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NÎMES Le chef du service cardiologie au CHU : « il ne faut pas être effrayé de venir à l’hôpital »

Guillaume Cayla, chef de service de cardiologie au CHU de Nîmes (Photo CHU Carémeau)

Avec le confinement, certains patients, qui présentent pourtant des urgences cardiaques, attendent ou refusent de se rendre à l’hôpital. Des craintes qui entraînent des dégâts irréversibles voire même des décès. Une problématique qu’a accepté d’aborder le Professeur Guillaume Cayla, chef du service de Cardiologie du CHU de Nîmes et président du Groupe Athérome et Cardiologie Interventionnelle de la Société Française de Cardiologie. 

Objectif Gard : Qu’avez-vous observé de particulier, ces dernières semaines, concernant les urgences cardiaques au CHU de Nîmes ? 

Pr Guillaume Cayla : Depuis le confinement, on a mis en évidence, surtout marquée le premier mois, une  baisse d’admission de 30 à 40% des urgences cardiologiques coronaires, c’est à dire des infarctus. On s’est posé la question de l’origine de cette baisse. La raison principale c’est que probablement les patients font des infarctus à domicile et se disent qu’ils vont attendre que ça aille mieux, qu’ils ne veulent pas déranger les services d’urgence, de cardiologie ou le Samu. Le risque que ces infarctus se passent à la maison, c’est qu’ils ne soient pas pris en charge et entraînent des dégâts cardiaques musculaires irréversibles.

Et les patients qui viennent aux urgences, dans quel état de santé arrivent-ils ?

Ils arrivent tardivement. Donc toute la période pendant laquelle on peut améliorer les choses est malheureusement passée. Bien sûr, nous les accueillons mais aux soins intensifs de cardiologie, les patients victimes d’infarctus ont été pris en charge très tard comme on le voyait régulièrement il y a une vingtaine d’années. Quand ils arrivent tardivement, les dégâts cardiaques sont importants et on arrive au stade de l’insuffisance cardiaque où le coeur est très fatigué. Parfois, il y a des complications mécaniques, des « déchirures musculaires cardiaques » qui sont très sérieuses.

Cela peut-il aller jusqu’au décès ?  

Il y a eu des décès à domicile. Pas plus tard que jeudi, j’ai eu le retour d’un médecin qui voulait faire admettre une patiente mais qui n’a pas voulu être admise et qui est finalement décédée à domicile. Nous n’avons pas du tout la cartographie des possibles décès cardiaques à domicile. C’est une éventualité. C’est pour cela qu’il me paraît important que l’on rassure la population et que l’on puisse expliquer que les urgences cardiaques sont une priorité tout comme la cancérologie doit rester une discipline dont il faut s’occuper. Même chose pour les AVC (accident vasculaire cérébral).

« La peur de contracter le covid »

Cette attente ou ce refus est-il principalement lié à la peur d’attraper en plus le covid-19 ? 

Il y a deux choses. Je pense qu’il y a d’une part une volonté de ne pas déranger pour un motif qui n’est pas grave pour le patient. En se disant : « il y a plus grave que moi et des malades qui sont sérieusement atteints à l’hôpital, je ne vais pas moi pour une petite gêne, consulter. » La deuxième raison, c’est la peur de contracter le covid pendant une hospitalisation. On veut rassurer la population car tout est organisé dans les structures hospitalières. C’est la même chose dans les structures privées. Tout est fait pour éviter que des patients covid négatifs puissent croiser des patients positifs à l’hôpital. On a sécurisé le « parcours patient » pour que ce dernier puisse être pris en charge dans les conditions optimales de sécurité.

Comment fonctionne ce « parcours patient » sécurisé ? 

Il y a deux façons de le voir. D’abord, le patient qui vient en consultation par exemple. Il va arriver au secrétariat, après un lavage de mains avec une solution hydroalccolique on va le questionner et lui fournir un masque, s’il n’en dispose pas, pour qu’il puisse consulter un cardiologue. On a limité les consultations aux patients nécessaires. Le faible nombre de consultations permet de respecter cette distanciation sociale. La deuxième partie, c’est pendant la phase hospitalière, les patients sont systématiquement évalués à leur arrivée, ils seront hospitalisés dans des secteurs où il n’y a pas de patients porteurs du covid. Lorsqu’ils vont faire un examen au bloc interventionnel, ils seront équipés d’un masque pour les protéger. Toute une procédure sécurisée a été mise en place.

Parmi les patients négatifs venus aux urgences, certains ont-ils attrapé le coronavirus ? 

Je ne peux pas du tout vous répondre. Vous me posez une question au sens large du CHU, je ne sais pas. En cardiologie, à ma connaissance non. On n’a pas eu ce problème même s’il faut rester prudent. Tout ce qu’il se passe dans le confinement en ville, on le respecte lorsque les malades arrivent à l’hôpital et qu’ils ont besoin de soins qui ne peuvent pas être retardés.

Aujourd’hui, quel message souhaitez-vous faire passer face à cette problématique ?  

Le message clé c’est que les urgences cardiologiques sont pris en charge comme toujours. Si le patient a une douleur thoracique qui le gêne, il faut qu’il fasse le 15 comme d’habitude. Les patients qui sont connus comme cardiaques doivent continuer à suivre leur traitement et à voir leur cardiologue pour garder le contact. Il ne faut pas perdre les habitudes de la population d’avant la crise et ne il faut pas être effrayé de venir à l’hôpital si c’est nécessaire. On n’a pas envie de perdre des patients d’infarctus alors que tout est organisé pour les accueillir dans les meilleures conditions possibles.

Propos recueillis par Corentin Corger

 

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