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FAIT DU JOUR Magali Saumade : « il faut sortir de l’agri-bashing »

Vice-présidente de la Chambre d’agriculture du Gard depuis six ans, l’éleveuse Magali Saumade conduit la liste d’union qui a largement remporté l’élection départementale mercredi soir, et sera élue présidente le 22 février.

Magali Saumade (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

Première femme à la tête de la Chambre d’agriculture du Gard, elle compte poursuivre sur les grands dossiers à enjeu pour les professions de l’agriculture. Et ils sont nombreux. Interview.

Objectif Gard : la liste que vous conduisez est arrivée en tête lors des élections de mercredi. Il s’agit d’une liste d’union FDSEA, Jeunes Agriculteurs, coopération et Vignerons indépendants. Un signe que vous êtes tous dans le même bateau ?

Magali Saumade : oui c’est sûr, mais historiquement nous sommes dans ce schéma depuis plusieurs élections. C’est la preuve qu’il y a un bon travail de fait car cette union résiste. Elle est importante pour nous. C’est une liste renouvelée à plus de 60 %, avec certes quelques anciens, mais des jeunes, des femmes, des nouveaux élus engagés sur leurs filières et leurs territoires, avec une vraie représentativité du secteur et des territoires.

Vous êtes éleveuse de taureaux à Saint-Laurent-d’Aigouze. L’élevage n’est pas la première activité agricole dans le Gard, loin s’en faut. Votre élection est-elle pour vous une reconnaissance de cette filière ?

C’est une reconnaissance du travail accompli lors du mandat précédent, mais aussi de la filière. Surtout, le mandat de président doit être fédérateur. Il ne s’agit pas de supporter une filière plus qu’une autre. La viticulture est largement représentée dans la liste, et a la place qu’elle mérite dans les engagements que nous prenons aujourd’hui.

Une femme à la tête de la Chambre d’agriculture du Gard, c’est une première...

Oui, et au niveau national nous sommes encore très peu.

« Nous devons rapprocher la population et les agriculteurs, et inversement »

Pour autant, est-ce un sujet pour vous ?

J’aimerait que ça n’en soit pas un. Professionnellement, je suis issue d’une filière majoritairement masculine. Je n’ai jamais mis en avant ma condition féminine. Alors j’aimerais que ça ne soit pas un sujet même si c’est important. Il y a une évolution positive à ce niveau là. Les femmes sont de plus en plus acceptées et amenées à prendre des responsabilités, mais pour moi la question est surtout au niveau des compétences.

Quels sont les principaux enjeux autour de l’agriculture dans le Gard ? On pense notamment à la question du foncier agricole...

Des chantiers, il y en a beaucoup. Déjà, il y a ceux qui viennent à nous par rapport à l’évolution des attentes sociétales. Nous avons beaucoup de travail de communication à faire pour dire ce qu’est notre métier et ce qu’il apporte à la société. Nous sommes dans une période d’agri-bashing, il faut en sortir. Nous devons rapprocher la population et les agriculteurs, et inversement. L’autre enjeu majeur est l’eau : le trop d’eau et le pas assez d’eau. Il faut que la Chambre d’agriculture soit pilote dans l’évolution de la réglementation sur les inondations et en soutien aux agriculteurs qui en subissent les dégâts, mais qu’elle soit aussi pilote et dans la concertation sur la réglementation des retenues d’eau.

Nous avons des secteurs de plus en plus touchés par la sécheresse, il faut leur amener des solutions. Nous devons être au plus près des élus pour insuffler une dynamique et faire remonter les besoins. Sur le foncier, nous sommes précurseurs dans sa préservation, nous travaillons avec les collectivités pour le sanctuariser. L’installation et la transmission des exploitations est aussi un point important, nous devons être pilote et force de proposition sur l’évolution que doit prendre le parcours d’installation.

Ce parcours est trop lourd et peut être rédhibitoire. Aujourd’hui beaucoup d’agriculteurs qui s’installent renoncent aux aides car le parcours est trop compliqué. Par ailleurs, il faut continuer le travail avec la restauration collective, et le Gard est le premier département du réseau Bienvenue à la ferme, qui valorise les produits locaux et les circuits courts.

D’une manière générale, la Chambre doit être l’endroit où tous les agriculteurs puissent trouver un interlocuteur face à leurs questions. Je m’y attacherai. Si aujourd’hui de moins en moins d’agriculteurs se présentant aux urnes pour ces élections, c’est que nous n’avons peut-être pas été assez proches d’eux.

« Valoriser ceux qui font qu’aujourd’hui on peut bien manger et bien boire dans le Gard »

Il y a aussi la question du bio. Le Gard est le deuxième département bio de France...

Il y a une dynamique dans le bio et il faut l’aider, amener des solutions aux agriculteurs face aux évolutions du climat et aux attentes sociétales. Sur l’abandon du glyphosate et la diminution des phytos, nous pouvons les aider. Nous avons un staff technique performant. Après, il ne faut mettre aucune agriculture en opposition. Tout le monde ne peut pas être en bio, ne serait-ce que pour des raisons techniques. La Chambre doit apporter de l’aide pour ceux qui souhaitent passer en bio, et être force de proposition, malgré le désengagement de l’État.

Il nous faut obtenir des aides pour cette transition quand c’est possible. On sait très bien que sur quasiment toutes les filières la plus-value du passage en bio n’est pas directe, alors qu’il y a des efforts économiques et techniques à mettre en place et une baisse de la production. Tous les agriculteurs sont conscients de la demande sociétale, mais ils ne pourront pas supporter ce changement tous seuls.

Le Mas des agriculteurs est actuellement en construction (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

Parlons du projet de Mas des agriculteurs, actuellement en construction et dont l’ouverture est prévue pour le mois de mai, qui va regrouper un restaurant et un magasin de produits locaux. Un projet d’un montant de près de 5 millions d’euros, porté par la Chambre...

Oui, la Chambre porte le bâti et a créé une SAS (société à actions simplifiées, ndlr) avec les producteurs. Aujourd’hui, près de 3 500 agriculteurs ont investi 400 000 euros dans le projet, c’est qu’il y croient.

En quoi ce projet est-il novateur ?

Le Gard sera le seul département à ma connaissance à avoir deux maisons des producteurs, en comptant celle de l’Espiguette. L’esprit est de donner un écrin à toutes ces productions formidables, tous les produits seront mis en valeur. Nous sommes en plein dans les circuits courts. Le magasin servira les cantines et les particuliers. On y trouvera des fruits, des légumes, de la viande, du fromage, de l’huile ou encore une cave qui sera certainement la plus belle de tout le département. Bref toute la production agricole du Gard, avec la présence des producteurs pour des animations. Nous voulons valoriser les femmes et les hommes qui font qu’aujourd’hui on peut bien manger et bien boire dans le Gard.

Propos recueillis par Thierry Allard

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Thierry Allard

31 ans, féru de politique, de sport et de musique. Jadis entendu en radio, je couvre depuis juin 2014 le Gard rhodanien pour Objectif Gard.

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