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FAIT DU JOUR Nîmes, les protestants 500 ans après Luther

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Jean-Christophe Muller, Pasteur de Nîmes dirige la Maison du protestantisme. Bernard Cavalier préside le Conseil presbytéral. Photo. V.P

Cette année, la Réforme fête ses 500 ans. L'occasion d'une rencontre et d'une discussion à bâtons rompus pour établir une "photographie" du protestantisme nîmois avec Jean-Christophe Muller, pasteur de Nîmes, qui dirige la Maison du protestantisme et Bernard cavalier président du conseil presbytéral.

Sans l'évocation du passé il n'est pas aisé de comprendre le protestantisme aujourd'hui. Selon une chronologie établie par M. Guy Combes qui affirme en préambule : "Sans l'évocation du passé, le protestantisme du XXIe siècle peut difficilement se comprendre. Et d'appuyer, un passé qui reste présent dans les habitudes et pratiques qui imprègnent la vie quotidienne des communautés locales. Celles-ci n'y prêtent plus attention, les considérant comme "allant de soi" et faisant partie du caractère  protestant au risque d'être parfois mal comprises par les non protestants." Dont acte.

1562,  le monopole des pouvoirs sur la ville

Le 23 mars 1561, appliquant les instructions de Calvin, Guillaume Mauger, pasteur venu de Genève  installe "L'Église Chrétienne de Nîmes". En 1532 déjà, un moine augustin du même ordre religieux que le réformateur allemand Martin Luther, dont l'histoire a oublié le nom, prêchait les idées nouvelles. Commencèrent les premières persécutions. Les bûchers s'allument sans pour autant dissuader les assemblées de se réunir. Avec le pasteur Mauger, la vie religieuse s'organise et entraîne des foules vers les idées nouvelles. Non seulement la ville de Nîmes mais aussi tout le bas pays environnant passe à la Réforme. Les autorités catholiques réagissent. En septembre 1562, les troupes du Gouverneur de Provence venus remettre la population nîmoise dans le droit chemin sont brutalement rejetées dans le Rhône. Cette victoire décisive sera suivie par le tristement célèbre jour de la Saint Michel connu sous le nom de "Michelade". Une centaine de notables catholiques et d'ecclésiastiques sont massacrés, assurant ainsi  aux protestants le monopole des pouvoirs sur la ville.

Un siècle de persécution

En 1598, l'Édit de Nantes, accorde la liberté de conscience aux réformés. Vingt ans de coexistence pacifique permettent à la ville de développer son industrie lainière et d'assurer une reconversion vers celle de la soie. Puis arrivent une nouvelle suite de guerre civiles. Les édits d'interdiction se multiplient, les charges publiques (consuls), certaines professions (médecins, sage femme, pédagogues et métiers, libraires, imprimeurs) sont interdits aux protestants. Enfin l'Edit de Fontainebleau en 1685, révoque l'Édit de Nantes. Tous les temples protestants de la ville sont détruits à une ou deux exceptions près. Par la suite, il  ne restera aucune trace du patrimoine religieux protestant du XVIème au XVIIIème siècle.

Par exemple à Nîmes, au numéro 30 de la rue de la Madeleine se trouve l'unique vestige du Grand Temple de la Calade. De cet édifice qui pouvait contenir 4 à 5 000 personnes, il ne reste plus qu'une des portes latérales. Le protestantisme n'a plus d'existence légale.

Protestantisme et laïcité

Pendant plus d'un siècle, les protestants vivent dans la clandestinité. La déclaration des droits de l'homme en août 1789 apporte enfin la liberté religieuse. Le fils du pasteur Paul Rabaut participe activement à sa rédaction. Les protestants de Nîmes se dotent alors d'un cimetière où ils pourront ensevelir leurs morts.  Enfin en 1802, les articles organiques du Concordat leur accorderont deux églises : celle des Ursulines devenue le Petit-Temple et celle des Cordeliers aujourd'hui le Grand Temple, en compensation des temples détruits à la révocation. Aujourd'hui on dénombre six temples à Nîmes.

Protester, une posture qui évolue

 "Protester était devenu une posture, ce qui est un danger"  explique le pasteur Jean-Christophe Muller. "Longtemps, nous cherchions toujours une façon "protestante" de dire les choses. Aujourd'hui nous évoluons vers une dialectique plus positive, notamment dans notre dialogue avec l'Église catholique." Aujourd'hui, cet anniversaire est l'occasion d'un rapprochement. À Nîmes nous avons décidé de consacrer une semaine entière à une lecture commune de la Bible : ce qui nous rapproche, ce qui nous sépare …  Pour mieux illustrer le propos Bernard Cavalier ajoute : Mon grand-père dirait qu'il faut me brûler, s'il m'entendait parler aujourd'hui. Mais le religieux ne s'exprime que dans la géopolitique, l'histoire s'écrit toujours. On doit continuer à évoluer à réfléchir. 

Aujourd'hui l'Église protestante Unie de Nîmes regroupe les grands courants Luthériens réformés. "Le protestantisme comporte une grande diversité d’Églises, églises réformées, anglicanes, Luthériennes, évangéliques, pentecôtistes… Le propos n'est pas d'entrer dans le détail de ce qui réunit ou sépare ces différents courants. Mais de noter leur diversité. et le fait qu'elle puisse être regroupée sous un même toit."

Des protestants culturels

Comme pour le catholicisme, le protestantisme connaît une crise de foi récente. "Nous perdons des fidèles dans notre courant d'idée, constate le pasteur Muller, d'autres branches du protestantisme font de nouveaux adeptes mais cela ne compense pas les pertes même si la tendance à la hausse est tout de même notable." Idem pour les pasteurs. "Avant nous avions beaucoup de candidats et la trésorerie manquait pour les recruter tous. Depuis deux ans, précise Jean-Christophe Muller, la tendance s'inverse, nous aurions l'argent nécessaire mais nous peinons à trouver des candidats satisfaisants. N'est pas pasteur qui veut, il faut remplir un certain nombre de critères. la difficulté est là. C'est peut-être conjoncturel…"  À Nîmes, il est difficile de donner un chiffre précis du nombre exact de protestants. Tous ne fréquentent pas le temple. "Beaucoup ont décroché mais demeurent culturellement protestants. Nous avons nombre d'amis du protestantisme qui se joignent bénévolement à nous pour nous aider dans nos diverses actions."

Financée uniquement grâce aux dons

Difficile de faire le compte donc. Et puisque nous en sommes aux comptes justement la question du fonctionnement se pose. C'est simple, l'Église protestante ne vit que de dons, aucune subvention de l'État. Mais un patrimoine qui lui appartient entièrement. Revers de la médaille, l'entretien et la rénovation sont aussi entièrement à la charge de l'église. Les dons remontent de la base et sont redistribués vers le haut. Ils proviennent de fidèles mais aussi des nombreuses manifestations organisées tout au long de l'année, kermesses, foire aux livres…  Tendance à la baisse ou pas, Bernard Cavalier ne peut s'empêcher de noter "On ne peut pas nier, l'influence  du courant protestant sur la vie de la cité. Aujourd’hui encore il y a une sur-représentation politiques des protestants Nîmois. Peut-être  parce que le protestantisme est une parole d'engagement" précise Jean-Christophe Muller.

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La maison du protestantisme

Au 3, rue Claude Brousson se trouve la maison du protestantisme. Un bâtiment chargé d'une histoire qui débute au XVIème siècle alors qu'il est la "maison d'école", d'un grand couvent pour les Ursulines. Là, étaient enfermés de force par les autorités royales, les jeunes filles réformées prises dans les assemblées ou arrachées à leurs famille afin qu'elles reçoivent une éducation catholiques pour finir très souvent mariées à des hommes fortunés et souvent âgés.  En 1792, la Chapelle sera vendue comme bien national à Alexandre-Vincent Valz (juge au tribunal civil), qui la prête au au Consistoire en février 1793. En 1831, sa fille, Élisabeth donne la Chapelle au Consistoire et achète la maison d'école pour en faire un presbytère qu'elle donne également au Consistoire. La Maison presbytérale devient la maison du protestantisme inaugurée en 1995. Depuis lors, elle accueille dans ses locaux, les membres de la communauté protestante de Nîmes mais aussi, se voulant ouverte sur la cité, des associations d'autres communautés pour des réunions, des colloques des conférences, des séminaires. Des événements de la vie civile comme les journées du patrimoine, la Fête de la musique … se déroulent aussi entre ses murs.

 

Cette année anniversaire donnera lieu à nombre de manifestations. Nous ne manquerons pas de vous en tenir informés.

 

Pour tout savoir ou pour répondre à vos questions :

www.eglise-protestante-unie-nimes.COM

Maison du protestantisme Tél. : 04 66 67 37 14

 

Véronique Palomar

Après une longue carrière au service de l'information dans l'hémisphère sud, me voilà de retour dans l'hexagone. Heureuse de mettre, plume, regard neuf et expérience au service d'un journal indépendant et de continuer à informer.

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