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FAIT DU JOUR Événement : Mundiya Kepanga, un Papou dans la ville !

Un film primé 13 fois et des interventions dans le monde entier, ce "frère des arbres" nous porte sa parole.

Le chef Papou Mundiya Kepanga est à Nîmes pour quelques jours (Photo Véronique Camplan)

Quand il n'est pas dans son pays natal, le chef Mundiya Kepanga voyage de la Cop 21 à l'Unesco en passant par le Musée de l'Homme à Paris. Il répond aussi aux invitations de chercheurs et à celles de nombreux établissements scolaires où il présente son film et donne des conférences. À Nîmes pour quelques jours, en compagnie de son ami le photographe, réalisateur et interprète Marc Dozier, il donnera une conférence publique à Daudet mardi 9 avril.

Assis près de la fenêtre, le chef regarde les arbres de la cour du lycée Alphonse-Daudet de Nîmes. Marc Dozier, penché sur son ordinateur lève la tête et sourit. C'est à la demande de Laurent Delorme, proviseur-adjoint de l'établissement que les deux hommes sont là aujourd'hui. "J'ai rencontré Marc Dozier à Vergèze il y a longtemps et nous sommes restés en contact", se souvient Laurent Delorme.

Mundiya Kepanga quitte la fenêtre et nous rejoint. Il arbore un bâton de nez qui signifie qu'il respecte les coutumes de sa tribu, une coiffe, et des vêtements très européens. Mais ce qui retient l'attention c'est son regard à la fois limpide et doux. Les présentations sont légères et le chef dit quelques mots de français en souriant "bon appétit". "Il connait l'essentiel", s'amuse Marc Dozier.

"Avant l'eau potable coulait partout"

Papous (Photo Marc Dozier)

Puis l'échange commence. Le chef s'exprime d'une voix basse, claire et rapide comme l'eau qui coule sur des pierres, s'interrompant parfois pour attendre gentiment la fin de la prise de note. La traduction est fluide. "Mon film parle de mes ancêtres, explique-t-il. La légende dit qu'un jour viendront des hommes avec une couleur de peau différente de la nôtre. Vous pouvez leur donner votre amitié, prendre soin d'eux mais ne leur donnez jamais le feu".

Puis la voix se fait plus basse : "Nous leur avons donné le feu, c'est-à-dire notre gaz naturel, et aujourd'hui nous en payons le prix et nous sommes responsables. C'est ce que je raconte dans mon film. Quand nous avons réalisé notre erreur, nous avons décidé d'en parler."

Cultivateur, Mundiya Kepanga voit la sécheresse attaquer cette belle forêt primaire qui est la sienne. Les patates douces sont parasitées par de nouvelles bestioles nuisibles à la faim aiguisée par le manque de pluie. " On manque d'eau potable. Certains nuages que l'on voyaient souvent au-dessus de la forêt ont disparu. La cime des grands arbres est desséchée. Les anciens pleurent quand ils voient ça". 

Aujourd'hui, Mundiya Kepanga a obtenu de son gouvernement qu'une loi en faveur de la déforestation soit abrogée. Sur les 300 compagnies forestières existantes, il n'en reste plus que 30… Réaliser les changements et en prendre conscience est une chose, devenir le personnage central de nombreux ouvrages, faire bouger les lignes, inspirer un film et délivrer un message au monde à travers de prises de parole à l'Unesco ou à la COP21 demande engagement, courage et un coup de pouce de la destinée.

Né sur un lit de feuilles

Papous (Photo Marc Dozier)

Traditionnellement nommé Ukuma Mundiya Kepanga, celui qui deviendra un grand chef est né au milieu des années 1960 au cœur des hautes terres de Papouasie-Nouvelle-Guinée dans une petite case construite spécialement pour sa naissance. Il mène une existence simple et traditionnelle, vit de la culture des patates douces et de l’élevage des cochons. Adolescent, il fait pousser ses cheveux pour obtenir une manda, une perruque rituelle liée à la période d’initiation des jeunes hulis. Depuis, il cultive l’art des parures et des plumes et fait partie du groupe de sing-sing, la danse traditionnelle de sa communauté.

Une belle amitié

Mundiya Kepanga devant les coupes de grands arbres (photo Marc Dozier)

En septembre 2001 Mundiya Kepanga rencontre le photographe français Marc Dozier, spécialiste de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, et devient le guide du reporter. Il l’accompagne durant plusieurs semaines afin de l’aider à réaliser un reportage sur sa tribu. En 2003, touché par l’amitié et la générosité de Mundiya, Marc Dozier, aidé par l’agent de voyage français Philippe Gigliotti, décide de l’inviter à venir découvrir l’Hexagone accompagné par son cousin Polobi Palia. L’invitation amicale prend vite une dimension inattendue et l'enthousiasme soulevé par leur présence et la pertinence de leurs observations donne lieu à la publication du livre Le long-long voyage aux éditions Dakota.

Leur deuxième voyage en France donne naissance à la réalisation du documentaire de 100 minutes intitulé L’Exploration Inversée (Un film de Jean-Marie Barrère et Marc Dozier – production Bonne pioche). Au cours du film, Mundiya et son cousin Polobi explorent l’Hexagone et commentent les us et coutumes des Français à la façon des Lettres Persanes de Montesquieu. Diffusé pour la première fois sur Canal + le 8 janvier 2008, le film, qui rencontre un certain succès, sera ensuite repris sur de nombreuses chaînes françaises et internationales.

Entre 2008 et 2015, Mundiya revient en Europe à plusieurs reprises et donne de nombreuses conférences en France, en Belgique, en Suisse, au Luxembourg, aux États-Unis… À l’occasion de ces rencontres, il invite à jeter un nouveau regard sur les peuples du monde dans un esprit de tolérance et de respect.

En 2012, toujours avec l’aide de son ami français Marc Dozier qui traduit et adapte ses propos, Mundiya publie sa biographie, Au pays des hommes blancs, les mémoires d'un Papou en Occident, qui dévoile sa conception pleine d'humour et de philosophie du monde occidental. Le début de l’ouvrage est très révélateur du style direct et du renversement de point de vue opéré par Mundiya : "C’est vous, les Blancs, qui avez inventé les livres… Moi, je ne sais ni lire, ni écrire mais j’ai beaucoup de choses à raconter sur votre drôle de tribu !".

Des ponts entre les mondes : dons au Musée et danseuses du Lido en Papouasie !

En 2012, après avoir appris la restitution d’un crâne maori aux communautés autochtones de Nouvelle-Zélande par Sébastien Minchin, le directeur du Muséum d’histoire naturelle de Rouen, Mundiya Kepanga décide d’offrir un ensemble complet des parures de sa tribu aux collections du musée. Au cours de la cérémonie officielle de donation, le 20 avril 2012, il déclare : "Je suis très fier de remettre mes parures entre vos mains. Je sais que vous en prendrez soin. Plus tard, lorsque je serais mort, vos enfants et les enfants de vos enfants pourront encore les admirer et comprendre leur sens pour ma tribu. C’est un pont que nous construisons entre nos deux mondes."

La même année, avec l'aide de la société de production One Planet, Marc Dozier continue à construire des ponts entre les mondes et met en œuvre le projet de son ami papou Mundiya Kepanga : inviter des danseuses du cabaret parisien le Lido afin de participer avec la troupe de son village aux plus grands festivals de danse du pays. Coécrit et réalisé avec Jean-Marie Barrère, un film documentaire de 52 minutes intitulé Danse avec les Papous retrace cette aventure.

Prises de parole

Mundiya Kepanga intervient partout dans le monde parler du réchauffement climatique aux USA fait partie du challenge, l'histoire ne dit pas si Trump est fan… (photo Marc Dozier) 

En 2015, il est invité en tant que chef traditionnel à plusieurs conférences organisées à l’occasion de la conférence sur les changements climatiques COP 21. Aux côtés de Nicolas Hulot, Gilles Bœuf et Raoni Metuktire, il participe notamment à la conférence Peuples autochtones face aux changements climatiques organisée au Musée de l'Homme.

Il y exprime sa vision du dérèglement climatique et son impact sur sa communauté. Mundiya Kepanga interviendra également à l’auditorium de l’Unesco, le 5 décembre 2015, lors de la conférence Comment apprendre de l'Autre ? organisée à l’occasion de l’Université de la Terre qui rassemblera plus d’une centaine de personnalités parmi lesquelles Jacques Attali, Isabelle Autissier, Jean-Louis Étienne, Nicolas Hulot, Corinne Lepage, Bertrand Piccard, Raoni Metuktire et Reza Deghati.

"Quand le dernier arbre aura disparu nous disparaîtrons"

Frères des arbres. L'affiche du film

C'est à la suite de ces événements en 2017 que Marc Dozier entreprend de réaliser le rêve de son ami Papou en tournant Frère des arbres, un documentaire sur l'histoire de ses ancêtres. Treize fois primé en Europe, en France, à New-York, en Suisse, en Belgique, au Gabon et par Greenpeace. Mundiya Kepanga voit dans ces récompenses, un hommage à ses ancêtres.

Véronique Palomar-Camplan

L'info +. La 3e édition du livre "Au pays des hommes blancs" de Mundiya Kepanga vient juste d'être publiée. https://fr.marcdozier.com/boutique/livre/au-pays-des-hommes-blancs-3e-edition/

Conférence publique au Lycée Alphonse Daudet mardi 9 avril à 18h. Entrée libre, participation au chapeau. Pour visionner le film en VOD cliquer ICI.

Etiquette

Véronique Palomar

Après une longue carrière au service de l'information dans l'hémisphère sud, me voilà de retour dans l'hexagone. Heureuse de mettre, plume, regard neuf et expérience au service d'un journal indépendant et de continuer à informer.

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