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HOMME DE LETTRES GARDOIS Daudet, entre ombre et lumière…

Homme de Lettres passé à la postérité malgré une réputation ternie
Homme de Lettres passé à la postérité malgré une réputation ternie (Photo D.R)

Tout l’été, Objectif Gard propose de vous attarder sur les destins de quelques éminents hommes de lettres Gardois. Comment  ne pas évoquer Alphonse Daudet dont les écrits sont dans toutes les mémoires? Il raconte les vieux, les cigales, Alès, s'apprend à l'école et finit par devenir l'un des conteurs emblématiques de la Provence. Et pourtant, sa réputation souffre de quelques tâches…

Petite enfance aisée et gardoise

Fils d'un courtier en soierie, issu d'une famille aisée, Alphonse Daudet, est le benjamin de trois garçons. Il naît à Nîmes le 13 mai 1840. Le jeune Alphonse passe la majeure partie de son enfance à Bezouce. Après avoir suivi les cours de l'institution Canivet à Nimes,  il ira au collège à Lyon où sa famille déménage en 1849 lorsque son père doit fermer sa fabrique. La ruine de son père l'oblige à renoncer à passer son baccalauréat. Il devient maître d'étude au collège d'Alès. Cette expérience pénible lui inspire son premier roman, Le Petit Chose (1868), dans lequel se trouvent mêlés des faits réels et inventés, comme la mort de son frère.

Vie parisienne, journalisme et syphilis

Alphonse Daudet, ne se sent pas de vocation d'enseignant, il veut faire une carrière littéraire. Il rejoint son frère Ernest à Paris en novembre 1857.  Désargenté, il mène une joyeuse vie de bohème mais, à son entrée dans quelques salons littéraires et mondains, la fréquentation d'une des dames de l'entourage de l'Impératrice Eugénie lui vaut de contracter une affection syphilitique extrêmement grave, avec des complications dont il souffrira toute sa vie. Il collabore dans différents journaux, (notamment Paris-JournalL'Universel et Le Figaro). En 1858, il publie un recueil de vers, Les Amoureuses et entame une liaison avec Marie Rieu, une jeune modèle aux mœurs faciles qui devient sa maîtresse officielle et qui lui inspirera le personnage du roman Sapho.

Retour au Sud

Il rencontre l'année suivante l'écrivain Frédéric Mistral avec qui il noue une amitié de près de 40 ans à l'origine d'une correspondance nourrie mais ternie lorsque Daudet publie L'Arlésienne en 1869 et le roman Numa Roumestan en 1881, caricature du tempérament méridional qui ne sont pas au goût de Mistral. En 1860, il est engagé comme secrétaire du duc de Morny (1811-1865) demi-frère de Napoléon III et président du Corps Législatif. C'est à cette époque qu'il écrit des contes, des chroniques. Ressentant les premiers symptômes de la syphilis, son médecin lui conseille de partir pour un climat plus propice. Il multiplie alors les escapades vers le sud : l'Algérie, la Corse, la Provence. Le duc meurt subitement en 1865 : cet événement est le tournant décisif de la carrière d'Alphonse.

Écrivain enfin

Après cet événement, Alphonse Daudet se consacre à l'écriture, non seulement comme chroniqueur au journal Le Figaro mais aussi comme romancier.Son premier succès il le connaît en 1862-1865, avec la Dernière Idole, pièce montée à l'Odéon et écrite en collaboration avec Ernest Manuel - pseudonyme d'Ernest Lépine. Après avoir voyagé en Provence, Daudet, en collaboration avec Paul Arène décrit comme son nègre, débute l'écriture des premiers textes qui feront partie des Lettres de mon moulin. Il obtient, par le directeur du journal L'Événement, l'autorisation de les publier comme feuilleton pendant tout l'été de l'année 1866, sous le titre de Chroniques provençales.

 Notoriété

Dans ce fameux moulin, le célèbre écrivain ne vécu jamais …
Dans ce fameux moulin, le célèbre écrivain ne vécu jamais …

Certains des récits des Lettres de mon moulin sont restés parmi les histoires les plus populaires de notre littérature, comme La Chèvre de monsieur SeguinLes Trois Messes basses ou L'Élixir du Révérend Père Gaucher. Le premier vrai roman d'Alphonse Daudet, Le Petit Chose, est écrit en 1868. C'est en 1874 que Daudet décide d'écrire des romans de mœurs comme : Fromont jeune et Risler aîné mais aussi Jack (1876), Le Nabab (1877) — dont François Bravay est le « modèle » —, Les Rois en exil (1879), Numa Roumestan (1881) ou L'Immortel (1888). Consacrant l'essentiel de son œuvre au roman et au théâtre (il est l'auteur de dix-sept pièces), il ne délaisse pas pour autant son travail de conteur : en 1872, il publie Aventures prodigieuses de Tartarin de Tarascon, dont le personnage est devenu mythique. Contes du lundi (1873), un recueil de contes sur la guerre franco-allemande de 1870, témoignent aussi de son goût pour ce genre et pour les récits merveilleux.

 

Rattrapé par la maladie

Daudet subit les premières atteintes d'une maladie incurable de la moelle épinière, le tabes dorsalis, une complication neurologique de la syphilis. Il continue cependant de publier jusqu'en 1895. Il décède le 16 décembre 1897 au 41 rue de l'Université à Paris, à l'âge de 57 ans. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise à Paris.

Une renommée ternie

Alphonse Daudet, archétype de l'écrivain provençal, a passé moins d'un an de sa vie à Fontvieille et n'a jamais habité le moulin que visitent les touristes. De plus bien des textes popularisés par Daudet ont été écrits en collaboration avec d'autres auteurs, notamment Paul Arène, Léon Allard, Blanchot de Brenas et Julia Daudet son épouse.

Mais il y a plus grave, L'antisémitisme d'Alphonse Daudet transparaît dans le portrait qu'il dresse d'un de ses personnages, l'usurier Augustus Cahn dans Salvette et Bernadou, conte de Noël (1873) : « Que diable le vieil usurier compte-t-il faire de tout cela ? Est-ce qu'il fêterait Noël, lui aussi ? Aurait-il réuni ses amis, sa famille, pour boire à la patrie allemande ?... Mais non. Tout le monde sait bien que le vieux Cahn n'a pas de patrie. Son Vaterland à lui, c'est son coffre-fort. Il n'a pas de famille non plus, pas d'amis ; rien que des créanciers. Ses fils, ses associés plutôt, sont partis depuis trois mois avec l'armée. Ils trafiquent là-bas derrière les fourgons de la Landwehr, vendant de l'eau-de-vie, achetant des pendules, et, les soirs de bataille, s'en allant retourner les poches des morts, éventrer les sacs tombés aux fossés des routes. » Il importe, bien sûr, de resituer ce texte dans un contexte général peu favorable aux Juifs de France.

En 1886, il prête de l'argent à Édouard Drumont, futur fondateur de la Ligue antisémitique de France, pour permettre à ce dernier de publier à son compte un violent pamphlet : La France juive. Il décède en pleine affaire Dreyfus, en ayant eu le temps d'afficher des convictions anti-dreyfusardes malgré sa proximité avec Émile Zola. Celui-ci prononcera néanmoins son oraison funèbre au cimetière du Père Lachaise.

Julia Daudet, une femme de lettre dans l'ombre d'Alphonse

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Julia Daudet par Pierre-Auguste Renoir

Julia Allard est la fille de petits industriels du Marais qui aimaient la littérature et cultivaient la poésie. Toute jeune, elle publie un recueil de poèmes, sous le nom de plume Marguerite Tournay. Le 29 janvier 1867 elle épouse Alphonse Daudet qui dira « Pas une page, qu'elle n'ait revue ou retouchée ». Le couple reçoit des amis écrivains. Julia reçoit aussi à Paris, lors de ses célèbres jeudis, écrivains et poètes comme Edmond de Goncourt, Hélène Vacaresco, Maurice Barrès, Émile Zola, Édouard Drumont, Rosemonde Gérard-Rostand, Guy de Maupassant, Ernest Renan, Arthur Meyer, Léon Gambetta, Rachilde….

Julia et Proust

Elle collabore à diverses revues, et au Journal officiel comme critique littéraire sous le pseudonyme de Karl Steen ainsi qu'à des œuvres caritatives. Membre du jury Fémina, Julia après la mort d'Alphonse en 1897retourne à Champrosay où a vécu le couple. En 1913, par l'intermédiaire de son fils Lucien Daudet, qui est un grand ami de Marcel Proust, elle est une des premières lectrices du manuscrit de À la recherche du temps perdu. Elle est immédiatement subjuguée par le texte et encourage l'auteur à persévérer, Marcel Proust doutant réellement de son talent d'écrivain (le roman vient d'être refusé par tous les éditeurs). En 1922 elle est chevalier de la Légion d'honneur et meurt à l'âge de 95 ans.

 

Etiquette

Véronique Palomar

Après une longue carrière au service de l'information dans l'hémisphère sud, me voilà de retour dans l'hexagone. Heureuse de mettre, plume, regard neuf et expérience au service d'un journal indépendant et de continuer à informer.

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