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BAGNOLS/CÈZE À la fête votive, les forains sont inquiets pour l’avenir

Claire Baudino et sa fille : "On espère que l'année prochaine sera meilleure et que les mairies seront moins frileuses". (Marie Meunier / Objectif Gard)
Après quatre mois d'arrêt, Daniel et John Pallard ont recommencé à installer leur stand de tir à la carabine sur les fêtes foraines. Ils ne sont qu'à 1/4 de leur chiffre d'affaires annuel. (Marie Meunier / Objectif Gard)

Depuis vendredi 4 et jusqu'au mercredi 9 septembre, la ville de Bagnols-sur-Cèze accueille une centaine de forains à l'occasion de la fête votive. Une édition 2020 particulière avec masque obligatoire dès 8 ans, désinfection régulière des métiers, gel hydroalcoolique à l'entrée des attractions... 

Est-ce toute cette batterie de mesures qui a freiné les visiteurs ? En tout cas, tous les forains sont formels : il y a moins de monde cette année que les fois précédentes. Et pourtant la fête foraine de Bagnols est l'une des plus importantes des environs à cette période de l'année. Derrière leur comptoir, ces hommes et ces femmes qui transmettent leur métier de génération en génération sont inquiets pour le futur mais heureux de travailler malgré tout. Nous les avons rencontrés.

Denise Ferrari a peur pour son avenir et celui de ses enfants. (Marie Meunier / Objectif Gard)

Denise Ferrari vient sur la fête de Bagnols depuis 1983. La gérante de "Extrem'gourmandises" propose des churros et autres friandises sur la foire : "C'est très différent des autres années. Il y a moins de monde. Les gens ont peur. D'habitude le dimanche après-midi, c'était noir de monde... Pas là. Mais ce déclin a commencé avant le covid, ça fait déjà quelques années et pas qu'ici. Là, on passe notre temps à nettoyer et désinfecter. Déjà avant, je me lavais les mains souvent, maintenant, c'est toutes les cinq minutes. Il faut mettre plein de trucs en place suivant le protocole sanitaire. Je pense qu'on va passer encore quelques temps comme ça. Mais les années prochaines, on sera mieux équipés, on sera prêts."

"Je me bats pour mes enfants, pour leur avenir"

"La fête de Bagnols n'est que la 7e fête que je fais cette année. J'en ai encore une de programmée pour l'année, c'est tout. D'habitude, j'en fais entre 25 et 30. Plusieurs fois, il m'est arrivée que la municipalité décide au dernier moment de tout annuler. J'ai dû jeter des stocks de nourriture car je me retrouvais avec des quantités à écouler rapidement sur les bras sans possibilité de le faire. C'est minimum 1 000 € de nourriture que j'achète pour une foire. [...] Je reste assez positive malgré tout mais je connais certains forains qui sont à la limite du suicide. On est forain depuis plusieurs générations, on ne sait faire que ça. Peut-être que ce métier va s'arrêter. Le Gouvernement ne nous aide pas. Pourtant, on est un commerce, on paye des impôts... Pour cette fête, mes recettes ne représentent pas la moitié de ce que je fais d'habitude. Mais je me bats pour mes enfants, pour leur avenir. Mais je vais peut-être leur dire de faire des études finalement plutôt que d'assurer la relève..."

David Durant ne fait pour l'instant que 40% de son chiffre d'affaires sur la fête de Bagnols. (Marie Meunier / Objectif Gard)

"On monte et démonte pour pas grand chose"

David Durant tient un manège à sensation "Experience" unique en France faisant tournoyer dans les airs les passagers : "Tout est très compliqué. Les gens semblent avoir peur de rentrer dans la fête. On les sent craintifs. On essaye de les rassurer en mettant un protocole sanitaire en place. On met dans le manège les amis ou la famille en groupe. On conseille vivement le port du masque et on nettoie tous les 5 ou 6 tours. Le personnel à la caisse ou qui ramasse les tickets est équipé de masque et se lave à chaque tour les mains. On joue le jeu. Mais on n'atteint que 40 % de notre chiffre d'affaires habituel cette année. Ça fait 15 ans que je viens à Bagnols. D'habitude, on peut à peine circuler dans les allées tellement il y a du monde le samedi soir. Là, on peut traverser sans mal à vélo... Mais c'est partout pareil. Au moins, on peut exercer notre métier. On était malheureux de garder notre manège sur le terrain sans rien pouvoir en faire. Même si des fois, on monte et démonte notre métier forain pour pas grand chose... Je suis à 5 000-6 000 € de crédit par mois pour mon manège. Je repousse auprès des banques mais à un moment, il faudra payer. Mes grands-parents qui avaient déjà un manège en bois ont connu des époques dures similaires notamment la grippe espagnole en 1918. Ils ont survécu. Donc on se relèvera."

Jonathan Maolé constate que l'affluence est plutôt timide mais que le public est quand même au rendez-vous. (Marie Meunier / Objectif Gard)

"L'effervescence n'est pas là mais la vie continue quand même"

Jonathan Maolé, gérant de la structure géante pour enfants "La Maison de Lily", est venu pour la 2e fois à la fête de Bagnols : "La fréquentation reste timide même s'il y a quand même du monde. Ce n'est pas comme d'habitude. On sent qu'il y a une part de la population en moins. Est-ce par crainte ou l'aspect financier ? L'effervescence n'est pas là mais la vie continue quand même. Les soirées bodega qui drainaient beaucoup de monde n'ont pas lieu. J'ai investi dans du matos pour pouvoir continuer à travailler : le plexiglas à la caisse, un vaporisateur pour désinfecter la structure gonflable toutes les trois heures, le distributeur de gel hydroalcoolique obligatoire à l'entrée... C'est des coûts en plus mais c'est ça ou on est à l'arrêt. En plus, niveau aides, on est vraiment en bas de l'échelle. On est en plus quasiment les premiers à s'être arrêtés en mars car on ne fait pas partie des activités de nécessité, et dans les derniers à reprendre notre activité. On espère qu'on va pouvoir continuer à exercer, c'est vital pour nous. Mais je suis plutôt craintif quant à l'avenir, j'ai peur pour les générations d'après. Ça fait 15 ans que je suis à mon compte et je vois déjà le changement. Y en a plein qui vont mettre la clé sous la porte : trop de contraintes, trop d'entretien et maintenant ça... On est sur la route, on a des frais de gazole, de péage... L'assurance du manège, on a dû continuer à la payer pendant notre période d'inactivité. Comme les cirques, ça devient compliqué pour nous par rapport à notre mode de vie, de culture... C'est un ensemble qui fait que c'est dur partout. Pas qu'à Bagnols."

Claire Baudino et sa fille : "On espère que l'année prochaine sera meilleure et que les mairies seront moins frileuses". (Marie Meunier / Objectif Gard)

"Il y a pire que nous, il y a les boîtes de nuit"

Claire Baudino, gérant d'un stand d'arcade "machines à sous" : "C'est un peu plus timide que d'habitude, comme toutes les fêtes maintenant que ça a repris. C'est ma 6e année à Bagnols, je vois la différence. Je pense que le masque y fait beaucoup. Il gêne au point que ce n'est même plus un plaisir de jouer. Samedi après-midi, il a fait très chaud, c'était invivable. On nettoie le plus souvent possible les machines avec du produit désinfectant. On dispose des bornes de gel hydroalcoolique un peu partout. On laisse les jetons 48 heures dans les machines avant de les remettre entre les mains des joueurs. Depuis le mois de mars, c'est 80% de mon chiffre d'affaires qui est perdu. Je n'ai pu faire que deux fêtes : celle de Bagnols et Saint-Hyppolyte-du-Fort. Et j'ai encore des fêtes prochaines qui s'annulent. On a un programme de fêtes établi à l'avance à suivre. On ne peut pas s'installer comme ça. Si on peut toujours demander le jour J mais c'est premier arrivé, premier servi. Là on pense tous à la faillite. On a des enfants, des crédits, des traites à payer à la fin du mois. C'est très angoissant. On espère que l'année prochaine sera meilleure et que les mairies seront moins frileuses à nous accueillir. Mais il y a pire que nous, il y a les boîtes de nuit..."

Propos recueillis par Marie Meunier

Pour rappel, la fête foraine se tient à Bagnols jusqu'à mercredi 9 septembre. Le port du masque est obligatoire dans l'enceinte de la fête. Les visiteurs pourront s'y rendre ce lundi de 16h à minuit, mardi 8 de 16h à minuit et mercredi 9 septembre de 14h30 à 20h.

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