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NÎMES Un premier amphithéâtre sous l’amphithéâtre actuel ?

Les fouilles de la salle cruciforme s'achèvent sur des découvertes qui laissent penser qu'un proto amphithéâtre existaient bien avant l'actuel.

Les arènes et les fouilles dans leurs entrailles (Photo Anthony Maurin)

Laissons monter la pression. C'est grande nouvelle si elle est validée dans les mois ou années à venir mais disons simplement que ça sent bon et qu'on risque bien de parler de la cité des Antonin partout à travers l'ancien monde antique romain.

Des fouilles ont régulièrement lieu à Nîmes, en particulier aux abords des monuments antiques et l'amphithéâtre et les arènes comme on les appelle n'échappent pas à la règle. Après celles de la salle cruciforme qui ont eu lieu en 2015-2016, celles de cette année ont porté leurs fruits bien au-delà des espérances.

Les archéologues au boulot, sous la pluie mais heureux de leurs trouvailles (Photo Anthony Maurin).

" Depuis longtemps, des travaux sont faits pour connaître les secrets, les dessous de l'arène. Le monument a une salle cruciforme que l'Institut national de recherches archéologiques préventives a l'habitude de fouiller " lance Daniel-Jean Valade, adjoint à la Culture à la Ville. 400 000 euros de chantier dont 20 % pris en charge par la Région. Une somme mais un investissement en réalité. Oui, l'Histoire peut coûter cher mais rapporte gros. Surtout quand on trouve quelque chose. Et à Nîmes, "quand on fouille, on trouve", a-t-on l'habitude de dire.

Marc Célié, directeur adjoint de l'Inrap à Nîmes, le dit avec un léger sourire : " Il faut rester prudent. " Prudent ? Pourquoi ? La découverte est énorme ! Alors qu'il ne reste plus que trois semaines avant la fin et que le chantier a démarré avec du retard à cause d'un workshop qui se tenait sur la piste des arènes, les (maximum dix) archéologues qui ont défilé pour décaisser et fouiller dans la boue, le noir et le froid, ont assuré.

Le chantier à ciel ouvert (Photo Anthony Maurin).

" Nous accompagnons les arènes depuis plus de 30 ans. Richard Pellé est chargé de l'aspect scientifique et nous avons des choses à dire ", lance Marc Célié. On le dit à demi-mot mais on les dit quand même car le plus grand spécialiste en la matière, un Suisse, est venu sur le site nîmois et semble emballé comme nos archéologues locaux qui ont fait cette découverte.

Retour en arrière. " Quand le monument a été réapproprié au début du XIXe siècle, les arènes étaient un quartier d'habitation et le niveau du sol était six mètres au-dessus de la piste actuelle. Il a fallait que les fouilles dépouillent le monument de ses constructions parasites. Arrivés au sol, les chercheurs ont vu des murs mais n'ont pas engagé plus de travaux ", avance Marc Célié.

La salle cruciforme (Photo Anthony Maurin).

Un peu plus tard, c'est Henri Revoil qui poursuit en 1860 ce chantier. Au centre de la piste il met au jour la salle cruciforme qui n'était autre que les coulisses de l'amphithéâtre romain, l'endroit par lequel sortaient bêtes et décors lors des spectacles antiques. " Il n'a fouillé qu'une partie de la salle mais il a vu que le potentiel était important. En 1987, nous sommes revenus pour sonder et étudier la piste. Nous avions vu tout un système souterrain qui nous faisait penser au grand gruyère qu'est le Colisée de Rome ", poursuit le directeur.

Le puits Wisigoth ou médiéval (Photo Anthony Maurin).

De nombreuses questions se posaient alors sur la salle cruciforme. Notamment sur les eaux pluviales et le réseau d'égouts qui les récupérait. Cinq phases et aménagements différents s'étalant sur la durée de l'utilisation de l'amphithéâtre font montre d'une certaine envie (besoin) de mieux gérer cette problématique que l'on connaît encore de nos jours.

" Nous voulions aller plus loin en 2015-2016 et cette année pour trouver les solutions qu'ils avaient alors trouvé dans l'Antiquité. Nous espérions tout faire d'un coup cette année mais les vestiges sont plus importants que prévus ! Nous savions qu'il y avait un puits qui datait de la fin de l'Antiquité ou plus vraisemblablement du Moyen-Âge qui a aussi servi à alimenter le quartier d'habitation. "

À quand une rue Titus Crispius Reburrus à Nîmes ? C'est tout de même à lui que l'on devrait notre amphithéâtre ! (Photo Anthony Maurin).

Ce puits, imposant, était au cœur de l'édifice un peu à la manière d'une fontaine publique. Il devait faire entre cinq et six mètres de diamètre. Soit deux fois plus que les dimensions imaginées par les archéologues. Première surprise de taille. Mais ils reviendront peut-être une prochaine fois sur cet aménagement car le temps leur manque et le reste des trouvailles est plus conséquent encore.

Pour Richard Pellé, qui a décapé presque la totalité de la salle cruciforme, la découverte est d'une autre dimension. " On a repéré de nombreuses structures qu'on ne connaissait pas car Revoil s'était arrêté au-dessus. Il y a cinq ou six étapes différentes dans la construction de ces murs. Une grande structure centrale s'est dégagée, une immense fosse que j'avais qualifié de drain. "

La fameuse structure accueillant poteaux de bois, encastrement et qui devait servir de première salle des machines du premier amphithéâtre de la cité (Photo Anthony Maurin).

On parle là de 26 mètres de long sur trois de large et près de deux de profondeurs ! Incroyable... Qu'est-ce donc que cela ? " Il y a quatre grands trous pour accueillir autant de poteaux de 45 centimètres aux quatre angles de cet espace. Entre cela, il y a 18 encastrements dans lesquels du bois a été conservés dans de la boue. Il y a des banquettes creusées dans le substrat et du sable à l'intérieur duquel nous avons trouvé plus de 140 objets dont des lamelles de plomb et des clous divers et variés ", annonce fièrement Richard Pellé.

Vue du dessus, cette fosse est vraiment mystérieuse mais laisse penser qu'il y avait ici et avant l'amphithéâtre actuel une autre construction (Photo INRAP)

Et il peut en être fier car cette trouvaille signifie, ou plutôt pourrait signifier, qu'un premier amphithéâtre mixte, en pierre et bois, était là avant celui que nous connaissons aujourd'hui. Un proto amphithéâtre. Une chose inconnue ailleurs, très rare quand on sait que le Colisée fait office de référence et que nos arènes sont quasi contemporaines du bâtiment de Rome.

Richard Pellé (Photo Anthony Maurin).

Sauf que ce proto amphithéâtre serait donc antérieur à tout cela ! " Nous daterons le bois et tout le reste. Même l'urée que nous pouvons valider avec le phosphate. Il y a du bois brûlé à l'interface, du charbon, et le drain recouvrait le tout. Nous avons trouvé deux monnaies qui nous font penser que ce premier édifice pourrait vraiment être antérieur à l'amphithéâtre actuel. C'est un édifice qui devait accueillir des spectacles car cette machinerie est vaste et bien organisée. Nous serions en 30 ou 40 de notre ère " note Richard Pellé.

30 ou 40... Alors qu'on date aujourd'hui les arènes de 90 ! Les scientifiques affineront leurs chiffres mais les données concordent toutes et en appellent à la grande découverte. Retour en arrière. Auguste prend le pouvoir après la mort de César. Nîmes l'aime et il lui rend bien. L'Augustéum de la Fontaine est créé en -25, suit la Maison carrée, qui est un temple dédiée à des jeunes princes de sa famille, et l'enceinte de la cité, la cinquième plus vaste de l'Empire. Puis, avant la fin du premier siècle, l'amphithéâtre. Que nenni donc ! L'amphithéâtre serait là bien avant ce qui en ferait un des premiers du monde connu.

Au fond à gauche, les latrines et la cave médiévale (Photo Anthony Maurin).

" Nous n'avons que la structure en creux mais il n'était pas petit, il était monumental, peut-être fait de pierre et de bois et la structure que nous avons mise au jour devait servir à monter les charges, lourdes des coulisses à la piste par des trappes. Le travail post fouilles sera long. Nous avons pour 20 mois ", avoue l'archéologue.

" Ce sujet oblige à la prudence car peu d'amphithéâtres sont réellement bien étudiés. Nous serions antérieurs au Colisée et cet état représenterait la sixième couches de travail. De -25 à +50 au moins, Nîmes était un grand chantier ! " lâche Jean-Yves Breuil, l'archéologue qui a découvert la merveilleuse mosaïque du boulevard Jean-Jaurès.

La découverte va être médiatisée ! (Photo Anthony Maurin).

La nappe phréatique, joueuse dans le coin, est en général deux mètres en-dessous du sol de la salle mais parfois, elle déborde et l'inonde sous 40 bons centimètres d'eau comme c'était le cas voilà quelques semaines. Dans une autre partie de la salle, des latrines ont été découverte dans une sorte de cave médiévale qui devait être située sous une maison au Moyen-Âge.

Nîmes, dans le premier ou le deuxième quart du premier siècle de notre ère, avait déjà son bel amphithéâtre ! Une bonne nouvelle qui ne demande qu'à être confirmée et à rentrer définitivement dans l'Histoire.

Etiquette

Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 35 ans et je suis journaliste depuis près de 15 ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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