pseudo-protection n’offre des garanties, au mieux, que pour 30 ans, ce qui relativise fortement la notion de « compensation ». Une telle surface de compensation, censée être utilisée en « dernier recours », montre la faible priorité donnée à l’évitement dans ce projet et son impact considérable. Par ailleurs, l’attitude d’OCVIA dans cette affaire laisse planer le doute sur la tenue de ses engagements. Pour FNE il est absolument prioritaire de sauvegarder ce qui existe et il n’est pas acceptable qu’un tel projet s’autorise des dégâts collatéraux supplémentaires, en dehors des autorisations qui définissent précisément le périmètre des zones destructibles. Il est encore plus inacceptable que de telles destructions de sites de nidification aient lieu en pleine période de reproduction. Cette attitude est décourageante pour nos associations qui investissent beaucoup d’énergie, d’argent, et un temps bénévole considérable pour que continue à exister cette espèce remarquable. Concernant l’urgence de cesser de prendre la nature comme une variable d’ajustement du développement je vous renvoie au Living Planet Index qui montre que les abondances moyennes de la faune vertébrée, toutes espèces confondues, ont diminué de plus de 50% en 40 ans. Le Languedoc-Roussillon n’est pas épargné par cet effondrement de la biodiversité, et il est permis à la société civile de s’interroger sur ce qu’il restera dans 40 ans. Nous n’attendons pas des aménageurs comme OCVIA, ou des gens qu’ils payent pour les défendre, qu’ils aient ce niveau de conscience et par conséquent, nous sommes là pour leur rappeler qu’ils doivent respecter la loi. Enfin concernant l’attitude de bon nombre d’aménageurs je vous invite à consulter les sites de nos associations membres et vous constaterez que les petits arrangements avec le code de l’environnement sont monnaie courante. Cdt

  3. Monsieur de la Cruz,
    vous dites être passionné de fait divers, de justice et de politique…
    Alors rendez un peu justice à la préservation de la biodiversité.
    L’outarde canepetière n’est pas juste une poule de basse-cour comme vous le laissez entendre mais une espèce rare, et donc protégée sur notre territoire français. Voilà qu’un grand projet de lGV traverse son habitat, pourtant reconnu d’intérêt . Ceci entraine des études, des autorisations etc pour s’assurer de la

  4. prise en compte de cette espèce protégée. Malgré l’intérêt de la zone reconnu au niveau européen (natura 2000), une autorisation est accordée pour la destruction de son habitat. Et vous vous étonnez que des associations s’insurgent que ces autorisations spéciales ne soient pas respectés? Certes, aucun individu ne sera directement tué mais s’ils ne peuvent plus se reproduire, quel avenir pour cette espèce? Le jour où notre territoire français ne sera plus qu’autoroute, LGV, parking, où irez vous vous promenez par un beau dimanche après-midi? Que verrez vous dans la nature bétonnée? Avec un peu de chance tous les magasins seront ouverts, vous pourrez alors continuer à consommer puisque là semble être le paradis promis.
    La plupart des associations de protection de la nature se battent pour que la loi soit respectée, rien de plus. Alors au nom de vos intérêts juridico-politiques, ne vous en tenez pas juste au fait divers sans en cerner un peu mieux l’essence même de ces combats.

  5. Bonjour.
    Cet article est très moqueur envers la défense de la biodiversité et limite odieux. Tout le monde n’est pas expert en écologie soit, mais cela ne dispense pas de se renseigner un minimum avant d’écrire un article et surtout de respecter un minimum les gens qui défendent notre patrimoine naturel… Le manque de culture scientifique n’excuse pas la bêtise quand elle pousse à se montrer aussi méprisant. Heureusement que des associations défendent l’environnement, c’est utile pour toute la société, plus en tout cas que le pseudo-journalisme ras des pâquerettes.

  6. Je m’étonnais de voir cet article cité à tant de reprise dans « le pire du journalisme » sur Facebook, mais après lecture il y a en effet de quoi en rire ou en pleurer. Essayer de faire croire au lecteur que l’outarde est une poule dont on a coupé l’herbe témoigne d’une incompétence sidérante de la part du journaliste quant à la thématique abordée.

  7. Pour le Centre Ornithologique du Gard, Philippe Bessède :

    A la lecture du pitoyable petit article publié par Objectif Gard, intitulé : « La poule protégée s’invite sur le chantier du TGV… et au tribunal », nous avons décidé de réagir.
    Gageons que l’auteur de l’article, ce béotien des sciences naturelles, n’obtiendra jamais le prix Albert Londres, c’est déjà étonnant qu’on ait délivré une carte de presse à un propagandiste de cet acabit. Non, tout juste obtiendra t il une toupie de béton, pour artificialiser un petit coin de nature, avec les compliments de Martin Bouygue.
    Notons tout d’abord que le meilleur endroit pour faire connaissance avec l’Outarde canepetière n’est pas une salle d’audience. Il suffit de se lever tôt par une belle journée sans vent des mois de mai ou juin. Tôt, c’est à dire avant l’aube, pour être à pied d’œuvre quand pointe l’aurore. A l’heure où les derniers œdicnèmes criards se taisent, à l’heure du chorus des passereaux quand l’humidité de la nuit se condense en fins bancs de brouillard au dessus des champs. Alors retentit le « prrret » des mâles chanteurs d’Outarde qui leur a valu leur nom de « canepetière ». Ce chant qui s’est tu dans les plaines de Beauce et de Champagne où l’agriculture intensive ne laisse pas une friche, pas une jachère où loger la nichée, pas un criquet ou une sauterelle pour alimenter les poussins. Pour se nourrir, l’homme sème la mort.
    Où, demanderez vous, peut on assister à un spectacle aussi extraordinaire? A peu près n’importe où, et quasi exclusivement en Costières et Vistrenque, entre Meynes et Aimargues. Mais dépêchez vous, les aménageurs de tout poil s’activent, efficacement secondés par les élus locaux, pour que le rideau tombe définitivement.
    Allez voir ce spectacle, gratuit, près de chez vous, il vous convaincra du ridicule des tentatives de l’auteur de cet article pour dévaloriser cette espèce magnifique en la qualifiant de « poule ».
    Quant à la petite rhétorique néo libérale : « les entrepreneurs sont accablés de normes et de réglementations, il faut demander une autorisation ministérielle pour couper de l’herbe… », il est bon de rappeler que dans une société humaine, la fonction économique, qui a pour but de satisfaire de façon équitable les besoins des individus qui la composent et non pas réaliser des bénéfices exorbitants au profit d’une infime oligarchie, n’est qu’une des 5 fonctions essentielles à son bon fonctionnement. Les quatre autres étant, la reproduction (au sens biologique), la fonction culturelle (transmission des codes et connaissances), la fonction politique (qui fixe le cap, « hé ho la gauche, y a t-il encore quelqu’un qui sache dans quelle direction on va? » Pas vers la gauche en tout cas. Macron dit bien « en marche ». Mais en avant ou en arrière ?) et la fonction éthique (qui détermine les valeurs que partagent les membres de la société).
    Il y a bien longtemps, à une époque où on faisait encore un peu de politique, où on se préoccupait encore un peu d’éthique, les élus de la République Française ont promulgué une loi. C’était le 10 juillet 1976. Demandez à Alain Juppé, il s’en souvient, il faisait déjà de la politique en ce temps là. Elle s’appelle « loi relative à la protection de la nature ». Elle a jeté les bases de la protection de la nature en France (liste d’espèces protégées, études d’impact pour les projets d’aménagement…). Elle a été consolidée par deux directives européennes, l’une dite « oiseaux » 1979, l’autre dite « habitats » 1992, qui fixent des listes d’espèces et d’habitats d’intérêt communautaire qui doivent être protégés par le réseau Natura 2000 entre autre.
    Ces lois et ces réglementations qui « accablent » les entrepreneurs d’aujourd’hui, sont le fruit des valeurs qui ont émergé dans la société des années 1970, quand on a commencé à prendre conscience des conséquences néfastes de ce que l’on considérait jusque là comme « le Progrès » (pesticides, pollution atmosphérique, destruction d’espaces naturels par des aménagements…). Vous conviendrez
    qu’elles n’ont guère entravé la fureur dévastatrice des aménageurs. On a quand même construit pas mal d’autoroutes, de lignes à grande vitesse, de Zones d’Activité, de lotissements et bâti quelques fortunes sur le saccage de la planète, malgré elles.
    Évidemment, aujourd’hui, dans notre société « pragmatique », l’économie a bouffé les quatre autres fonctions, elle occupe une place prépondérante et a acquis un pouvoir aussi démesuré qu’illégitime. Donc, que les valeurs partagées par la majorité de la société, «de doux rêveurs, des hippies » bêlent les sycophantes néo libéraux, aient pu être inscrites dans des lois par des hommes politiques et des technocrates, « des irresponsables totalement déconnectés des réalités du terrain » rugissent les thuriféraires de la libre entreprise, paraît totalement déraisonnable.
    Rappelons, que même Adam Smith, un économiste du XVIII siècle, qu’on présente aujourd’hui avec une mauvaise foi certaine et dans un but de propagande, comme le prophète du libéralisme économique, reconnaissait qu’il faut un État fort pour réguler les échanges et les relations économiques car les entrepreneurs ont un penchant naturel à entuber le public et ne sont pas très vertueux en matière sociale, sanitaire et environnementale. Bon ils ne le disait pas en ces termes, nous paraphrasons quelque peu, pour le fun, mais nous ne trahissons pas sa pensée.
    Pour résoudre, un certains nombres de problèmes ne pourrions nous pas refaire un peu d’éthique. On pourrait se demander : est ce que la nature doit être protégée ? Pourquoi ? Pour sa beauté, son utilité ? Nous parions que vous n’êtes pas convaincu que la nature est utile. Figurez vous, que depuis pas très longtemps, des biologistes étudient la nature. Ils ont produit quantité de thèses, de livres que presque personne n’a lu à part eux. Et de façon assez unanime, ils arrivent à la conclusion que des écosystèmes riches et diversifiés sont indispensables à la survie et au bien être de l’humanité. Ah, vous voyez que ça vous intéresse la survie et le bien être de l’humanité. Vous vous sentez concerné. Vous êtes donc d’accord, il faut protéger la nature. Quelles autres valeurs partageons nous encore de nos jours « Liberté, Égalité, Fraternité » comme les Lumières ou « Cupidité, Matérialisme, Égoïsme » comme les décideurs contemporains?
    Maintenant faisons un peu de politique, de la vrai politique, sur du long terme avec volonté et courage. Pas, un jour je lance le Grenelle de l’environnement et le lendemain je déclare : « l’environnement, ça commence à bien faire ». Mettons en œuvre des politiques de protection de la nature pour assurer la survie et le bien être des générations futures. Pour ça il faudrait remplacer nos petits politicards par des Hommes d’État. Est ce que quelqu’un sait où on trouve des Hommes d’État ?… Même d’occasion… Nous sommes même prêts à accepter des Femmes d’État, elles sont l’avenir de l’homme dit le poète… Nous allons regarder sur le bon coin, il paraît qu’on y trouve de tout, et nous vous tiendrons au courant.
    Que dire de l’adjectif « monumental » pour qualifier le chantier de la LGV ? Un petit coup de brosse à reluire de l’auteur de l’article, il y trouve certainement son intérêt. C’est vrai qu’il est beau ce remblai de 10 m de haut sur 60 km de long. Non ? Vous pensez que « dévastateur, catastrophique, calamiteux » serait plus adapté ? Nous reconnaissons bien là votre mauvais esprit gardois.
    Au premier siècle, les romains construisirent le Pont du Gard, chantier que l’on peut qualifier de monumental sans hésitation. Deux mille ans plus tard cet Ouvrage d’Arts est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Que restera-t-il des produits périssables, vulgaires et laids, bâclés au moindre coût et dans la précipitation, de notre civilisation? Certainement pas de quoi définir un périmètre de classement.

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