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FAIT DU JOUR Colonel Langlais « Nous sommes dans une période très à risque »

Le colonel Langlais est en poste à Nîmes depuis décembre 2019 (photo Norman Jardin)

Le Colonel Jean-Michel Langlais est un sapeur-pompier expérimenté qui a connu plusieurs SDIS en France et des services de l’État. Sa carrière a débuté en 1984 en Isère, son département de naissance, mais depuis le 1e décembre dernier, il est le directeur du Service départemental d’incendie et de secours du Gard. Huit mois après sa prise de fonction, il évoque l’incendie de Générargues, les agressions contres les soldats du feu et ses projets de développement du maillage départemental.

À quoi ressemble une de vos journées types ?

L’agenda est bien rempli. Je travaille à l’amélioration du fonctionnement du SDIS 30, et les relations sociales. Je me préoccupe en permanence de la sécurité des sapeurs-pompiers. Les journées sont parfois coupées par des activités opérationnelles, surtout en période estivale. Cela a été le cas à Générargues, où nous avons dû mettre en place une organisation assez lourde pour combattre le feu.

Qu’il y a-t-il a améliorer au SDIS 30 ?

Comme dans toutes les organisations, il y a toujours des améliorations à apporter. On travaille en permanence à l’amélioration de la couverture opérationnelle et de la qualité de vie en service.

Comment avez-vous géré l’incendie de Générargues ?

Il se situait sur une zone connue puisque, ça fait plusieurs fois qu’un incendie se produit au même endroit, cela nous a donné des points de repère. On a pu bénéficier des moyens aériens de l’État. Cette année, avec l’hélicoptère bombardier d’eau, qui a pu intervenir avant l’arrivée des premiers camions, ça a permis de préserver les habitations qui étaient menacées.

L'incendie de Générargues a détruit une vingtaine d'hectares de forêt (photo Norman Jardin)

Les moyens en hommes étaient aussi importants...

On avait environ 170 pompiers du Gard et une colonne de renfort de 60 sapeurs-pompiers des Bouches-du-Rhône et du Vaucluse. Sans oublier une vingtaine de sapeurs-sauveteurs qui sont des formations militaires de la sécurité civile, basées à Nîmes.

Avez-vous pu déterminer la cause du départ de cet incendie ?

Aujourd’hui, elle n’est pas déterminée. Il très important pour nous de trouver la cause des incendies, car cela permet de lutter contre leur reproduction. Le SDIS participe à la recherche des causes, en lien avec la gendarmerie, qui a la légitimité judiciaire, et aussi les services de l’ONF (Office national des forêts).

Le secret est de frapper vite et fort ?

Exactement. C’est le mode de fonctionnement de la lutte contre les feux de forêt depuis des années. On est toujours sur une surveillance extrême. Tous les après-midis, un avion survole le département, et il détecte le moindre départ de feu. Dans ce cas nous lançons un engagement massif de moyens pour éviter que le sinistre s'aggrave.

« Le SDIS engagera des poursuites à chaque insulte ou agression »

Le réchauffement climatique a-t-il une influence sur les feux de forêts ?

C’est sûr que les météos que nous connaissons depuis quelques années accentuent la production et l’ampleur des risques naturels, à la fois sur les feux de forêts, mais aussi sur les inondations.

Les sapeur-pompiers sont parfois victimes d’agressions lors des interventions, cela doit vous révolter ?

Je ne sais pas quel terme employer, je crois que le mot révolté est encore faible. Nous protégeons nos pompiers contre les risques liés à nos missions, on s’investit aussi pour protéger des agressions externes. Deux de nos sapeurs-pompiers ont été victimes d'une agression extrêmement lâche, dimanche soir à Marguerittes. Je sais que les gendarmes ont très bien travaillé pour identifier les auteurs. Une comparution a été programmée vendredi. La défense a prévu un report de l’audience qui est planifiée pour le 21 août. Nous allons beaucoup travailler avec un cabinet d’avocats spécialisés, et nos sapeurs-pompiers pour apporter tous les éléments à la justice, afin que les auteurs soient punis comme ils se doit.

Comment expliquer que des sapeurs-pompiers soient agressés de la sorte ?

C’est pour moi inexplicable. Au niveau national, on parle d’agressions de pompiers, mais aussi de tous les agents du service public. Les forces de l’ordre, d’autres fonctionnaires, parfois dans des Préfectures et des établissements scolaires. Quand on appelle les pompiers, ils viennent. Il n'y a aucun endroit où on ne va pas. On est donc très exposés, à toute heure du jour et de la nuit. Ces agressions sont inadmissibles, et je n’aurai de cesse de lutter de manière extrêmement ferme contre ce type d’agissement. Pour nous c’est tolérance zéro, le SDIS engagera des poursuites à chaque insulte ou agression.

Faut-il encore sensibiliser les Français aux risques d’incendie ?

C’est simple, 93% des incendies sont d’origine humaine. C'est parfois accidentel, et parfois de la malveillance. Il arrive que des gens mettent le feu délibérément pour des problèmes de conflit de voisinage. Certains ont des pathologies, et puis il y a aussi beaucoup d’imprudence. Quand on fait un écobuage ou un barbecue on ne se rend pas compte de la vitesse du feu.

Quels sont vos objectifs à la tête du SDIS 30 ?

On a des objectifs de développement à moyen et long terme sur le maillage du territoire. Les distances sont parfois longues. Il y a des secteurs montagneux, et le SDIS du Gard n’a que trente centres de secours, alors qu’il en faudrait beaucoup plus. On va rentrer dans une création de nouveaux centres de secours. Cela permettra le recrutement de nouveaux sapeurs-pompiers volontaires.

Combien y a-t-il de sapeurs-pompiers dans le Gard ?

Nous avons 695 sapeurs-pompiers professionnels et environ 2 000 sapeurs-pompiers volontaires. Il faut y ajouter 150 agents administratifs et techniques. Je conseille d’ailleurs à notre jeunesse de venir frapper à nos portes, pour vivre cette très belle aventure.

« Nous avons un taux de féminisation qui est encore trop faible »

Il y a-t-il beaucoup de postulants ?

On a pas mal de demandes, mais nous n’en avons jamais assez. Nous sommes en recrutement permanent de pompiers-volontaires.

Quelles sont les qualités nécessaires pour faire un bon sapeur-pompier ?

La première est d'en avoir envie, d’être tourné vers les autres, et de vouloir se rendre utile à la société. Il y a bien sûr un minimum de qualités physiques, mais il n’est pas nécessaire d’être un surhomme ou un athlète de haut niveau. Il y a de la place pour tout le monde chez les sapeurs-pompiers, et pas forcément que des jeunes gens. 80% de notre activité est du secours à la personne, c’est surtout ce secteur qui génère un besoin de ressource humaine important.

Le monde des sapeurs-pompiers va-t-il se féminiser ?

Nous tournons beaucoup notre recrutement vers les femmes, nous avons un taux de féminisation qui est encore trop faible. Il faut absolument rééquilibrer les choses, et qu’il y ait plus de femmes qui viennent dans nos casernes.

Avec les fortes chaleurs sommes-nous entrés dans une période à risques pour les feux de forêts ?

Nous sommes dans une période très à risque. Je ne peux que renouveler mes conseils de prudence. Surtout pas de feu. Faites très attention aux mégots de cigarettes. Aidez-nous, soyez prudents !

Propos recueillis par Norman Jardin

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