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LE 7H50 d’Alexandre Pissas : « Je ne suis pas pompier, ni physiquement, ni intellectuellement »

C'est armé de ses rapports et de ses chiffres que le président du SDIS a accordé une interview à Objectif Gard (Photo : Coralie Mollaret)

Président du SDIS (Service départemental d’incendie et de secours), Alexandre Pissas est las des attaques sur sa gestion. Relations avec les syndicats, avec le Département, contribution des communes... : le socialiste se livre.  

Objectif Gard : Faut-il vous appeler Alexandre Pissas ou Alexandre Benalla ? Un patronyme dont vous a affublé le syndicat SUD dans un tract.

Alexandre Pissas : Vous savez, je m’entends bien avec les syndicats et leurs représentants comme l'ex-responsable de SUD, Nicolas Nadal. Ce n’est pas un secret. C’est un homme qui m’apprécie et qui fait son job. Les syndicalistes doivent mener des combats pour exister. Or, ils savent très bien que dans le Gard, les pompiers ne sont pas les plus malheureux, même si nous devons reconnaître leur dévotion. 

Vous parlez de Nicolas Nadal, mais qu'en est-il de Samuel Besson, nouveau représentant SUD ? S'entendrait-il mieux avec le président du Département, Denis Bouad, qu'avec vous ? 

Oui, on m'a dit qu'ils étaient du même village. Mais ce n’est pas lui qui dérape. Avec M.Besson, on se voit et on arrive à dialoguer.

Comment avez-vous réagi en lisant ce tract ? 

J’ai rigolé ! Sur le fond, 74 lauréats du concours national des pompiers ont frappé à la porte pour se faire embaucher dans le Gard. Je les ai reçus et, avant de prendre une décision, je les ai dirigés vers nos colonels (Simonet et Carret). Je ne suis pas pompier, ni physiquement, ni intellectuellement. Je m'en suis remis à eux pour qu'ils me fassent une liste de 40 à 45 personnes. Le 15 mars, nous en avons recruté 24 et nous en recruterons 8 en juin. Avant ça ne se passait pas comme ça...

"C'était illégal !" 

C'est-à-dire ? 

Dans tous les départements, on recrute des pompiers qui ont réussi le concours national (leur concours est valable trois ans, NDLR). C’est le directeur et le président qui recrutent. Or dans le Gard, il y avait une tradition. Les syndicats des pompiers leur faisaient repasser un examen. Ils me donnaient ensuite une liste avec un ordre de classement. C’était illégal !

Pourquoi avoir laissé faire ?

Par faiblesse sûrement. Et puis je sentais qu’il n’y avait pas une volonté globale de changer les choses. Il y a deux ans, le Conseil d’administration a changé les règles. Aujourd'hui, le Conseil départemental est là pour faire en sorte que l’église reste au centre du village.

Ces nouveaux recrutement serviront-ils à tenir l'engagement des 701 agents dans l'accord de sortie de crise, signé en 2017 ? 

Oui. On s’était engagé à avoir 673 en décembre 2019. On en est a 675 ! C’est pour ça que les syndicats ne gueulent plus. 

Jeudi dernier en conseil d'administration, le budget 2019 a été voté à la majorité, malgré le vote contre des sept conseillers départementaux de la Droite et du Centre (Photo : SDIS du Gard)

Ceux qui gueulent en revanche, ce sont la Droite et le Centre. D'après eux, le SDIS dépense trop... 

Les pompiers ne sont pas mal gérés ! Entre 2010 et 2018, soit pendant neuf exercices, on a eu une hausse de nos dépenses de 8,05% quand l’activité des sapeurs-pompiers a augmenté de 19,9% ! Pendant ces neuf ans, nous avons baissé nos charges. On est passé de 170 à 151 postes administratifs et techniques. Seulement, vous l'avez dit : nous avons signé un accord en 2017 avec un nombre de pompiers à embaucher et des camions à renouveler ! Où est-ce que je peux faire des économies ?

Un audit externe du Département préconise un travail sur l'absentéisme et le recours aux astreintes au lieu des gardes... 

Je suis pas d’accord avec cet audit. Qui paie commande aussi ! (Il marque un silence) Je ne dis pas que le SDIS et le Département ne doivent pas continuer à faire des efforts mais on en a déjà fait. Alors oui, on va continuer à racler, dans l’électricité, le gazoil, l’absentéisme... Avant, on faisait partir des camions à tout bout de champ, maintenant on est plus rigoureux. Concernant le potentiel opérationnel journalier de gard, peut-être que l’on était un peu laxiste. J'ai bien dit peut-être. 

Ce même audit s'appuie sur une nouvelle hypothèse de partenariat entre le Département et le SDIS. En échange d'une baisse de 2,4 M€ de sa subvention en fonctionnement (42 M€ versés en 2018), une subvention d’investissement de 4 M€ serait créée. 

Alors, 2,4 M€, c’est très difficile... Comment baisser quand on va augmenter le nombre d'agents ? Ce que l'on pourrait faire, c'est diminuer de 1 M€ la part en fonctionnement et établir l'investissement à 2,5 M€. J’ai obtenu l’accord des colonels.

Un mot sur le fiasco du nouveau mode de calcul des contributions des communes. Il vient d'être retoqué par la justice...

J’ai fait appel. L'affaire est pendante devant le conseil d’État. J'avais prévenu Denis Bouad que l'on allait ouvrir la boîte de Pandore. Il m'a dit de dire que pendant des années certaines communes n'ont pas payé assez. On a mis une commission spéciale en place. Elle a travaillé avec tout le monde et a présenté de bons résultats. Moi, je les ai trouvés bons. Tant critiquée, cette strate permettant de différencier les communes par rapport à leur nombre d'habitant est préconisée par la Cour des comptes. Maintenant, on doit revoir le préfet. Il dit vouloir arranger les choses... De toute façon dans cette histoire, il y aura toujours des insatisfaits !

« Si j’étais président du Département,
je ferais comme Denis Bouad »

Le président du Département et du SDIS en grande discussion... (Photo : Coralie Mollaret)

Enfin, être président du SDIS, qu'est-ce que ça représente pour vous ? 

Ça fait 11 ans que je suis président. Être président, c’est d'abord aimer les pompiers pour le travail qu’ils font et le service qu’ils rendent.

Ce n'est pas un peu populiste ? 

Oui, je suis populiste et pas progressiste ! 

En 2017, les pompiers ont fait un mois de grève. On avait le sentiment que vous vous renvoyiez la balle avec le président du département et le colonel. N'y-a-t-il pas un manque de leadership ? 

Le président préside, le colonel dirige. Pendant cette grève, on a été le seul département où les élus étaient face aux pompiers. Quant à Denis Bouad, il n'a jamais été contre les pompiers. D'ailleurs, si j'étais président du Département, je ferais comme lui. Denis Bouad est obligé de jouer un jeu de rôle. Le problème avec les pompiers, c’est que ce sont les seuls que l’on ne peut pas critiquer. D'ailleurs dans toutes les cérémonies de Sainte Barbe (*), j’ai jamais entendu un élu dire que les pompiers coûtent trop chers !

Propos recueillis par Coralie Mollaret 

coralie.mollaret@objectifgard.com 

* Fêtée le 4 décembre, sainte Barbe (ou Barbara) est la sainte patronne des pompiers mais aussi des architectes, des géologues, des mathématiciens, des mineurs, des artilleurs, des canonniers, des artificiers, des ingénieurs de combat, des carillonneurs et des égoutiers. Sainte Barbe est aussi la patronne de l'École polytechnique. l'École polytechnique.

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Coralie Mollaret

Journaliste Reporter d'Images pendant un an à Marseille, j'ai traversé le Rhône voilà quelques années pour vous informer en temps réel sur l'actualité Gardoise…

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