A la uneActualitésEconomieSociété

FAIT DU JOUR Aime la forêt et elle te le rendra

Valoriser la filière bois cévenole n'est peut-être pas un rêve fou.

Bois Cévennes (photo Véronique Camplan)

Hier après-midi, Pays des Cévennes représentée par son Président Max Roustan en présence du préfet du Gard, Didier Lauga et du sous-préfet d’Alès, Jean Rampon, avait organisé une visite en trois étapes, la forêt, le bois, le sciage. Tous les acteurs du secteur étaient présents pour informer les institutionnels. L'occasion de mieux comprendre les enjeux de la valorisation de la filière et les aides mises en place. 

Pour mieux comprendre une telle mobilisation, il faut savoir que l'État subventionne à 80% les propriétaires privés qui valorisent leurs forêts. Un bel effort, salué par l'ensemble de la filière d'autant que les conditions d'obtention ont été adaptées à la réalité locale et que, désormais, les propriétaires de petites parcelles pourront en profiter. Oui mais voilà, le pays n'est pas très riche, alors, comme l'a fait remarquer Max Roustan, "les 20% restant représentaient encore trop d'argent". Alors pays des Cévennes apporte le complément à la subvention (500 000,  montrant une vrai volonté d'encourager la filière et les propriétaires privés sont accompagnées dans leur gestion par le CRPF (Centre régional de la propriété forestière).

Une forêt façonnée par l'histoire des hommes

Bois Cévennes (photo Véronique Camplan)

Comme les hommes, la forêt a son histoire et les deux sont étroitement liées. "Au moyen-âge, dans toute la France méditerranéenne, la forêt était l'ennemi", nous explique François Mathieu, président du syndicat des forestiers privés du Gard. Donc dans toutes les Cévennes on défriche à tour de bras. Puis sur l'espace gagné, on plante des châtaignier/fruits et des pins, qui ne poussaient pas à l'état naturel dans nos forêts. Les espèces endémiques étaient majoritairement de hêtres et des chênes. Au milieu du XIXe siècle la maladie de l'encre emporte les châtaigniers. Ils sont coupés et leurs repousses forment des taillis. En 1880, un loi oblige au reboisement. On plante du pin corse, qui essaime ses graines à tous vents. L'exploitation des mines utilise le pin maritime pour l'étayage des galeries. "C'est un bois vivant, il craque longtemps avant de se rompre et prévient des accidents éventuels", précise notre historie. Après la fermeture des mines, le bois est vendu au Maroc pour le même usage. Puis le commerce périclite. En 19985, un terrible incendie ravage toute la forêt cévenole ou presque. La population est sous le choc puis se retrousse les manches. On ne réalise ce qu'on a que lorsque on l'a perdu.

La forêt ça se cultive

Une marque orange et l'arbre doit être coupé, une verte et c'est la promesses d'une coupe future, les autres sont épargnés parce qu'il ne sont pas assez beaux ou trop jeunes (Photo Véronique Camplan)

Mais le pin maritime a mauvaise réputation. Ce mal aimé n'a  pourtant pas dit son dernier mot. Aujourd'hui, on sait que l'arbre est pétri de qualités, dont la résistance, la facilité avec laquelle on le travaille, sa belle allure,(hormis qu'il a tendance à bleuir). Oui mais voilà, "une forêt ça se cultive", "un arbre ça s'accompagne", chaque spécialiste a sa façon d'expliquer que pour obtenir du bois de valeur, il faut éclaircir les forêts par des défrichages, des coupes, ne pas couper à blanc tous les plus beaux spécimens… Bref, il faut s'en occuper. Une forêt ça se chouchoute.

Un diagnostic écologique réalisé par l'ONF montre que sa biodiversité aussi se respecte. Ne pas laisser, nicher le faucon pèlerin empêche un prédateur naturel de nuisibles d'être efficace. Bon, notre petit faucon, contiendra les rongeurs mais ne résoudra pas le problème de la prolifération des cervidés et des sangliers, ennemis de nos arbres et en trop grandes quantités. Introduire leurs prédateurs naturels pour les contenir ne semble emballer personne.Iil reste la chasse mais depuis le temps, ça aurait du marcher…

Faire des coupes dans la forêts c'est donc amorcer l'exploitation et aussi préparer une sylve plus forte avec des arbres de meilleure qualité. La sylviculture est un art qui requiert de la patience.

Une charte forestière

scierie Nogaret, les grumes sont stockées avant d'être débitées (photo véronique Camplan)(photo véronique Camplan)
Un des outils pour atteindre ces objectifs est la charte forestière de Territoire pour 2019/2021 relancée  l'an dernier par Pays des Cévennes. Ce programme reçoit le soutien financier de la Région Occitanie et du FEADER. Elle est conçue conçu de manière multipartenariale, pour doter un territoire choisi, d’une politique forestière, dans les principes d’un développement durable. Le but d’une Charte Forestière est de mettre en œuvre des actions sur la forêt et la filière bois (ex : promotion du bois-construction, aides sur l’accompagnement des propriétaires forestiers, etc).La structure porteuse d’une Charte Forestière de Territoire est chargée d’accompagner les porteurs de projets, en cohérence avec la stratégie forestière qu’elle porte. Elles ont un  rôle important de mise en réseau entre les différents acteurs et usagers de la forêt. Elle doit également être en lien avec les politiques régionales et nationales autour de la forêt et du bois.

 

Scions du bois

Lorsque que le bois est coupé, il faut en faire des planches. Direction la scierie Nogaret à Cendras, l'une des neuf du département. Entreprise familiale depuis trois générations, elle emploie 10 personnes. "J'ai surtout une clientèle locale, constate Jérôme Nogaret un des partons de la scierie. Mais si la clientèle est locale, le bois ne l'est pas encore vraiment dans cette scierie qui fournit surtout du bois pour la construction et un peu pour l'emballage le coffrage. Des résineux en majorité mais qui proviennent de Lozère pour la plupart. Une entreprise dynamique intéressée par la valorisation d'une filière locale.

Construire local une expérimentation à suivre…

Le pôle professionnel de santé à Cendras (photo véronique Camplan)

Les élus de la commune de Cendras, avait un défi à relever, celui d'avoir un projet qui séduise suffisamment un médecin pour qu'il vienne s'installer au village. Alors pourquoi faire simple quand on peut se fixer aussi l'objectif de réaliser un pôle de santé en matériaux locaux dont du pin prélevé sur les forêts de la commune. Une construction en circuit court et au prix du marché.  Résultat, le médecin est séduit, les locaux parfaitement isolés par de la laine de bois sont économes en énergie et accueillants et 85% de l'investissement a profité au territoire. Tout le bois qui n'a pas pu être valorisé en matériaux de constructions sont des copeaux qui chauffent les bâtiments communaux, l'hôpital, le collège…

Alors, malgré une forêt qui demande encore beaucoup de soins, des accès difficiles des pentes vertigineuses, et un pin maritime qui doit se refaire une réputation… Si tous les acteurs de la filière et les élus travaillent ensemble alors, on peut imaginer que la valorisation de nos forêts n'et pas une rêve fou.

Véronique palomar Camplan

Etiquette

Véronique Palomar

Après une longue carrière au service de l'information dans l'hémisphère sud, me voilà de retour dans l'hexagone. Heureuse de mettre, plume, regard neuf et expérience au service d'un journal indépendant et de continuer à informer.

Vous aimeriez aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Close

Adblock a été detecté.

Merci de nous aider en désactivant votre blockage de publicité