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FAIT DU JOUR Quel avenir pour le port fluvial de l’Ardoise ?

Lors de la présentation des travaux de l'appontement nord du port de l'Ardoise, en 2014 (Photo d'archives : Thierry Allard / Objectif Gard)

Le port fluvial de l’Ardoise a connu son âge d’or avec celui de l’aciérie voisine, qui a fermé ses portes il y a quinze ans, mais il en est désormais très loin. Au point que la question de son avenir semble posée, alors que la concession par laquelle la Chambre de commerce et de l’industrie gère l’équipement s’achèvera en décembre prochain.

Que va devenir le port de l’Ardoise ? Cette question est posée depuis déjà longtemps dans le Gard rhodanien. Déjà, à l’automne dernier, le Parti communiste français local soulevait la question de la grue MOHR du port, dont la restructuration a été abandonnée par la CCI pour cause de non-rentabilité, laissant passer une subvention de 200 000 euros de la Région au passage.

En effet, il fallait 500 000 euros pour restructurer la grue, dont 300 000 euros à la charge de la CCI. Or, nous précisait la chambre consulaire à l’époque, « en 2017, les recettes de la grue ont été de 61 582 € HT (venant d’un seul client, NDLR) pour un résultat d’exploitation de 7 100 € HT. Dans ce contexte, il faudrait plus 40 ans pour rentabiliser les 300 K€ d’investissement. » Le tout alors que la concession par laquelle Voies navigables de France (VNF), propriétaire du port, confie l’exploitation du port à la CCI de Nîmes puis du Gard depuis 1961, arrive à échéance le 6 décembre prochain.

Que va-t-il advenir après cette date ? Le PCF local s’inquiète à nouveau, dans un courrier adressé au préfet début avril. VNF s’apprête à lancer un appel à projet pour une convention d’occupation temporaire, pour un port dont la grue est à rénover complètement et qui n’a plus qu’un seul client : le cimentier Lafarge-Holsim. Un port inadapté, selon Jean-Marc Rouméas, PDG de l’entreprise éponyme et ancien sous-concessionnaire du port de l’Ardoise : « C’est un port pour faire du chargement/déchargement de vrac, mais aujourd’hui le transport se fait essentiellement par containers et il n’est pas équipé pour. » Il faut dire que depuis que la grue a été bâtie, en 1975, le monde a quelque peu changé… Pour lui, le couperet tombe : « Le port n’est plus compétitif. La grue ne correspond plus du tout aux besoins des industriels. Il faudrait plusieurs millions d’euros d’investissements. »

« Une gestion approximative qui dure depuis des années »

Sous-concessionnaire du port de 1990 à 2012 via la SARL Port-Midi, Jean-Marc Rouméas a poursuivi sur ce marché, mais sur un nouvel équipement, en face, où il a pour client notamment l’usine de ferro-silicium Ferropem. Jean-Marc Rouméas dont le nom revient dans un audit de la CCI daté de 2014 et réalisé par le Contrôle général économique et financier, qui dénonce « une gestion approximative qui dure depuis des années. »

Le rapport précise que le résultat d’exploitation du port est « chroniquement déficitaire », du fait notamment de « la lourdeur des charges d’amortissement. » « Le port dépendait à 80 % d’Arcelor », note pour sa part Jean-Marc Rouméas. Reste que la CCI a fait pour environ 2 millions d’euros d’avances à Port-Midi... qu’elle a perdues.

Pire, à l’issue de la sous-concession, en 2012, le sous-concessionnaire devait rendre les équipements « bien entretenus et en bon état de fonctionnement », précise l’audit. Or, « VNF a fait faire un audit technique qui évaluait le coût de la nécessaire remise en état du port à quelque 2,6 millions d’euros, qu’elle réclamait à la CCI », met en exergue le document, qui ajoute que la Chambre aurait alors dû se retourner vers le sous-concessionnaire.

Pour Jean-Marc Rouméas, les choses sont un peu différentes : « Les derniers équipements datent de 1975. Nous avons fait une réunion de sortie de concession avec VNF, qui avait acté que vu la vétusté des équipements, VNF reprendrait en l’état et verrait en fonction de la vocation future du port si une remise en état était faite. » Bref, une sortie à (très) bon compte pour Port-Midi et la CCI, selon l’ancien gérant de Port-Midi.

Jean-Marc Rouméas et Éric Giraudier, ici en 2012 (Photo d'archives : Stéphanie Marin / Objectif Gard)

Seulement voilà, à l’époque la Chambre change de mains : à la surprise générale, Henry Douais l’emporte et l’équipe d’Éric Giraudier, à laquelle appartenait Jean-Marc Rouméas, est balayée. « Cette négociation de sortie à "zéro euro", Henry Douais ne l’a pas actée. VNF est revenue et a dit "vous nous devez tant". C’est un peu un règlement de comptes entre l’ancien président de la CCI (Henry Douais, ndlr) et le gérant de Port-Midi (lui-même, ndlr) », résume Jean-Marc Rouméas, qui est de nouveau élu consulaire depuis 2016. Au final, la CCI et Port-Midi paieront chacune une somme. « Ça s’est soldé par un reliquat de quelques dizaines de milliers d’euros », affirme l’ancien gérant de Port-Midi, qu’il a liquidé en 2014.

« Il faut clarifier la situation »

Et depuis ? Pas grand-chose. Certes, la CCI a mis 600 000 euros pour rénover l’appontement nord du port en 2014. Ce qui n’a de toute évidence pas relancé son activité, alors qu'il n'y a pas si longtemps, « l’ex-Région Languedoc-Roussillon ambitionnait de faire du site de l’Ardoise une plateforme logistique tri-modale fleuve/rail/route parmi les plus importantes de France », indique le Conseil économique, social et environnemental régional (CESER) dans un rapport daté de 2017.

« Oui, mais tant que certains essaieront de convaincre que le port n’est pas rentable alors qu’il exploitent la même chose de l’autre côté du Rhône, rien ne se passera », grince un fin connaisseur du dossier en visant Jean-Marc Rouméas. Et la CCI, va-t-elle continuer ? « Je n’en ai aucune idée, répond Jean-Marc Rouméas, trésorier-adjoint de la CCI du Gard. À la CCI, je ne m’occupe plus du tout du port. Je n’ai pas envie d’être poursuivi pour conflit d’intérêt. » Soit. Du côté du président de la délégation de Bagnols de la CCI, Philippe Broche, on n’en sait pas plus. Quant au président de la CCI du Gard, Éric Giraudier, il a temporisé en affirmant que la Chambre répondrait sur le sujet du port ultérieurement.

Du côté de l’Agglo du Gard rhodanien, on estime « qu’il serait bien qu’on sorte de l’ambiguïté, estime son président Jean-Christian Rey. Il faut sortir des concessions des uns et des autres qui ne s’entendent pas, des tensions, il faut clarifier la situation. » L’élu rappelle que « ce n’est pas dans les métiers de l’Agglo de gérer un port industriel. Il y a des professionnels pour ça », avant de lancer : « Qu’on ne vienne pas me dire que sur le deuxième territoire industriel de la région on n’a pas des professionnels compétents pour gérer un port industriel ! »

Pour autant, Jean-Christian Rey, qui « espère que le port pourra tourner à plein régime. C’est un outil important de développement économique », entrouvre la porte : « Que les choses soient claires sur les coûts, le modèle économique, que les professionnels s’impliquent et l’Agglo prendra ses responsabilités. »

Thierry ALLARD

thierry.allard@objectifgard.com

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Thierry Allard

31 ans, féru de politique, de sport et de musique. Jadis entendu en radio, je couvre depuis juin 2014 le Gard rhodanien pour Objectif Gard.

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