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GARD Jean-Paul Chabrol vous conte une histoire… 4/4

Chercheurs de trésor à Nîmes et en Cévennes !

Jean-Paul Chabrol (Photo DR)

Qui n’a jamais entendu parler de la " chèvre d’or " ? Cette légende, pourtant plus provençale que languedocienne, était autrefois bien connue en Cévennes mais aussi à Nîmes, une ville presque " provençale ".

Épisode 1, ici. Épisode 2, là. Épisode 3, ici ou là. Voici donc le quatrième et dernier épisode. Un grand merci à l'auteur de nous avoir fait partager cette belle histoire entre Nîmes et Cévennes. Laurent Figuière avait 8 ans lorsque son père fut écrasé par la chute de son ouvrier. Nul doute que jus­qu’à sa mort en 1847, il a conservé le souvenir de ce dramatique 9 juin 1762. Sa fille Louise a vraisemblablement appris, par la bouche de ses parents, les causes exactes du décès de son grand‑père. Par contre sa sœur Jeanne, à cause de ses graves infirmités, n’a pu ni enten­dre ni transmettre cette histoire familiale. On peut donc légitimement supposer que le souvenir de la mort de Pierre Figuière s’est bien conservé jusqu’à la mort de Louise Figuière en 1857.

Un événement de cette nature a sans doute alimenté bien des veillées familiales. Une vingtaine d’années à peine séparent la mort de Louise Figuière de la relation écrite des instituteurs barrois. Si on ne considère que le décès de Laurent Figuière, l’intervalle est de 27 ans. En d’autres termes, la légende de la chèvre d’or telle que la rapportent les instituteurs aurait pris corps entre le milieu du XIXe siècle et 1874. En l’espace d’une vingtaine d’années en gros, le « tré­sor » est devenu la " la chèvre d’or " ; Nostradamus, " un prétendu sorcier " ; le nom de Granier a été oublié ; Figuière est mort sous une avalanche de déblais alors qu’en réalité il a été écrasé par la chute de son ouvrier ; etc.

On peut aussi imaginer que deux histoires, totalement indépen­dantes, se soient télescopées : d’un côté, l’aventure bien réelle de Pierre Figuière ; de l’autre, la légende de la chèvre d’or qui serait très antérieure à l’épisode rap­porté par Cestin. Une telle collision peut s’expliquer aisément à cause du thème commun à ces deux his­toires. Mais quel prodigieux hasard !

En tout état de cause, les deux instituteurs ignoraient l’existence du livre de comptes de Louis Cestin. Dans la première moitié du XIXe siècle, ce livre était la propriété du neveu de Maximilien Cestin, Jean Renouard. Ce notable, sous‑préfet de Florac sous la Monarchie de Juillet, est mort, à 94 ans, en 1854. À cette date, le livre " dormait " quelque part dans la maison Renouard. Si les instituteurs avaient eu connaissance de ce livre, ils auraient sans nul doute ajouté des détails beaucoup plus précis à " l’anecdote " qu’ils relatent.

Ont-ils fidèlement retranscrit " l’anecdote " rapportée par les Barrois ou l’ont-ils arrangé ? Il est impossible de répondre à cette question. Notons toutefois que les deux instituteurs parlent de " druides ". C’est sous Napoléon III que se développe, en France, l’archéologie celtique avec les fouilles d’Alésia. C’est en 1865 qu’est dressée sur le Mont Auxois la statue de Vercingétorix ; les Gaulois et donc les druides étaient à l’honneur.

Les ouvrages de l’école primaire de la IIIe République ancreront solidement dans la mémoire collective l’histoire des Gaulois. N’oublions pas non plus que c’est à partir des années 1870 que se développent en France les études folkloriques. Elles n’ont pas manqué d’influencer nombre d’instituteurs français dont certains sont devenus " folkloristes ". Or, par leur enseignement, les instituteurs, les " hussards noirs ", ont contribué à véhiculer dans la population le mythe de " Nos ancêtres les Gaulois " et les cours d’histoire faisaient la part belle aux " druides qui cueillaient le gui avec une serpe en or ". La culture orale populaire a donc été contaminée par l’histoire officielle et savante. Ainsi s’expliquerait la disparition de " Nostradamus " au profit des " druides ".

En résumé, l’aventure de Pierre Figuière - une fois ses descendants disparus (entre 1847 et 1857) - s’est donc rapide­ment transformée en " anecdote " au XIXe siècle puis en " légende " au XXe siècle. Tous les protagonistes de cette course au trésor ont été oubliés à l’exception de Figuière parce que Barrois. Le proverbe " Quand le figuier mourra, la chèvre se retrouvera " est manifestement une invention locale, probablement bien postérieure au décès de Pierre Figuière. Peut‑être a‑t‑il été lancé par quelque Barrois facétieux à l’occasion d’une veillée où l’on racontait pour la énième fois la triste aventure de Pierre Figuière ? Un siècle après la relation des deux instituteurs, il ne restait plus de cette aventure que l’histoire de la chèvre d’or, thème largement véhiculé par la littérature et popularisé par très joli conte (La chèvre d’or) de Paul Arène (1843-1896) dont on dit qu’il a été le " nègre " d’Alphonse Daudet (1840-1897).

Terminons par un conseil aux chercheurs de trésors gardois ou cévenols : avant de descendre dans un puits ou une cavité, vérifier la solidité de la corde ainsi que du nœud d’attache !

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Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 35 ans et je suis journaliste depuis près de 15 ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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