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GARD Jean-Paul Chabrol vous conte une histoire… 1/4

Chercheurs de trésor à Nîmes et en Cévennes !

Jean-Paul Chabrol (Photo DR)

Qui n’a jamais entendu parler de la "chèvre d’or" ? Cette légende, pourtant plus provençale que languedocienne, était autrefois bien connue en Cévennes mais aussi à Nîmes, une ville presque "provençale".

Ce que l’on sait moins c’est qu’au XVIIIe siècle, il y a eu en France une véritable mode de "chasse au(x) trésor(x)". La chèvre - totalement en or ou recouverte de ce précieux métal - était, elle aussi, un trésor à découvrir. Par contre, tout le monde sait que les liens entre Nîmes et les Cévennes, hautes ou basses, étaient très forts…

Ils le sont encore. Hommes, femmes, produits et idées allaient et venaient entre cette grande ville et les montagnes cévenoles. Dans ces conditions, on comprend mieux pourquoi ce qui se passait à Nîmes pouvait avoir une influence en Cévennes…

À Barre‑des‑Cévennes, dont les liens avec Nîmes se sont renforcés avec l’enracinement de la Réforme protestante, on racontait qu’une "chèvre en or" était cachée dans un souterrain qui relierait le Castelas de Barre au Château de Terre-Rouge situé sur la Can de l’Hospitalet, à proximité de la grande route Nîmes-Saint-Flour. L’entrée de ce souterrain se trouverait sur le Castelas au fond d’une grotte.

Cette légende n’est pas propre à Barre ; Claude Seignolle dans son "Folklore de la Provence" relève la haute fréquence de ce thème dans l’espace occitan. Dans ce légendaire, la quête de la chèvre d’or est presque toujours dangereuse, périlleuse voire mortelle. Sei­gnolle souligne en effet que "la chèvre à la toison d’or" mène "à la mort l’homme assez audacieux pour essayer de la suivre ou de s’emparer d’elle" et il donne plusieurs exemples de destinées tragiques. De son côté, à la suite de ces enquêtes orales en Cévennes et en Provence, Jean‑Noël Pelen conclut que "la présence de la chèvre d’or est presque toujours liée à des vestiges historiques, religieux mais le plus souvent profanes, représentant les anciennes puissances : vestiges romains, châteaux médiévaux, souvenirs de sarrasins". Mais à Barre-des-Cévennes, la légende s’appuie sur un fait-divers assez extraordinaire qui a probablement disparu de la mémoire collective à la fin du XIXe siècle.

En 1874, les deux instituteurs de Barre - un protestant et un catholique - répondaient à une enquête sur la géographie et l’histoire de leur commune. Le premier écrivait : "Voici une anecdote au sujet des minéraux qui me paraît digne d’être rapportée : il y a environ cent ans qu’un nommé Figuière habitant Barre, sur la prédiction de quelque prétendu sorcier qui sans doute faisait allusion à une ancienne tradition portant qu’une statue de chèvre en or avait été cachée dans Barre par les druides, lui fit croire que cette statue était enfouie dans sa maison bordant la route N° 9. Ce Figuière y fit creuser un puits et arrivé à 25 mètres de profondeur, la corde qui servait à sortir les déblais s’étant rompue, le dit Figuière qui travaillait au fond du puits y fut écrasé. Dès lors, les fouilles furent abandonnées et la chèvre est encore à découvrir".

L’autre instituteur, tout en paraphrasant son confrère, apportait des précisions supplémentaires : "Voici à propos de mines, un fait moitié plaisant, moitié tragique qui paraît digne d’être rapporté : il y a cent ans environ un prétendu sorcier s’appuyant sur une antique tradition, aux termes de laquelle une chèvre d’or aurait été cachée par les druides aux environs de Barre, persuada un nommé Figuière que cette statue d’or se trouvait enfouie dans l’emplacement de sa maison. Il lui dit : "Figuière quand mouriro, la cabro se troubaro", c’est à dire en français "Quand le figuier mourra, la chèvre se trouvera". Sur ces indications, Figuière fit creuser un puits qui atteignit jusqu’à 25 mètres de profondeur, mais à ce point la corde qui servait à sortir les déblais s’étant rompue, Figuière qui se trouvait au fond du puits fut tué. Figuière était bien mort, mais la chèvre était et est encore à découvrir. Peut‑être faut‑il voir dans cette légende, l’indice que dans les siècles passés des puits de mine avaient été creusés en cet endroit. Il est certain en effet que ce puits existe et qu’il est creusé non loin des sources de l’un des Gardons des Cévennes lesquels roulent, comme chacun sait, des paillettes d’or". Pour ces instituteurs, l’anecdote (ou le fait) est bien une légende.

Manifestement, ces deux instituteurs ignoraient la réalité de cette histoire dramatique. En effet, Louis Cestin, un bourgeois protestant de Barre, avait noté, au milieu d’un livre de compte, le fait suivant :

"Le sieur Granier, marchand de Nîmes, natif de Saint‑Hippolyte‑du‑Fort, se mit en tête de chercher le trésor que Nostradamus a dit, dans ses prophéties, être dans la maison du sieur Bonnet de Barre. Il commença le mois de mai 1762. Le 9 juin, jour remarquable par la catastrophe qui arriva, le sieur Figuière, gendre du sieur Bonnet et alors propriétaire de cette maison y périt avec un maçon du côté du Vigan. Celui‑ci que l’on montait avec une corde qui ne fut pas bien attachée tomba sur ledit Figuière qui était dans le creux qui avait 42 pans [environ 10,50 mètres] de profondeur et fut écrasé. Ce trou fut recomblé et l’ouvrage suspendu jusqu’au mois d’octobre suivant que le sieur Granier, acharné, fit rouvrir et l’a continué à gros frais et enfin l’ayant abandonné, la nommée Marion de Nîmes avec deux Allemands qu’elle a gardés plus d’un an a fait creuser plus de [en blanc] pieds et l’ont enfin abandonné le [en blanc]".

Le registre paroissial tenu par le curé Sarrasin confirme la mort de cet ouvrier : "Jean Bertrand, maçon du lieu d’Espériès, près Le Vigan, est mort le 9 juin 1762 et a été enseveli dans le cimetière de la paroisse de Barre au diocèse de Mende le 10 du même mois". Il est surprenant que le curé n’ait pas indiqué la cause du décès ; mais il est vrai que les curés de Barre qui tenaient ces registres n’avaient pas pour habitude de noter les événements extraordinaires.

Le décès de Figuière ne figure pas dans ce registre tout simplement parce qu’il était protestant. Depuis les années 1735 ‑39, les protestants barrois (on disait alors les N.C. ou Nouveaux Convertis) refusaient massivement la sépulture catholique ; les décès des N. C. étaient enregistrés par les pasteurs (semi-clandestins) qui tenaient leurs propres registres. Or, nous savons que Figuière était un protestant “opiniâtre” qui avait refusé de faire baptiser ses enfants à l’église. Ainsi en 1753, le curé Sarrasin avait noté : "Le sieur Figuière a refusé un enfant pour baptiser". Les relations entre les deux hommes ne devaient guère être bonnes ; c’est peut-être la raison pour laquelle le curé n’a pas pris la peine de relever la mort accidentelle de ce maçon. Relevons par humour qu’un catholique écrasant de son poids un protestant, ça ne s’invente pas !

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Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 35 ans et je suis journaliste depuis près de 15 ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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