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GARD Prostitution : aider sans juger, le credo d’ARAP Rubis

Sortir de la prostitution : un nouveau dispositif à venir dans le département.

Photo d'illustration Droits Réservés.

ARAP Rubis est une association de bienfaisance, loi 1901, d'action de santé communautaire en milieu prostitutionnel sur le département du Gard et l'ancienne région Languedoc-Roussillon. Financée par l'État et l'Europe, elle travaille entre autres en partenariat avec la préfecture du Gard. Une journée d'échanges et d'information en direction de ses partenaires et du public a permis de faire un point sur les actions entreprises et la situation sur le terrain. 

Traite et trafic alimentent la prostitution

Mais avant d'aborder les moyens, il est important de faire un point de la situation. On apprend que le profil des prostituées a changé depuis quelques années. Avant la loi sur l'immigration et la fermeture des frontières, on trouvait 70 % environ de prostituées d'origine française. Aujourd'hui la tendance s'inverse avec 77% des prostituées en provenance d'Afrique, d'Europe de l'Est et d'Amérique latine.

Certaines utilisent les réseaux de trafiquants pour entrer dans le pays, tandis que d'autres sont victimes de la traite d'être humains. Ces dernières sont enlevées par des réseaux mafieux, vendues par leur famille ou travaillent sous la pression de chantages divers. La traite d'être humain est un délit de droit pénal mais les réseaux sont des hydres extrêmement diffuses et quasiment impossibles à démanteler.

Le trafic pose un autre type de problème, les prostituées qui arrivent sur le département sont sans papiers, il peut arriver que lorsqu'elles les obtiennent, elles deviennent des têtes de pont du réseau. La tâche est donc malaisée sachant que pour aider et accompagner ces femmes, après l'apprentissage de la langue, la première démarche est la régularisation de laquelle tout dépend. Et là nous parlons majoritairement de prostitution dans la rue, c'est à dire de personnes que l'on peut rencontrer même si la loi sur la verbalisation des clients les oblige à plus de discrétion pour protéger leur fonds de commerce.

Le Net, facteur aggravant

Sur Internet, le contact est encore plus difficile à établir. L'association multiplie les annonces et les prises de contact. Des démarches qui sont parfois payantes. Ils en ressort que les jeunes filles passent directement sur des sites de discussion en direct. C'est-à-dire, sans adresse ni profil. "L'une d'entre elles m'a montré en cinq minutes. Elle avait une centaine de clients potentiels", explique Frank Martin, chargé de mission à l'association. "On estime que sur Internet, on trouve une population à 50% européenne quand le reste est étrangère", poursuit-il. Il faut savoir aussi que le Net renferme des réseaux de prostitutions organisés comme dans la rue et que pour les femmes cela n'est pas une garantie de sécurité bien au contraire.

Des moyens d'action mais pas de solutions radicales

Malgré toutes ces difficultés, l'association a pu établir l'an dernier 382 contacts dans la rue et 426 sur le Net. "Chaque année, nous sortons environ 100 femmes de la prostitution", affirment les représentants de l'association, "mais chaque année, il en revient 100 autres." Cet accompagnement est un travail compliqué et de longue haleine, car il faut vaincre des blocages, la honte, la culpabilité et surtout la peur…  L'ARAP RUBIS doit établir des rapports de confiance et cela prend du temps malgré un certain nombre de moyens mis à sa disposition comme l'exfiltration des femmes en lieu sûrs dans d'autres villes. Quel que soit le parti que l'on prend, il ne semble pas y avoir de solution radicale. Les maisons closes dont tout le mode parle existe dans d'autres pays et ne sont pas garantes de conditions de vie acceptables bien au contraire. Alors il reste l'aide au cas par cas, la confiance. Bref, la manifestation dans un état de droit d'une humanité fondamentale.

Un parcours de sortie de la prostitution mis en place

Depuis une loi du 13 avril 2016, un agrément est délivré par l'État, pour une durée de trois ans, aux associations ayant pour activité de proposer une aide et un accompagnement aux personnes en situation de prostitution. L'ARAP RUBIS en est titulaire et monte actuellement trois dossiers de personnes prostituées qui vont intégrer un parcours de sortie de cette activité. Pour faire partie du processus, une commission départementale, présidée par le Préfet, se réunit une fois par an.

À Nîmes, la première devrait probablement avoir lieu le mois prochain. L'objectif n'est pas quantitatif mais qualitatif. La personne qui se prostitue dispose de deux ans pour se réinsérer dans la société via une formation qualifiée ou un emploi pérenne. Il s'agit d'un projet qui veut s'inscrire sur le long terme et apporter un futur meilleur pour celles et ceux qui veulent s'en sortir.

Le parcours de sortie ouvre droit à une autorisation provisoire de séjour d'une durée minimum de six mois ainsi qu'à une aide financière à l'insertion sociale et professionnelle, appelée AFIS, fixée à 360 euros pour une personne seule. Le montant augmente en fonction du nombre d'enfants à charge. Une personne ne peut bénéficier qu'une seule fois du parcours de sortie. C'est pourquoi ARAP RUBIS réalise un travail en amont pour accompagner ceux qui veulent véritablement s'en sortir et qui ont certaines facultés. Par exemple, l'apprentissage du français, indispensable pour s'intégrer par la suite. Durant ces 24 mois, la personne concernée va devoir attester sur l'honneur l'arrêt de la prostitution.

L'association réalise un travail de suivi chaque semaine pour faire un point précis. Le parcours de sortie propose une priorité au niveau des services d'hébergement, d'accès au droit et concernant l'emploi. Différents partenaires, dont certains font partie de la commission, sont mis en réseau pour s'engager à aider les personnes prostituées prises en charge. L'association nîmoise dispose également d'un camping-car et sillonne les routes du Gard pour venir échanger et proposer ses services aux personnes prostituées.

Véronique Palomar et Corentin Corger

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Véronique Palomar

Après une longue carrière au service de l'information dans l'hémisphère sud, me voilà de retour dans l'hexagone. Heureuse de mettre, plume, regard neuf et expérience au service d'un journal indépendant et de continuer à informer.

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