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GARD Haras nationaux : fumigation insecticide pour les voitures hippomobiles

Ce processus s'inscrit dans une démarche de valorisation de ce patrimoine matériel de l'histoire du cheval et du transport.

L'entreprise ATH a entrepris un chantier de fumigation des insectes xylophages sur une centaine de voitures hippomobiles des Haras nationaux, stockée dans un hangar à Vers-Pont-du-Gard. (Marie Meunier / Objectif Gard)

Depuis novembre 2017, l'IFCE (Institut français du cheval et de l'équitation) loue un hangar à Vers-Pont-du-Gard pour stocker une centaine de voitures hippomobiles en provenance des différents sites des Haras nationaux.

Ces voitures constituent un véritable patrimoine, vestiges de la place qu'a occupé le cheval dans l'histoire du transport ou de l'agriculture. L'idée est donc de les valoriser et de les rendre accessibles au plus grand nombre. Avant cette étape, il est primordial de stopper la dégradation des voitures qui subissent les effets du temps mais aussi l'infestation d'insectes xylophages (qui se nourrissent du bois, notamment les vrillettes ou les lyctus).

Ce vendredi 19 juin, l'entreprise ATH (Agro techmo hygiène) spécialisée dans la lutte contre les nuisibles, a projeté du fluorure de sulfuryle, un gaz tuant les insectes (qu'ils soient au stade de larve, d’œuf ou à l'âge adulte), qui peuvent se loger dans les bois ou les tissus des voitures hippomobiles. On peut deviner facilement leur présence lorsque le bois présente un aspect vermoulu.

Les cent voitures ont toutes été bâchées au préalable (créant ainsi une bulle plastique de 1 500 m cubes) avant que le gaz ne soit diffusé pendant 36 heures. Une première à cette échelle pour les Haras nationaux.

Cette technique de fumigation, l'entreprise la maîtrise bien puisqu'elle l'a aussi utilisée pour traiter la résidence officielle des présidents de la République française, le fort de Brégançon. Elle a aussi été appelée pour s'occuper de l'Assemblée nationale, du Palais Longchamp à Marseille ou encore le Château d'Avignon aux Saintes-Maries-de-la-Mer.

Philippe Roche, référent patrimoine et formateur sellerie harnachement, à l'IFCE. (Marie Meunier / Objectif Gard)

Avant le traitement, Philippe Roche, référent patrimoine et formateur sellerie harnachement au haras d'Uzès, a passé 15 jours à nettoyer et préparer les voitures hippomobiles. De véritables petits bijoux patrimoniaux destinés à "une valorisation muséale ou dynamique qui nécessite une restauration", ajoute Marielle Zanchi, ingénieure projets et développement au haras.

La valorisation du patrimoine équestre matériel et immatériel est l'une des principales missions de l'IFCE, né en janvier 2010 de la fusion des Haras nationaux et du Cadre noir de Saumur. Préserver, enrichir, transmettre et rendre accessible au plus grand monde sont les quatre piliers sur lesquels l'institut doit se reposer pour donner une nouvelle vie aux voitures hippomobiles mais aussi aux harnais utilisés autrefois.

"C'est vraiment l'époque du XIXe siècle qui a été l'apogée du cheval
et le début des transports modernes"

Une partie des voitures remisée dans le hangar ont été délaissées il y a 30-35 ans, remplacées par les voitures modernes. Mais il y a aussi des pièces beaucoup plus anciennes sous la bâche datant de 1870-1880 notamment les squelettes, voiture à quatre roues destinée autrefois au dressage des jeunes chevaux. Il y a aussi des cabriolets à deux roues, breaks, demi-tonneaux, tilburys, charrettes, omnibus (transport des voyageurs de la gare vers leurs hôtels ou des élèves vers le pensionnat au XIXe siècle)...

Certaines sont très prestigieuses à tel point qu'on pourrait faire l'équivalent avec "une Mercedes ou une Jaguar aujourd'hui", compare Philippe Roche, qui ajoute : "C'est vraiment l'époque du XIXe siècle qui a été l'apogée du cheval et le début des transports modernes". Le marché de la voiture hippomobile s'est ensuite écroulé à l'arrivée de l'automobile.

Depuis mi 2017, l'IFCE mène un grand travail pour que ces patrimoines matériels et immatériels relatifs à l'attelage ne soient plus dilués. Ils font l'objet d'un programme d'actions ambitieux. Plus de 300 véhicules hippomobiles ont été recensés dont 68 bénéficiant d'une protection au titre des Monuments historiques. La plupart sont des voitures dites "de service" de la fin du XIXe siècle complétées par des dons et des achats de voitures plus atypiques ou de prestige.

L'entreprise ATH a bâché la centaine de voitures hippomobiles pour ensuite injecter un gaz pendant 36 heures qui va tuer les insectes xylophages comme les vrillettes ou les lyctus. (Marie Meunier / Objectif Gard)

Sur ces 300 voitures, 200 sont encore maintenues dans les sites historiques des Haras nationaux. La centaine d'autres est donc stockée dans le hangar de Vers-Pont-du-Gard depuis fin 2017. In fine, l'IFCE souhaite qu'elles roulent à nouveau ou soient exposées dans des musées. L'idée serait de les confier à des associations capables de les restaurer, selon un cahier des charges établi par l'IFCE pour que les "voitures restent dans leur jus".

Toutes restent propriété des Haras et sont identifiées par une puce placée au niveau du passage des pieds. Derrière, les référents de l'IFCE assureront un suivi et un accompagnement de la restauration. "Ce patrimoine là, il faut vraiment le voir comme des tableaux dans un musée", assure Philippe Roche. Alors pas question de le dénaturer mais au contraire, de le présenter au plus près de sa forme originelle pour que ce pan d'histoire puisse être apprécié par tous.

Marie Meunier

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