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NÎMES L’amphithéâtre et ses sous-sols se livrent un peu plus

Les fouilles de la salle cruciforme des arènes se poursuivent et avec elles des nouveautés sur le gestion de l'eau par les romains sont bonnes à découvrir !

Le trou ouvert pour permettre aux engins mécaniques d'accéder à la salle cruciforme (Photo Anthony Maurin).

Ce n'est ni la première ni la dernière fois que la piste de l'amphithéâtre est éventrée afin que les archéologues puissent faire leur travail. Henri Revoil (en 1864-65) a laissé la modernité scientifique. Même si on croyait la connaître, la salle cruciforme révèle encore et toujours des secrets propres à l'édifice.

" Les arènes sont un lieu d'importance pour nous. Il est aussi important de connaître les secrets de ce lieu mais il faut en garder pour l'avenir ", avoue Daniel-Jean Valade qui rêve de voir un jour ,sous les assauts du toro vers le cheval son picador, s'effondrer la piste pour ouvrir au grand jour la salle cruciforme dissimulée sous le sable. Coût total de l'opération 353 608 euros HT.

Daniel-Jean Valade, Christine Lavergne, Richard Pellet et Jean-Yves Breuil (Photo Anthony Maurin).

Cette salle cruciforme est en réalité le seul vestige à nous être parvenu des galeries qui trouaient le sol antique du monument dédié aux combats de gladiateurs et aux chasses. Les coulisses en somme. " L'INRAP a fait, comme toujours, un réel travail scientifique et subtil. La Ville est attentive à cela car aujourd'hui, nous savons plus et mieux. Les Nîmois sont passionnés par leur patrimoine ", poursuit l'adjoint à la Culture de la ville de Nîmes.

L'entrée de la salle cruciforme (Photo Anthony Maurin).

Les fouilles, débutées en octobre, devraient perdurer jusqu'à la mi-mars. " La campagne de fouilles menée en 2015-2016 se concentrait surtout sur l'archéologie du bâti, explique Christine Lavergne, cheffe du projet global de restauration de l'amphithéâtre de Nîmes. Nous n'avions fait que cinq sondages mais nous avions repéré un drain romain qui menait vers une sorte de bassin de rétention et qui était connecté à l'égout. La nappe phréatique remonte constamment et de manière très violente donc nous sommes obligés de remonter les engins tous les jours. "

Au pied de l'escalier qui est situé au fond de l'axe le plus long (Photo Anthony Maurin).

Des conditions dantesques de travail puisque l'eau monte très vite dans les deux galeries croisées qui font six mètres de large (300 m²) et dont la hauteur dépasse les quatre mètres. " Parfois, en trois heures, l'eau monte de plus de trois mètres ! C'est violent et cette année il pleut beaucoup plus qu'en 2015... " se désespère Richard Pellé, l'archéologue.

Jean-Yves Breuil, l'archéologue qui avait débusqué la mosaïque du Jean-Jaurès, l'avoue volontiers, " c'est tout de même très agréable de travailler ici car chacun reste à sa place mais la collaboration se poursuit dans divers domaines. On investit l'histoire des Romains mais la problématique qui est liée à l'eau, ici à Nîmes, est un bel écho à ce que l'on peut vivre aujourd'hui. L'archéologie sert vraiment le présent et dans ce cas, c'est flagrant. "

Les fouilles se concentrent actuellement sur la partie méridionale de la salle (Photo Anthony Maurin)

Si les fouilles sont en cours sous le sable de la piste c'est aussi et surtout pour comprendre comment ces diables de Romains évacuaient l'eau de l'amphithéâtre. Des réponses sont données, des solutions ont été apportées dans le temps mais des mystères demeurent.

Une future campagne de fouilles devra à nouveau révéler le passé. " Henri Revoil était un bon architecte mais il n'était pas archéologue. Il n'a pas tout vu et il a laissé de nombreux vestiges dans et sous le substrat local. La gestion de l'eau fut un problème récurrent dans l'antiquité ", assure Richard Pellé.

Les fondations des murs originels (Photo Anthony Maurin).

Grâce à ces fouilles, on constate plusieurs niveaux de sols et donc plusieurs travaux d'aménagement de ces salles. Au début, il y avait deux salles qui par la suite ont été relié. " Au sol, sur environ 30 centimètres, il y a du béton qui sèche et s'humidifie avec l'eau. Ça empêche la proche nappe phréatique de monter mais ça empêche aussi à l'eau de ruissellement de s'écouler ! La zone des coulisses a été agrandie et mon ancienne étude était imparfaite, notamment sur le bras méridional ", brosse l'archéologue qui s'occupe aussi du vaste chantier du rempart de Montaury.

Le puits dit Wisigoth qui était vraisemblablement une noria (Photo Anthony Maurin).

Henri Revoil évoquait en son temps un puits wisigothique mais là aussi, pas de preuve réellement des Wisigoths !  " Ça ressemble plus à une noria et ce puits recoupe le drain fait de galets qui se situe au centre grand axe, poursuit Richard Pellé. On a retrouvé du mobilier comme de la céramique écrasée sur place. On a dû créer une rampe pour faciliter l'accès à la pelleteuse et nous avons creusé sur environ deux mètres de profondeur ce qui fait que nous sommes à plus de huit mètres sous le niveau de la piste. "

Les fouilles livrent encore quelques aspects inconnus (Photo Anthony Maurin).

Le puits devrait être plus profond et pourrait atteindre les 14 mètres à partir du sable de la piste (comme sur l'avenue Jean-Jaurès). Cependant et pour ne pas mettre en danger le bâti, les équipes ne creuseront pas plus profondément sans avoir réalisé les études au préalable.

" Sur le petit axe, on a retrouvé des restes de maçonnerie primaire. Il y a eu cinq ou six phases d'aménagement de cette salle. Nous voyons les premières coulisses apparaître mais comme les jeux prenaient de l'ampleur, on avait besoin de plus de place en coulisses " affirme le chercheur.

(Photo Anthony Maurin).

Dans le sol en terre battu, en argile ou en sable, trois pièces et une lampe à huile retrouvées pourront dater de manière précise les époques survolées. Un As de Nîmes, une pièce frappée sous Domitien et une plus sérieuse, mise en circulation sous le règne du grand Hadrien. Au fond de la salle, une immense fosse a été repérée par les équipes de l'INRAP. Plus ou moins circulaire, c'est un puisard d'environ 15m².

(Photo Anthony Maurin).

Rappelons que les arènes étaient devenues un véritable petit village au Moyen Âge. La population nîmoise s'y cachait et y vivait à l'année. Il fallait y travailler mais aussi y vivre. Trouver de l'eau pour la nourriture, pour des activités professionnelles...

Amphithéâtre et travaux de dégagement de la salle cruciforme au XIXe siècle (Photo Ville de Nîmes)

 

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Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 35 ans et je suis journaliste depuis près de 15 ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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