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FAIT DU JOUR Soixante-quinze ans après, Bagnols va se souvenir de ses héros de guerre

Le jour du départ du commando Vigan-Braquet depuis la place Mallet de Bagnols (DR/archives municipales)

Le 25 août 1944, Bagnols était libérée de l’occupation allemande. Le 14 septembre suivant, le commando Vigan-Braquet partait de Bagnols pour aller combattre des Vosges jusqu’à l’Autriche. Soixante-quinze ans plus tard, Bagnols célèbre ces deux événements le 1er septembre prochain.

Le commando Vigan-Braquet a certes donné son nom à la plus longue avenue de Bagnols, mais il doit lui-même son nom au général Georges Vigan-Braquet, né à Toulon le 2 décembre 1899. Militaire de carrière, il se met à disposition de la Résistance en 1942, et plus précisément de l’Organisation de Résistance de l’Armée (ORA). « C’est un militaire qui a choisi de désobéir, qui a estimé que les valeurs de la France étaient ailleurs, ce n’est pas neutre », souligne le maire de Bagnols Jean-Yves Chapelet.

Il le fait tout d’abord dans les Basses-Alpes, devenues depuis les Alpes de Haute-Provence, puis dans le Gard. Il faut dire que le général a des attaches non loin de Bagnols, à Saint-Laurent-des-Arbres. Il rallie un certain nombre de cadres militaires et fonde avec eux à Rochefort-du-Gard, dans la forêt de Malmont, puis à la Vallonière, du côté de Sabran, le maquis du Corps-Franc des Ardennes. Un drôle de nom, « choisi pour faire diversion », raconte le président des Anciens combattants de Bagnols Jean-Claude Mougenot. Vigan-Braquet et ses hommes iront jusqu’à se choisir le sanglier comme symbole, emblème des Ardennes s’il en est.

Le jour du départ du commando Vigan-Braquet depuis la place Mallet de Bagnols (DR/archives municipales)

Bagnols, ville départ

Ils mèneront des actions, dont un parachutage, mais le manque de moyens les freine dans leur élan, d’autant que les conditions climatiques difficiles, le manque d’eau et de nourriture se font cruellement sentir. Ils continuent toutefois leurs opérations de sabotage et de harcèlement depuis leur maquis gardois. Le 25 juin 1944, alors que le Débarquement de Provence a débuté dix jours auparavant et que l’étau allié se resserre sur l’ennemi allemand, le général Vigan-Braquet décide de libérer les principales villes du secteur. Pour ce faire, il divise ses troupes en quatre sections pour se rendre à Uzès, Rochefort-du-Gard, Villeneuve et Bagnols.

Avec la majeure partie de ses troupes, Georges Vigan-Braquet se rend à Bagnols, « mais il n’y a pas de combat, car les Allemands sont partis la veille », précise Jean-Claude Mougenot. Pour autant, il ne s’agit pas de la fin des combats pour le commando, comme nous le verrons plus tard. Mais pour l’heure, place à la célébration. Nous sommes le 27 août 1944, Bagnols est libérée depuis deux jours du joug de l’occupant. La population et les maquisards se retrouvent au monument aux morts de Bagnols, place Jean-Jaurès, pour célébrer la Libération de la ville.

La célébration de la Libération de Bagnols, au monument aux morts de la ville (DR/archives municipales)

Seulement voilà, la guerre n’est pas finie. Vue du ciel, la célébration bagnolaise ressemble à une colonne allemande, et l’aviation alliée bombarde l’événement. Fort heureusement, elle loupe sa cible et endommage le pont de Cèze, à quelques dizaines de mètres de là, ne faisant que des dégâts matériels et marquant le point final de la guerre à Bagnols.

Le lendemain, le commando Vigan-Braquet fait sa jonction avec les avant-gardes de la 2e division blindée du général de Lattre de Tassigny. Le Corps-franc des Ardennes est alors le premier groupe des Forces françaises de l’intérieur à se joindre à l’armée française. Un peu plus de deux semaines plus tard, 280 gardois, pour la plupart âgés d’une vingtaine d’années, partiront avec le général Vigan-Braquet depuis la place Mallet, à Bagnols. Ils seront engagés sur le front de la Franche-Comté et des Vosges, puis de l’Arlberg en Autriche, avant d’opérer une nouvelle jonction, cette fois avec l’armée américaine, dans le Tyrol autrichien. Ils combattront jusqu’à l’armistice.

Le jour du départ du commando Vigan-Braquet depuis la place Mallet de Bagnols (DR/archives municipales)

« Il ne faut surtout pas oublier »

C’est cette histoire que la mairie et les anciens combattants de Bagnols — « main dans la main », précise le conseiller municipal Raymond Masse — s’apprêtent à célébrer en grande-pompe le 1er septembre. « C’est important de le faire, car c’est un moment d’unité nationale, la France n’est jamais aussi forte que lorsqu’elle résiste et est unie », rappelle le maire Jean-Yves Chapelet. Et l’élu de l’affirmer, « plus qu’un anniversaire, cette commémoration c’est aussi des valeurs que nous devons rappeler haut et fort. » Le tout alors que « dans certains pays, comme l’Italie ou la Hongrie, on entend presque de nouveau le bruit des bottes », ajoute Raymond Masse, pour qui « il ne faut surtout pas oublier ce qui s’est passé. »

Mairie et anciens combattants de bagnols ont présenté le programme des commémorations mercredi (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

Surtout que le dernier survivant Bagnolais du commando, Pierre Jarrié, est décédé en mai dernier. « À Bagnols, il ne reste plus que deux veuves du commando », précise Jean-Claude Mougenot. Les témoins directs disparaissent, mais la mémoire doit se transmettre.

Thierry ALLARD

thierry.allard@objectifgard.com

Le programme de la commémoration du 75e anniversaire de la Libération de Bagnols et du départ du commando Vigan-Braquet, le dimanche 1er septembre :

9h30  au square Robert-Desnos : allocution de Jean-Claude Mougenot, dépôts de gerbe (mairie, anciens combattants), sonnerie aux morts et minute de silence.

10 heures au Square Thome : discours de Jean-Claude Mougenot, dépôts de gerbe (mairie, anciens combattants), sonnerie aux morts et minute de silence.

11 heures place Mallet : intermède musical par l’Harmonie les Inséparables, introduction par Jean-Claude Mougenot, interlude musical par l’Harmonie les Inséparables avec le Chant des partisans, discours de Jean-Claude Mougenot, discours de Jean-Yves Chapelet, intermède musical par l’Harmonie les Inséparables avec la Marseillaise, salut aux drapeaux.

Notez que six véhicules militaires d’époque, avec une douzaine de personnes en costumes, seront disposés sur la place Mallet.

Etiquette

Thierry Allard

31 ans, féru de politique, de sport et de musique. Jadis entendu en radio, je couvre depuis juin 2014 le Gard rhodanien pour Objectif Gard.

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