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AU PALAIS Nîmes : prison ferme pour les convoyeurs de clandestins

Le tribunal des comparutions immédiates (photo Franck Chevallier / Objectif Gard)

Ce matin, deux hommes ont fait l'objet d'une procédure de comparution immédiate. Ils étaient accusés d’aide à l’entrée, à la circulation, ou au séjour irréguliers d’un étranger en France ou dans l’espace Schengen, ayant pour effet de le soumettre à des conditions incompatibles avec la dignité humaine. Il s’agit de l'affaire de ces 30 voyageurs clandestins transportés dans un fourgon et interceptés le 22 août dernier à Marguerittes.

Le 22 août dernier, ce sont les douanes qui ont intercepté un fourgon, près de Nîmes, sur l’aire de repos de l’autoroute A9. Une opération banale qui devient vite hors du commun. Effectivement, tout à tour ce sont quelques 30 passagers clandestins qui sortent du fourgon. Cinq jours après se retrouvent dans le box les deux hommes, Vincenzo C., 31 ans, un Italien, et Lorenzo S., 19 ans, un Roumain.

Après la lecture des faits par le président, Jérôme Reynes, dans le box les deux accusés semblent abattus par l’affaire. Par l’intermédiaire de son interprète, Vincenzo s’explique le premier. Il s’agissait selon lui de son troisième voyage, mais son premier en tant que chauffeur. « J’étais SDF en Italie et j’avais besoin d’argent pour moi et ma fille. Un Pakistanais m’a acheté mes vêtements. Ensuite, il m’a proposé de faire ce transport". Vincenzo, parle, reconnaît les faits, expliquant qu’il pensait qu’il s’agissait seulement de 10 personnes et pas de 30. Il dit avoir eu peur que quelqu’un ne meure dans son fourgon.

30 passagers clandestins

Répondant aux questions du président, il affirme avoir dit au jeune Lorenzo, en lui montrant une facture, qu’il s’agissait de transporter des meubles de Bergame à la région de Barcelone. Le jeune Lorenzo, regarde souvent le sol. Il explique à la cour avoir fait le voyage pour bénéficier d’une place dans le fourgon et rejoindre la sœur de sa petite amie près de Barcelone.

Si à plusieurs reprises il reconnaît avoir entendu des bruits provenant du fourgon, il explique que Vincenzo lui avait interdit de s’en inquiéter ou même d’ouvrir la porte. Il dort alors une partie du voyage et Lorenzo monte le volume de la musique pour atténuer ses inquiétudes. En garde à vue comme dans le box des prévenus, la version des deux hommes ne change pas. Le chauffeur pensait transporter 10 personnes et le passager pensait transporter des meubles.

"Shut up!"

Quand le chauffeur dit « Shut up ! » (*) à l’intention de la cargaison, le passager ne s’en inquiète pas plus respectant les consignes de son acolyte. Pour Madame le procureur, Véronique Compan, qui s’appuie sur les déclarations des 30 passagers, « il est impossible que le chauffeur et le passager ne se soient pas doutés de leur présence à l’arrière durant ce trajet de onze heures et demie ".

Un voyage qui a donc débuté, pour la partie qui intéresse le procès, à Bergame (Italie). Selon les récits faits par les passagers clandestins, ils sont tous montés dans la nuit précédant l’interpellation, par groupes de 5 ou 6. Ils étaient alors dirigés par un homme pakistanais. Celui qui a acheté les vêtements à Vincenzo et qui se fait nommer Sultan. Les passagers ont tous payé, de 400 à 500 euros, puis Sultan leur a demandé de ne faire aucun bruit pendant le voyage. Tous ont par la suite expliqué ne jamais avoir vu le chauffeur et son passager.

Tous sont des Indiens ou des Pakistanais en situation irrégulière et tous voulaient se rendre dans la région de Barcelone en souhaitant réussir à s’installer et avoir une vie meilleure. Pour cette opération le chauffeur devait recevoir 2 000 euros, et il voulait dédommager le passager, pour avoir utilisé son téléphone portable, en lui donnant 100 euros.

Un réquisitoire lourd

Dans son réquisitoire, Véronique Compan insiste sur les conditions de ce voyage à 30 personnes dans un espace aussi clos. « Il s’agit d’êtres humains et vous les avez transportés comme du bétail. C’est réellement de l’indignité humaine ». Balayant les excuses du chauffeur et les dénégations du passager, elle requiert alors 4 ans de prison et 2 ans contre le passager, avec maintien en prison pour les deux et dix ans d’interdiction du territoire français. Pour la représentante du ministère public, « il faut donner un exemple aux passeurs par-delà les frontières. Il faut les décourager ». Pour elle, le jeune passager faisait ici ses premières armes et aurait pu rapidement se retrouver lui aussi derrière le volant avec 30 clandestins derrière lui.

Pas de poursuite à l’étranger

Pour la défense du jeune passager, maître Adil Abdellaoui va plaider la relaxe, expliquant à quel point les versions des deux hommes n’avaient jamais varié : « Ils nous pas pu se concerter. Nous pouvons vraiment croire ce qu’ils expliquent ».

Maître Carmelo Vialette lui fait le parallèle entre ces clandestins et ceux qui sont sur des bateaux en mer dans des conditions bien plus effroyables. « Dans ce dossier, je n’ai pas d’empathie pour les victimes. Ils sont tous montés volontairement à bord en sachant que le voyage serait long. Il n'ont jamais essayé de sortir pendant les arrêts ». L’avocat a aussi rappelé que les clandestins n’avaient jamais vu les deux accusés. L’avocat a aussi regretté que l’on fasse ici le procès de deux petites mains sans prendre la peine d’essayer de remonter jusqu'au dénommé Sultan.

À l’issue du délibéré, le tribunal a reconnu les deux hommes coupables. Ils sont donc condamnés respectivement à trois et deux ans de prison ferme, avec maintien en détention et interdiction définitive de territoire. Lorenzo a alors expliqué qu’il était désolé pour les victimes. Vincenzo a quant à lui expliqué ses regrets et que les passagers comme lui étaient des victimes dans cette affaire.

Franck Chevallier

* "Taisez-vous !", en anglais.

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