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FAIT DU JOUR Le Ramadan au temps du confinement, l’imam de Bagnols-sur-Cèze raconte

Tous les soirs, à partir de 18h, l'imam Mahjoub Mahjoubi est à la mosquée du Mont-Cotton avec des bénévoles pour distribuer des repas aux plus nécessiteux. (Marie Meunier / Objectif Gard)    

"Le Ramadan, c'est un peu notre Noël. C'est être en famille, se retrouver... Mais cette année, on est très très loin les uns des autres", confie Mahjoub Mahjoubi, 48 ans, à la fois chef d'entreprise et imam de la mosquée du Mont-Cotton, à Bagnols. À cause du confinement et de la crise du covid-19, la célébration du Ramadan est assez contrainte cette année. Les mosquées sont fermées, les grands rassemblements interdits... Alors la communauté musulmane s'organise pour garder le lien en cette période particulière. 

À Bagnols, entre 3 000 et 3 500 personnes célèbrent le Ramadan. Nous avons suivi pendant toute une soirée Mahjoub Mahjoubi, imam et porte-parole de la communauté musulmane de la ville, pour voir comment se passe le Ramadan durant le confinement. Le rendez-vous est donné à 18h devant la mosquée Attawba sur l'esplanade du Mont-Cotton. Tous les soirs depuis le 23 avril, date du début du Ramadan, est organisée une distribution de repas pour les personnes qui sont dans le besoin, "peu importe la couleur, peu importe la religion", tonne l'imam. Cela concerne aussi des jeunes originaires du Sénégal, de Gambie, etc. qui vivent isolés de leurs proches. Une équipe de quelques bénévoles, dirigée par la mosquée et l'association Agir ensemble, se rejoint quotidiennement pour remplir les tupperwares de soupe et glisser fruits, gâteaux, pain, lait et délicieux mets dans les sacs.

Les personnes ramènent leur tupperware, qui est rempli de soupe du Ramadan. (Marie Meunier / Objectif Gard)

Entre 30 et 40 repas sont distribués aux bénéficiaires qui ont été recensés au préalable. Grâce à des dons, les denrées sont achetées par les bénévoles et ensuite cuisinées sur place. Aucun plat de l'extérieur déjà préparé n'est accepté pour éviter tout risque de contamination au virus. "C'est la première fois qu'on a un tel dispositif en place, d'habitude, les repas sont distribués à l'intérieur de la mosquée sur une table, les gens y mangent", décrit Mahjoub Mahjoubi.

La mosquée fermée, la prière se fait à la maison

À Bagnols, comme partout en France, sont appliquées les restrictions imposées par l'État en période de crise : les fidèles ne peuvent se rendre à la mosquée pour se retrouver, prier et manger car elles sont fermées: "C'est quelque chose qui est fortement impactant niveau spiritualité, c'est un symbole de l'islam."

Le temps du confinement a tout de même été mis à profit à Bagnols pour effectuer quelques travaux dans la mosquée Attawba. Depuis deux semaines, les murs sont repeints, le plafond, les fenêtres ont été changés... Le lieu de culte sera tout beau tout neuf quand il rouvrira ses portes. La date du 29 mai était évoquée dernièrement par le Premier ministre, Édouard Philippe, mais n'est pas fixée pour le moment. A priori, ce ne sera pas à temps pour l'Aïd al-Fitr, marquant la fin du mois du Ramadan.

Profitant de sa fermeture à cause du confinement, la mosquée Attawba subit un rafraîchissement depuis deux semaines (Marie Meunier / Objectif Gard)

À 19h, la distribution des repas est terminée. Mahjoub Mahjoubi rentre chez lui à quelques mètres de là. En temps normal, celui que l'on surnomme, par respect, cheikh donne des conférences à la mosquée juste après la rupture du jeûne, trente minutes avant la prière: "Cette année, je le fais à la maison à travers les réseaux sociaux. Je fais un cours en arabe et en français tiré d'un récit du Coran tous les soirs à 19h."

"C'est un mois où on partage mais là, on partage avec qui...
Avec personne malheureusement"

Pendant ce temps, sa femme, Amira, s'affaire en cuisine pour préparer les victuailles du soir. D'habitude, ils sont au moins 7 à table mais avec le confinement, impossible de rassembler tout le monde. Mahjoub Mahjoubi, sa femme et les enfants doivent se contenter de plusieurs appels téléphoniques ou en visioconférence dans la journée. "Cela fait 25 ans que je suis dans la fonction d'imam, c'est la première fois de ma vie que je vis cette situation. [...] Le Ramadan, c'est un mois de spiritualité, où on partage mais là, on partage avec qui... Avec personne malheureusement." Durant ce grand moment de fête, il est rare pour l'imam de se coucher avant 4h30 du matin. Là, à 23h30, toute la petite famille est quasiment au lit.

Le soleil est presque couché, Mahjoub Mahjoubi termine de fourrer les dattes. Quand 21h sonne, il en mange une pour marquer la rupture du jeûne et fait l'appel à la prière. Lui et sa femme installent ensuite leur tapis de prière dans le salon et l’entrebâillement de la chambre. Un peu à l'étroit dans leur appartement. Rien avoir avec la grande prière exécutée à la mosquée.

À 21h, le jeûne est rompu et après la prière, on peut se mettre à table. (Marie Meunier / Objectif Gard)

Il est temps de se mettre à table, même si l'ambiance n'est pas aussi festive qu'à l'accoutumée. À l'heure où l'esplanade du Mont-Cotton devrait être noire de monde, les lieux sont vides. À 23h, l'imam prend une dernière fois la parole sur les réseaux sociaux, cette fois, pour répondre aux questions pratiques de la communauté sur le Ramadan. Beaucoup de personnes l'appellent aussi "en pleurs", acculées par la situation. Il tente de les apaiser en rappelant "qu'à côté de ça, des gens décèdent seuls, j'essaye d'attirer l'attention sur la crise sanitaire." Même à distance, la solidarité et le lien restent solides.

Marie Meunier

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